Les lichens, de précieux alliés pour évaluer le changement climatique

Et tout d’abord, qui sont les lichens ?

Planches de différents lichens
Planches de différents lichens Hernst Haeckel

Les lichens forment un groupe d’espèces restant peu familier du grand public et des naturalistes. Pourtant, on en dénombre plus de 20 000 espèces à travers le monde et près de 3 000 en France.

Comparativement à la flore vasculaire (plantes possédant des vaisseaux conducteurs de sève) qui regroupe environ 6 000 espèces en France, cela est loin d’être négligeable !

Les lichens sont des organismes composites issus d’une association intime entre un champignon ascomycète — dont les spores se forment dans des asques — et une algue (ou une cyanobactérie).

Bien que cette relation symbiotique fût mise en évidence il y a 140 ans par un biologiste allemand, les lichens ont été très longtemps rattachés à la flore. Leur mode de reproduction sexuée (par spore) et le volume que représente le champignon dans cet organisme composite (90%) ont conduit les scientifiques à les rattacher au règne fongique depuis le XXe siècle.

En juin dernier, un article collectif paru dans la revue Science (Toby Spribille et al.) faisait une nouvelle découverte capitale en démontrant que la formation et le développement du lichen résultaient non pas d’une symbiose entre deux partenaires (algue et champignon) mais entre trois, car la présence d’une levure d’un basidiomycète semble également indispensable.

Le lichen pulmonaire

Lichen pulmonaire
Lichen pulmonaire David Happe

Lobaria pulmonaria, autrement-dit le Lichen pulmonaire, est probablement le seul lichen relativement connu des forestiers et des naturalistes.

Ce lichen, devenu rare en plaine, est localement protégé (Normandie, Aquitaine et Finistère).

Il est encore bien représenté en montagne tel que dans le Massif-Central où il fait actuellement l’objet d’un programme d’inventaire participatif.

Sa taille et sa couleur d’un vert soutenu à l’état humide en fait une espèce facile à déterminer.

C’est une espèce très exigeante vis-à-vis de la qualité de l’air, dont la détection révèle le plus souvent la présence d’un habitat forestier à fortes potentialités écologiques.

Des espèces sentinelles pour suivre les évolutions de notre environnement en général…

Lichens sur rochers
Lichens sur rochers DEFI-Écologique

Le rôle pionnier des lichens est essentiel au développement des écosystèmes. Ils peuvent être considérés comme étant les premiers « colons » des milieux minéraux, inertes et impropres au développement de la végétation.

Très sensibles aux perturbations qui affectent notre environnement, ce sont de précieux indicateurs des changements environnementaux.

Depuis longtemps, on connait l’utilité des lichens pour mesurer la qualité de l’air.

Dès 1970, des lichénologues britanniques (Hawksworth et Rose) ont établi une méthodologie qui permet de définir, à partir de quatre-vingt espèces de lichens se développant sur l’écorce des arbres (corticole), dix zones de qualité d’air en Grande-Bretagne.

En 1986, Van-Haluwyn et Lerond ont mené un travail similaire pour la France et ont défini sept zones de pollutions établies sur la reconnaissance d’une trentaine d’espèces de lichens.

En écologie forestière, grâce aux travaux de lichénologues tels que Rose et Coppins à partir des années 1970, les lichens sont reconnus pour apporter des indications précieuses sur la continuité temporelle et la naturalité des forêts.

Bien que moins notoire, leur rôle pour évaluer les impacts locaux du changement climatique semble loin d’être négligeable et a fait l’objet de découvertes récentes…

Et du climat en particulier !

Lichen Foliicolous sur feuille
Lichen Foliicolous sur feuille Millifolium

Les lichens qui se développent sur les troncs et les branches des arbres (épiphytes) sont en particulier des espèces sentinelles de première importance pour suivre l’évolution périodique des températures.

Ainsi, certaines espèces qualifiées de très rares au nord de l’Europe sont plus communément observées depuis quelques années.

Dans un article scientifique paru en 2014, Ulrik Søchting, de l’université de Copenhague, révèle que Flavoparmelia caperata, une espèce très commune en France sur les arbres des forêts claires et des haies, est aujourd’hui plus régulièrement mentionnée au Danemark.

Citée de manière très épisodique au XXe siècle (en 1922, 1935, 1975 et 1977), l’espèce est aujourd’hui plus souvent citée, en particulier dans l’ouest du pays (Jutland).

Une autre étude scientifique récente (septembre 2015) de deux chercheurs allemands (Norbert J. Stapper & John Volker) apporte un nouvel éclairage concret et local sur le rôle témoin de certains lichens épiphytes.

Leur étude vise à évaluer l’impact régional de ce phénomène dans la ville de Düsseldorf (Allemagne) et à proximité, dans l’arrondissement de Mettmann. Basé sur une méthodologie éprouvée, un programme de surveillance à long terme est lancé depuis 2008.

Cicéron
Si nous prenons la nature pour guide, nous ne nous égarerons jamais.
Lichen Anaptychia ciliaris
Lichen Anaptychia ciliaris David Happe

Sur un échantillon d’arbres, le programme vise à inventorier périodiquement les espèces présentes. Si le nombre d’espèces observées n’a que très peu évolué au fil du temps, force est de constater que leur composition a fortement évolué en l’espace de quelques années.

Certaines espèces connaissent une progression importante tel que Punctelia subrudecta, espèce commune dans les alignements d’arbres urbains (+2,6% en moyenne par an), ou Flavoparmelia soredians, lichen initialement forestier qui depuis quelques années fait son apparition en milieu urbain (+0,6% en moyenne par an).

Tandis que d’autres ont connu une régression dans des proportions comparables tel que Parmelia saxatilis (-1,80% en moyenne par an). Enfin, certaines espèces, inconnues dans l’agglomération de Düsseldorf, ont par ailleurs été détectées dans le cadre de ce suivi.

Ailleurs dans le monde, plusieurs études mobilisent également la lichénofonge pour évaluer l’impact du changement climatique.

Ainsi, en Alaska par exemple, trois chercheurs américains de l’université et du laboratoire de recherches forestières d’Oregon (Heather T. Root, Bruce McCune & Sarah Jovan) ont confirmé dans un article publié en 2014 dans la revue The Briologist que plusieurs espèces forestières pouvaient être utilement mobilisées pour suivre les tendances climatiques dans cette région.

Selon eux, certaines espèces et certaines communautés peuvent apporter de précieuses informations sur les changements climatiques qui se produisent actuellement dans cette région.

Garantissez la qualité de vos actions de gestion de la biodiversité

Faune et Flore

Faune et Flore
  • Mise en place stricte de protocoles d’études

  • Créativité et inventivité de nos différents processus de réflexion

  • Déontologie appliquée à l’intégralité de nos démarches

  • Partage des risques à travers l’application de nouvelles techniques

en savoir plus

Les spécialistes du sujet sont sur vos réseaux sociaux préférés

Portrait de David Happe

David Happe

Logo de Inventaire National du Patrimoine Naturel

INPN

Portrait de l'auteur

Julien Hoffmann

Rédacteur en chef — DEFI-Écologique

Fasciné depuis 20 ans par la faune sauvage d'ici ou d'ailleurs et ayant fait son métier de la sauvegarde de celle-ci jusqu'à créer DEFI-Écologique, il a également travaillé à des programmes de réintroduction et à la valorisation de la biodiversité en milieu agricole.

Il a fondé DEFI-Écologique avec la conviction qu'il faut faire de la protection de l'environnement un secteur économique pour pouvoir réellement peser sur les politiques publiques.

 Julien est membre de DEFI-Écologique.

Vous aimerez aussi

Nous sommes navrés, mais suite à des problèmes techniques, le formulaire d'ajout de nouveaux commentaires est temporairement simplifié.

3 réponses à “Les lichens, de précieux alliés pour évaluer le changement climatique”

  1. bonjour, je serais intéressée de rencontrer un botaniste en gironde afin de m’initier à la reconnaissance des lichens.
    pourriez vous si ce la est possible m’indiquer un contact –
    je vous remercie,
    cordialement,

    • Inscrivez-vous au programme « Lichen Go! » qui fait le lien entre toutes les personnes désireuses de rejoindre le suivi participatif. Des documents très bien conçus permettent de reconnaître un grand nombre d’espèce, même si l’on est débutant. Bien que non spécialiste, je commence à avoir une bonne habitude des lichens présents à Limoges et je suis en train de finaliser un petit document illustré pour inciter mes amis à s’y mettre. Je pourrai peut-être vous aider …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *