L’élevage du ver à soie chez soi

Vers à soie Kuebi

Si le ver à soie est connu depuis plus de 4 500 ans pour le fil aux incroyables propriétés qu’il produit, ce petit ver a également d’autres intérêts désormais.

En Chine ou en Corée, les chenilles sont très appréciées comme mets culinaire et sont récupérées après avoir récolté le fil de soie de leur cocon ou peuvent être élevées expressément pour cet usage.

Plus étonnant et moins connu, des élevages de vers à soie sont désormais menés par des particuliers pour nourrir leurs nouveaux animaux de compagnie tels que reptiles et batraciens.

Ce que vous allez apprendre

  • Quel sont les intérêts de réaliser un élevage de vers à soi
  • Quel est le cycle de vie du ver à soie
  • Comment réaliser un élevage de vers à soi chez vous
  • Quels sont les intérêts pédagogiques d’un tel élevage

Quels interêts de faire un élevage de vers à soie

  1. L’élevage est facile à réaliser, demande peu d’entretien et ne produit ni odeur ni bruit.
  2. Un véritable avantage en terrariophilie : un ver à soie adulte pèse environ 3 grammes, alors qu’il faut 6 à 7 grillons (Acheta domestica) femelles adultes pour atteindre le même poids.
  3. D’un point de vue pédagogique le cycle du ver à soie est parfaitement adaptable aux rythmes scolaires, ce qui est idéal pour aborder la notion de chrysalide et d’hivernation sur une année scolaire.
  4. S’il n’existe plus à l’état naturel (au même titre que la vache ou le chien) le ver à soie reste un excellent support pour aborder les problématiques de fragilité des espèces.
  5. Si nous mangeons des escargots pourquoi ne pas manger des vers à soie ?

Le saviez-vous ?

Manger du ver à soie Peretz Partensky
  • À la fin de leur croissance, au bout de 30 jours environ, les vers à soie pèsent 6 000 à 10 000 fois plus qu’à la naissance.
  • Au cours de sa vie qui dure environ 30 jours, le ver à soie changera 4 fois de peau (mues) et verra son poids multiplié par 10 000 ; à ce rythme, un nourrisson de 3 kilogrammes atteindrait un poids de 30 tonnes et mesurerait 12 mètres de haut.
  • Le cocon dans lequel le ver à soie s’enferme pour se transformer en papillon est une véritable petite bobine qui peut atteindre 1,5 kilomètre de fil. A diamètre égal, ce fil de soie est aussi résistant qu’un fil d’acier.
  • Un kilogramme de cocons donneront 200 grammes de fil ce qui veut dire que pour fabriquer un kimono (traditionnellement en soie) il faudra environ 3 000 cocons.

Quel materiel utiliser

  • Pour commencer, un aquarium recyclé, un terrarium ou une structure équivalente sera nécessaire.
  • Il vous faudra un thermomètre afin de suivre les températures selon les différents moments du cycle de l’animal et influer sur celle-ci si besoin est. La température moyenne à essayer de stabiliser est de 22°C.
  • Un hygromètre sera également de mise afin de donner les meilleures chances à votre élevage de produire des animaux en bonne forme. L’hygrométrie moyenne que l’on peut garder en tête sera de 85%.
  • Des branches de genet ou de bruyère bien sèches, sans feuilles ni détritus d’aucune sorte vous seront nécessaires pour que les chenilles puissent y monter tisser leur cocon.
  • Il sera utile de prévoir tout de suite la nourriture, que ce soit un aliment lyophilisé ou non, mais surtout si vous décidez d’utiliser le mûrier blanc (à qui appartient-il, comment y accéder, etc.).
  • Des œufs de vers à soie (si si, il faut bien commencer).

Si vous avez un mûrier et que vous maintenez en captivité caméléons et autres reptiles, l’élevage de vers à soie vous permettra de faire des économies en les substituants aux grillons, souvent hors de prix, que l’on trouve en animalerie.

Comment faire mon élevage de vers à soie ?

  1. Préparation des œufs

    Une fois que vous vous êtes fourni en œufs, gardez-les au réfrigérateur à une température comprise entre 4°C et 6°C.
  2. Préparation de l’éclosion

    Au début du printemps vous pourrez sortir les œufs pour les mettre à température ambiante (20°C à 24°C) dans une pièce où l’éclairage correspond à celui du jour et de la nuit. Mettez les œufs dans une boîte en carton. Il est également possible de débuter un élevage début septembre.
  3. Nourrissage

    Pour ce qui est, justement, de la nourriture, le ver à soie se nourrit exclusivement de feuille de mûrier blanc (un autre intérêt pédagogique que de décrire la spécialisation des espèces). Au printemps il faudra donc attendre les premiers bourgeons du mûrier pour commencer l’élevage et, car c’est tout à fait possible, si vous souhaitez débuter votre élevage en septembre, il faudra le lancer tôt dans le mois (les feuilles du mûrier blanc résistent jusque tard dans la saison). Il existe cependant une nourriture déshydratée qui vous permettra, si vous le souhaitez, d’éviter la phase de cueillette 2 fois par semaine.
  4. Soins à l’éclosion

    15 à 18 jours après avoir sorti les œufs du réfrigérateur écloront les premières chenilles. Il faut alors nourrir les nouveaux venus avec de jeunes feuilles de mûrier ou avec la nourriture déshydratée. Il est très important d’enlever régulièrement les restes de nourriture quels qu’ils soient afin de garder les lieux propres. Il en va de même pour les crottes des vers.
  5. Préparation de la mue

    A peu près un mois plus tard les chenilles mesurent 8 centimètres et cessent de s’alimenter pour chercher un endroit où tisser leur cocon. Il faut alors leur mettre à disposition de quoi s’installer. Les sériciculteurs (éleveurs de vers à soie) utilisent traditionnelle de la bruyère ou du genêt pour ce faire.
  6. Sexage

    C’est après 2 semaines et alors que la chenille a mué en nymphe (stade de développement intermédiaire entre la larve et l’adulte ou « imago ») que le papillon sortira de son cocon. Ce sera alors le moment d’effectuer le sexage (le mâle a un plus petit abdomen que la femelle) afin de créer des couples dès la sortie du cocon.
  7. S’occuper de la reproduction

    Les couples se reproduisent quasi immédiatement sur un morceau de carton que vous aurez placé sous eux afin que la femelle puisse y pondre. N’hésitez pas à poser une boîte en plastique ou autre afin de séparer les différents couples le cas échéant.
  8. Récupération des œufs

    15 jours plus tard les papillons meurent achevant ainsi leur cycle de vie. Il ne restera plus qu’à récupérer les œufs pondu et les placer au réfrigérateur entre 4°C et 6°C dans un récipient étanche. La boucle est bouclée !

Conseils et astuces pour l’élevage de vers à soie

  • Il est possible de garder un stock de feuilles dans un sac plastique bien fermé.
  • Très sensibles aux pesticides et à tous produits chimiques quels qu’ils soient, il faudra prendre soin de fournir des feuilles propres, rincées et séchées le cas échéant. Il faudra, dans le même objectif, éviter toutes sortes de produits que ce soit dans l’élevage avant son lancement ou sur les mains au moment de l’entretien (tabac sur les doigts, javel dans le terrarium, gaz d’échappement lors d’un transport, etc.).
  • La moisissure et toutes formes d’humidité seront très rapidement fatales à votre élevage de vers à soie. La grande majorité des pathologies que peuvent développer les vers peuvent être évités par une hygiène irréprochable et notamment par un nettoyage constant et régulier.
  • Ne placez pas votre élevage près d’une porte où il pourrait y avoir régulièrement des courants d’air ni près d’une fenêtre pour les mêmes raisons mais, dans ce dernier cas, c’est aussi la température qu’il serait difficile de maîtriser.
  • Prévoyez de placer l’élevage dans une pièce où la température restera un tant soit peu constante pendant toute la durée du cycle de vie des animaux.
  • Prenez en compte que cet animal ne peut plus se reproduire sans notre aide. De sélection en sélection, la domestication l’a rendu totalement dépendant de nous.

Que faire du cocon de ver à soie ?

Cocons de vers à soie Ian Armstrong

Une fois le cocon de soie formé, c’est l’étouffage du cocon qui permettra de récupérer un fil de soie. L’étouffage consiste en le passage des cocons dans de l’eau bouillante pour que le grès (ou séricine, colle naturelle protégeant les brins) se ramollisse.

L’étouffage de la chrysalide qui se forme à l’intérieur du cocon dans les jours qui suivent sa fabrication est une opération essentielle qui interrompt le cycle des métamorphoses. Si elle n’est pas exécutée, la chrysalide se transforme en papillon et celui-ci s’échappe hors du cocon. Ce cocon percé ne peut plus être dévidé mais seulement cardé ce qui diminue considérablement sa valeur marchande.

Pédagogie — Le ver à soie c’est :

Cameleon mangeant un ver à soie verasoie.fr
  • Un animal qui hiverne

    Pendant la période hivernale, les vers à soie ont une activité réduite, ils sont au ralenti. A ne pas confondre avec l’hibernation qui elle est une léthargie complète ou partielle de l’animal qui entre dans une sorte de sommeil.
  • Un animal qui connait plusieurs transformations au cours de sa vie

    D’œuf, il passe à larve puis à chenille et enfin à papillon.
  • Un animal très sensible

    La qualité de son environnement est essentielle à sa survie. Des doses, même très faibles, de produits chimiques peuvent le tuer très rapidement.
  • Un animal exclusif

    Il ne se nourrit que d’une seule plante, le mûrier blanc, ce qui le rend très vulnérable à tous changements de son environnement proche et limite sa faculté d’adaptation.
  • Un animal à la base de la mondialisation

    C’est la valeur de son fil qui a poussé les dynasties chinoises successives (Han, Tang puis Yuan principalement) à sécuriser de plus en plus les longues routes commerciales vers l’ouest, que nombre de marchands (dont Marco Polo) ont parcourues pendant des millénaires. D’un secret industriel jalousement gardé (sous peine de mort) déjà 2 600 ans avant JC à un marché mondial encore dominé de nos jours, 4 500 ans plus tard, par l’empire du milieu qui assure aujourd’hui 70% de la production et 90% du commerce (la France ne produisant plus que 200 kilogrammes par an).
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En résumé

Animal particulièrement intéressant tant du point de vue historique que biologique, le ver à soie mérite que l’on s’y intéresse. Un élevage de petite taille étant aisé, il permettra à la fois de nombreuses approches pédagogiques (cycle de vie, mue, particularité du nourrissage, impact de la domestication), d’expérimenter l’entomophagie ou le fait de se nourrir d’insectes et de produire soi-même la nourriture pour ses reptiles… Entre autres choses !

Julien Hoffmann

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Julien Hoffmann

Julien Hoffmann

Fondateur chez DEFI-Écologique
20 ans de fascination pour la faune sauvage de programme de réintroduction en parcs zoologiques et désormais entrepreneur au sein d’une Coopérative d’Activité et d’Emploi : Participer à notre avenir en transmettant et débattant, un nouveau défi !
N'hésitez pas à me contacter par e-mail : julien@defi-ecologique.com.
Julien Hoffmann

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4 Commentaires sur "L’élevage du ver à soie chez soi"

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Fanny & Michel
Invité

Bravo pour votre blog qui suscite la curiosité!

Nous avons réalisé plusieurs élevages de Bombyx Eri en maternelle, en élémentaire ou dans l’enseignement spécialisé. C’est effectivement un excellent support pour découvrir et observer un cycle de vie. Le Bombyx Eri se nourrit de troène, facile à trouver presque tout au long de l’année.

http://www4.ac-nancy-metz.fr/ia54-circos/ienpompey/spip.php?article595

David
Invité

Bravo pour votre blog… Article très complet!!!

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