Dispersion du loup : quelques constats. (Partie 1)

Le canidé sauvage est un grand trotteur. « Le record de dispersion d’un loup qui a quitté la meute parentale pour aller s’établir ailleurs revient à un loup slovène qui a parcouru 2000 kilomètres », selon Jean-Marc Landry.

Il est dit que les capacités de dispersion du loup sont exceptionnelles, certains exemples décrits dans la littérature scientifique parlent d’individus ayant parcouru plusieurs centaines de kilomètres, voire plusieurs milliers ! Cependant un suivi GPS effectué en 2009 atteste que les déplacements journaliers du canidé sont de courte durée. Tout au plus de 10 à 15 kilomètres par période de 24 heures. La nécessité pousse le loup à disperser. Oui ! Mais pourquoi le loup disperse-t-il ?

Ce que vous allez apprendre

  • De quelle façon se déplace le loup
  • Comment il se disperse quand il est en meute
  • Quelle est son mode de gestion des ressources
  • De quel comportement a fait preuve la meute du Mont Ventoux

Quelques constats…

Récemment, L. Fumagalli a détecté la dispersion d’un mâle ciblé génétiquement à Andermatt, en Suisse, qui s’est installé en Bavière, au sud de Munich. Distance à vol d’oiseau : 275 kilomètres. Cette dispersion transfrontalière s’effectue également vers l’Italie.

La femelle ciblée F10 a quitté le Calanda suisse pour s’établir dans le Trentin italien. Soit un déplacement de près de 120 kilomètres vers le sud-est de son lieu de naissance. Ces déplacements isolés ou en groupe de plusieurs individus posent question ! Encore une fois qu’est-ce qui pousse le loup à disperser ?

Dans l’est de la France, durant l’été 2014, un canidé identifié dans le département des Vosges en 2013, sur le massif, est ciblé en Moselle, en région Lorraine. La dispersion est plus modeste. 60 kilomètres vers le nord.

Toutefois, ce canidé a vraisemblablement évolué au sud du Lunévillois, en Meurthe et Moselle, dès le printemps 2014. Ainsi, il aurait triangulé au nord de Sarrebourg, en Moselle, durant l’hiver 2014 avant de changer d’azimut de déplacement en direction du sud du Lunévillois, au sud-est de Nancy, pour revenir sur ses pas en mai 2014 à l’est de Baccarat, avant de disperser vers le nord et le département de la Moselle.

Un parcours de plusieurs centaines de kilomètres, assez caractéristique du loup quand il explore de nouveaux territoires avant de revenir à la meute. Ce processus étant répété parfois durant plusieurs années. Le même phénomène de dispersion est détecté en 2015 sur Baccarat et le sud du département de la Moselle.

Il est étonnant de constater, en 2016, que le loup semble disperser au nord du Lunévillois, alors que des témoignages rapportant la présence, de nuit, de véhicules équipés de phares sur le Bayonnais, en janvier 2016, ne peuvent pas être mis en doute. La pression de chasse, qu’elle soit engagée sur la faune cynégétique ou le canidé sauvage, aurait-elle une influence sur la dispersion du canidé ?

En France encore, un individu détecté au printemps 2012 en Savoie par l’ONCFS a fait l’objet d’une recapture génétique en Haute-Marne en septembre 2013. La dispersion du canidé, sur une période probable de 18 mois, confirme que le sauvage peut disperser sur plusieurs centaines de kilomètres. Soit, dans ce cas précis, un déplacement à vol d’oiseau de 300 kilomètres vers le nord.

Un déplacement moyen de 16 kilomètres par mois qui peut étonner, le canidé dispersant habituellement de 40 kilomètres par an, vers le nord ou l’ouest de l’hexagone au début des années 2000.

Présent dans l’Yonne en octobre 2013 un canidé est identifié dans la Marne en 2014. Encore une dispersion qui s’organise vers le nord sur près de 150 kilomètres. Ce constat a pour origine vraisemblable une dispersion du canidé de Haute-Marne vers l’Yonne entre septembre 2013 et février 2014 avec retour éventuel et provisoire au groupe d’origine. Officiellement, la présence de plusieurs individus, en Haute-Marne n’a jamais existé, tout comme dans le département de la Marne.

Comment se déplace le loup ?

Certains éthologues expliquent que le loup a un ensemble de rythmes dont certains sont vraisemblablement prévisibles.

Il est souvent dit que « le loup triangule ». C’est-à-dire ? Un déplacement vers le nord serait, par exemple, suivi d’un autre vers le sud-est puis orienté franchement à l’ouest, le canidé se retrouvant à son point de départ. Mais la nature des dispersions est bien plus complexe.

Dans une représentation schématique de suivi de dispersions il ressort que :

  • Le canidé sauvage se déplace généralement en formant des figures géométriques fermées, ouvertes ou incomplètes, ressemblant au triangle, quadrilatère, carré de notre géométrie.
  • Le loup revient souvent sur ses propres pas, il se décale parfois sur un même axe de dispersion pour revenir à un azimut déjà emprunté. Le canidé marche dans ses pas, ou parallèlement à ses pas afin d’explorer l’intérieur d’une zone qu’il a délimitée.
  • Des azimuts francs de déplacement sont engagés afin d’explorer un secteur contigu à celui qui est quitté, comme l’est ou l’ouest. Ces derniers permettent d’explorer la zone vitale de l’intérieur, également, tout en étant parcourus dans un secteur restreint de chasse, par exemple.

L’Observatoire du loup

Logo de l'observatoire du loup Observatoire du loup

« L’Observatoire du loup » a pour but de collecter, rassembler et croiser toutes les informations en rapport avec la présence du loup. Localiser et alerter sur sa présence afin d’anticiper son retour est un impératif.

Faciliter l’approche des phénomènes de dispersion et dénoncer les freins à sa compréhension sont aussi notre credo. Mettre en œuvre une prospective de dispersion probante est une finalité.

Canis Lupus et sa gestion appropriée des ressources

Le mode opératoire confirme qu’il divise la zone vitale en différents secteurs. Cette sectorisation implique une exploitation intelligente des ressources, la détermination de lieux de repos isolés, qu’il coupe un trajet à de nombreuses reprises, qu’il privilégie les intermédiaires comme pour le plus fréquent, le nord-est alors que les axes ouest sont les plus courants.

Il est possible que le loup se déplace plus souvent de nuit que de jour. Le rapport pourrait être de l’ordre de cinq déplacements de nuit pour trois de jour. Enfin il retourne vraisemblablement dans le secteur de départ après avoir couvert la zone vitale.

Dans l’étude de suivi d’une louve nommée F1, réalisée par l’Office National de la Chasse et de la Faune sauvage entre les mois d’août et octobre 2009, il est relaté les faits suivants :

  • Le canidé avait investi une zone vitale de 58 700 hectares. Formant un polygone de 38 kilomètres entre les sommets et 18 kilomètres entre les côtés, orienté du nord au sud et d’est en ouest, la zone vitale comportait quatre zones bien délimitées destinées au repos et à la chasse, sans que ces aires ne soient complètement définies par des faits avérés. Le canidé se reposerait en forêt ! Les stationnements diurnes et nocturnes seraient attribuables, respectivement, à des temps de repos et de chasse avec consommation de proie.
  • Toutefois, il est probable que de nombreux déplacements s’opèrent de jour. En 2012, il a été observé dans l’ouest du département des Vosges, un canidé qui stationnait dans les champs de colza. Cet individu identifié tardivement commençait à se déplacer vers 15h30 et prélevait généralement du bétail en début de nuit au printemps. Ce même individu au masque facial très caractéristique avait été photographié en juillet 2011 au col du Bonhomme, dans le massif vosgien, à une distance de plus de 100 kilomètres à vol d’oiseau.

Il est confirmé également que le loup se déplace entre les zones de chasses. La femelle F1 aurait organisé et exploité quatre secteurs de chasse préférentiels déterminés et répartis sur l’ensemble de la zone investie. Cette femelle n’aurait prélevé aucun domestique sur la période concernée ! Il est souvent dit que les mâles sont les plus dispersants. Ce constat étant globalement erroné ! Le degré d’audace et la capacité à expérimenter une chasse solitaire concernant évidemment les deux sexes.

Il y a donc bien sectorisation de la zone vitale. Il est précisé dans cette étude que le canidé aurait visité tous les secteurs de chasse sur une période de 15 jours au plus. C’est le comportement d’un canidé isolé généralement très mobile, le premier objectif du loup étant de s’intégrer dans la meute qui l’a vu naître.

En meute, les déplacements des individus et les dispersions qui s’en suivent sont différents. Il faut conclure que les déplacements du canidé sauvage ne sont pas aléatoires.

Quels comportements de dispersion du loup en meute ?

Sur une période comprise entre janvier et juin 2016, il est possible de retracer les dispersions d’un groupe de canidés sauvages, à partir de relevés d’indices et en particulier de témoignages visuels probants de la présence du canidé.

Ces dispersions ont eu lieu sur une zone géographique couvrant près de 7 200 hectares, pour un groupe d’au moins quatre individus adultes. La meute s’est désolidarisée à plusieurs reprises avant de se regrouper et un individu isolé a quitté le groupe en avril 2016, dispersant vers le nord-ouest du département jusque dans le département de la Drôme (hypothèse probable). Distance parcourue à vol d’oiseau : 35 kilomètres. Ce qui peut correspondre à la recherche de territoire d’un individu isolé, avec ou sans retour au groupe.

Au 26 juin 2016, l’individu en recherche de territoire ne semble pas avoir réintégré le groupe d’origine. Un retour étant probable avant la fin de l’été, sauf si l’individu concerné a déjà engagé cette démarche les années passées. Ce déplacement typique est pour le moins le pendant d’une installation future dans une zone vitale contiguë à celle de la meute d’origine. Elle est éventuellement en rapport avec des tentatives de braconnage connues depuis 2013.

L’exemple du Ventoux

Il est possible de constater que le groupe du mont Ventoux, constitué de quatre individus, en janvier 2016, s’est séparé une première fois à la fin du mois de janvier. Alors que le groupe se déplace vers le nord-est, un individu disperse vers le sud-ouest, légèrement en dehors de la zone sectorisée habituelle du groupe. La distance entre la meute et cet individu isolé n’excède pas 9 kilomètres. Il est possible que ce loup solitaire soit à l’origine de la dispersion engagée vers le département de la Drôme situé au nord de la zone vitale.

Le nombre des données ne permet pas d’être catégorique toutefois, il est établi qu’à partir du 26 janvier 2016, les effectifs recensés ne dépassent jamais le nombre de trois individus adultes. Il est remarquable de constater que le groupe se retrouve à deux reprises, en début de période, le 8 janvier 2016 et en fin de période le 27 juin 2016 sur le même secteur géographique.

En dehors de l’individu qui a dispersé sur le département voisin, les déplacements sont au plus de 12 kilomètres sur le même azimut de déplacement. Sur une période de plusieurs jours. Le dispersant effectuant un déplacement de 36 kilomètres en 45 jours. Ce qui laisse sous-entendre que l’ensemble de ses triangulations pourrait représenter plus de 400 kilomètres au total. Déplacements effectués à travers la zone vitale d’origine connue du canidé isolé et affilié à la meute.

Le groupe, malgré les déplacements en sous-groupe, s’est vraisemblablement retrouvé sur les sites de repos, voire aux abords d’une tanière avant de se séparer à nouveau. La surface de la zone explorée par la meute, 7 200 hectares donc, permet d’envisager une reproduction en 2016. La présence de louveteaux est éventuellement à mettre en parallèle à la dispersion, réitérée ou non, d’un individu vers la Drôme. Un groupe étant présent depuis 2013, la probabilité est forte. Les séparations de la meute, sur une surface faible, pourraient être en rapport avec le nourrissage d’une louve suitée et de ses louveteaux au début de l’été.

Les capacités du groupe à se nourrir étant supérieures si la meute chasse en plusieurs entités conjointes. Il est souvent dit que les naissances ont lieu en juin, toutefois, les relevés sur les prélèvements de louveteaux en tanière par les paysans, au XIXe siècle, attestent que des louveteaux font l’objet de prime de destruction entre les mois de février et septembre des années concernées. Les naissances sont donc possibles et probables entre les mois de janvier et juillet, alors que la majorité a lieu en mai et juin.

Certaines reproductions multiples, donc deux louves suitées dans le même groupe, parfaitement possibles, désorganisent probablement l’accès à la nourriture des individus adultes et entraînent de nombreuses dispersions, intra-zone ou hors zone vitale. Dispersions qui sont alors provisoires ou deviennent définitives.

Les ressources étant limitées, sauf si les canidés sont en mesure de se nourrir sur le cheptel ovin domestique, en l’absence de mesures de protection pérennes, expérimentées et validées par les bergers ou les éleveurs concernés par la prédation du loup. C’est ce qui justifie aujourd’hui des campagnes de destruction dont les conséquences sont, sans conteste possible, une dispersion plus forte des canidés, sous pression de chasse. Nous y reviendrons dans la seconde partie de cet article !

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En résumé

Contrairement aux nombreuses idées reçues, le canidé sauvage ne disperse pas de manière aléatoire. Dans un processus de reconnaissance géographique, certains individus aux qualités spécifiques explorent de nouveaux territoires vierges avant de revenir à la meute. Bien qu’un louvart de quelques mois soit capable d’engager cette dispersion, les distances parcourues et les surfaces investies sont en rapport avec les capacités mentales et d’apprentissage, d’individus matures, généralement en retrait des contraintes liées à la survie du groupe. Ces dispersions pourraient paraître alors contradictoires. Quelles sont les nécessités du loup ?

Jean-Luc Valérie

Quelles nécessitées motivent le loup à de tel déplacements ?

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Jean-Luc Valérie

Jean-Luc Valérie

Ce photographe animalier passionné est l'auteur de « L'eau de mes terres » (prix Erckman-Chatrian 2009) et de « Le retour du Loup en Lorraine ». Conférencier et blogueur occasionnel, auteur sur « la Buvette des Alpages », il est l'initiateur de « l'Observatoire du loup », et coordinateur du regroupement de bénévoles et de spécialistes dans différents domaines liés à la géographie, le pastoralisme, les statistiques, le naturalisme, l'éthologie, le loup et la recherche d'informations.
N'hésitez pas à le contacter par e-mail : observatoireduloup@hotmail.fr.
Jean-Luc Valérie

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9 Commentaires sur "Dispersion du loup : quelques constats. (Partie 1)"

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Lemoine Philippe.
Invité
L’Observatoire du loup, est un organisme non officiel, non enregistré (à ce jour) au répertoire des associations dont on ignore et le nombre d’ experts, et leurs noms, et leur qualification. On nous dit présence avérée pour certains départements, quelles sont les preuves, les sources les témoignages, rien n’est cité et n’est vérifiable, c’est le flou le plus total. Tantôt bienveillant mais le plus souvent acerbe avec l’ONCFS, il y dispose d’informations confidentielles dont on peut se demander comment il les obtient … Son responsable, prétendu « naturaliste » entretient une omerta qui nuit à toute sa crédibilité et le conduit sans… Read more »
ouragan
Invité
Article intéressant à lire ! Mais ceux qui suivent les publications de l’Observatoire du Loup, organisme non officiel qui se pose en formidable outil d’investigation comme il n’en existe nul part ailleurs dans le monde, auront du mal à cautionner la vision pour le moins alambiquée de l’auteur. L’ONCFS sert, soit de référence comme dans cet article,  soit de faire valoir en démontrant l’incapacité de l’organisme et de ses agents (« mais les données de l’ONCFS sont elles fiables? » Cf Observatoire du loup) Autre exemple « L’ONCFS fait le déni du loup dans les Pyrénées », http://www.pyrenees-pireneus.com/Faune/Loups/France/Pyrenees/Pyrenees-Orientales/2013-12-12-Loups-Pyrenees-Orientales-Jean-Luc-Valerie-fait-des-Decouvertes.html  Alors que nous savons tous depuis longtemps que… Read more »
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