Le panda roux : conservation, biologie, histoire et plus encore

Tout le monde connaît le petit ours noir et blanc appelé panda géant. Mais connaissez-vous le panda roux, ce mammifère carnivore de la taille d’un gros chat, au pelage éclatant ?

Contrairement au panda géant, celui-ci n’est pas un ours et, malgré son masque facial, ce n’est pas non plus un raton-laveur !

Mais alors qu’est-ce qu’un panda roux ?

Ce que vous allez apprendre

  • Quels sont la biologie générale et les particularités du panda roux
  • Quelle est sa place dans la classification phylogénétique
  • Quel est le mode de vie du panda roux
  • Quelles sont les menaces qui pèsent sur l'espèce
  • Comme se profile la conservation du panda roux dans le monde

Etymologie

Belette, panda roux et binturong.
Belette, panda roux et binturong. Musée des Confluences (Lyon, France)

Le panda roux a été décrit pour la première fois par un Occidental en 1825, soit 44 ans avant le panda géant.

Le terme panda vient d’un mot népalais qui signifie « mangeur de bambou ». Le premier panda, le panda originel, est donc le panda roux ! Les Chinois l’appellent le chat-ours, les Anglais le renard de feu ou encore le raton-laveur himalayen… Il y a de quoi en perdre son latin !

Le nom latin du panda roux, d’ailleurs, est Ailurus fulgens. Le mot Ailurus vient d’un terme grec qui signifie « balance-queue » et désigne un chat, fulgens faisant référence à son pelage flamboyant. Les scientifiques se sont longuement interrogés sur la place du panda roux dans la classification phylogénétique (classification du vivant qui définit les différentes interactions évolutives entre les espèces).

Morphologie

Masque facial du panda roux
Masque facial du panda roux Mathias Appel

Le panda roux mesure environ 50 centimètres de long, sa queue faisant sensiblement la même taille. Il pèse entre 3 et 6 kilogrammes.

Son dos et sa tête sont roux, alors que son ventre et ses pattes sont noirs, camouflage idéal pour évoluer dans son environnement, entre le lichen qui pousse sur les arbres et les ombres du couvert végétal.

Le panda roux possède également un masque facial, ce sont des taches blanches au niveau des sourcils, des joues et du museau, qui permettent de différencier les individus : en effet, chaque panda aura un masque facial qui lui est propre.

Ainsi, le panda roux ressemble à un gros raton-laveur, croisé avec un renard. Les scientifiques l’ont donc tout d’abord classé dans la famille des Procyonidés, la famille des ratons-laveurs.

Une particularité étonnante

Mais le panda roux a plusieurs points communs avec le panda géant. Outre le fait qu’il mange du bambou, il possède un « sixième doigt » !

Une excroissance provenant d’un os du poignet, qui lui permet notamment, comme à son cousin panda géant, d’attraper les tiges de bambou pour les ramener jusqu’à sa gueule. Ce « sixième doigt » lui sert en fait de pouce opposable.

Alors le panda roux se rapprocherait-il finalement du panda géant, et donc des ours ? C’est ce que les scientifiques ont pensé. Ils l’ont alors classé dans la famille des Ursidés.

Classification et répartition géographique

Répartition géographique du panda roux (2010)
Répartition géographique du panda roux (2010) IUCN Red List of Threatened Species

Plus tard, des études génétiques et moléculaires ont montré que le panda roux était bien différent des ours ou des ratons-laveurs. On a alors décidé de lui créer sa propre famille, celle des Ailuridés.

Des ossements retrouvés de par le monde ont prouvé qu’à l’origine, les ancêtres du panda roux peuplaient quasiment tous les continents. Son berceau aurait été localisé en Europe.

Mais à l’heure actuelle, sur les 9 genres et 26 espèces qui composent la famille des Ailuridés, il n’existe plus qu’une seule espèce encore en vie, Ailurus fulgens, notre panda roux. Celui-ci vit dans les forêts des montagnes de l’Himalaya, entre le Népal, le Bhoutan, le nord de l’Inde, le sud de la Chine et le Myanmar.

Le panda roux dans la culture locale

Bien que de plus en plus connu dans le monde occidental (le panda roux est par exemple l’emblème du moteur de recherche Mozilla ), ce petit mammifère discret n’a laissé qu’une faible empreinte dans les traditions de ses pays d’origine, dont voici quelques exemples :

  • C’est l’animal emblématique de la province du Sikkim, en Inde.

  • Au Bhoutan, voir un panda roux pendant un voyage professionnel en garantira le succès.

  • Dans une région du centre du Bhoutan, le panda roux est la réincarnation de moines bouddhistes, (apparemment à cause de sa fourrure, dont la couleur est semblable à la toge des moines).

Malheureusement, il est parfois aussi victime des valeurs et pouvoirs qu’on lui prête :

  • A l’ouest du Népal, certains shamans utilisent la peau et la fourrure de panda roux pour leurs robes de cérémonie, car le panda roux est considéré comme un animal protecteur qui préservera son porteur des attaques des mauvais esprits.

  • En Inde, d’autres utilisent la queue du panda roux comme un talisman.

  • En Chine, dans la province du Yunnan, un chapeau en fourrure de panda roux est censé porter bonheur au jeune marié.

Un animal arboricole

Panda roux évoluant dans un arbre dans le parc national de Singalila
Panda roux évoluant dans un arbre dans le parc national de Singalila Ajit Hota

C’est un remarquable grimpeur, capable de descendre d’un arbre la tête la première, grâce à ses puissantes griffes semi-rétractiles et ses pattes arrière, qui ont la faculté de pouvoir pivoter sur près de 90°. Sa queue, annelée rousse et beige, lui sert de balancier en situation d’escalade.

Le panda roux est principalement arboricole. Il descendra rarement au sol. C’est une des raisons qui en fait un animal si discret et difficile à observer dans son milieu naturel. En effet, même ses fèces sont déposées au creux d’une branche, à plusieurs mètres du sol.

Habitat du Panda Roux

Les pandas roux vivent dans les forêts tempérées de sapins, feuillus et autres rhododendrons (entre 1 000 et 4 800 mètres d’altitude). La température de cette région est fraîche mais il y a peu de variation annuelle.

Ces animaux sont donc plus adaptés aux rigueurs hivernales qu’aux chaleurs estivales. Ils ont la particularité d’avoir des poils jusqu’au bout des pattes et entre les coussinets, qui leur permettent de bien supporter ces climats.

Régime alimentaire

Crâne de panda roux
Crâne de panda roux Eviatar Bach

Bien que classé dans l’ordre des Carnivores, car il a conservé la fameuse « dent carnassière » (molaire aplatie permettant de broyer la viande), le panda roux est principalement végétarien !

Son régime alimentaire se compose à 95% de bambou, les 5% restants étant des fruits, des baies, des racines, des écorces, des champignons, du lichen, des insectes et autres petits animaux, qu’il trouve en période estivale.

La spécialisation alimentaire du panda roux a un gros impact sur sa vie quotidienne. En effet, le bambou est très riche en fibres non digestibles par notre petit carnivore, qui n’a ni les dents ni le système digestif adapté. De ce fait, il n’extrait qu’un quart des nutriments dont il a besoin à partir du bambou.

Association Connaître et Protéger le Panda Roux (CPPR)

logo de l'Association CPPR
Logo de l'Association CPPR CPPR

CPPR est une association française créée en 2014 par des soigneurs animaliers souhaitant s’investir de manière plus concrète dans la préservation du panda roux.

Ses objectifs :

  • Sensibiliser un large public à la sauvegarde du panda roux

  • Participer à des projets de conservation

  • Soutenir financièrement des actions sur le terrain

Ses actions :

  • Organiser des événements

  • Développer des programmes pédagogiques

  • Collecter des vêtements et des fournitures pour les populations locales

Mode de vie du panda roux

Le bambou étant sa seule ressource alimentaire l’hiver, ce petit panda peut perdre jusqu’à 15% de son poids durant cette période. De ce fait, il a adapté son comportement pour compenser ses besoins énergétiques.

Par exemple, le panda roux peut passer jusqu’à 13 heures par jour à grignoter des jeunes pousses et feuilles de bambou (uniquement les feuilles, pas les tiges, contrairement au panda géant). Il a également un métabolisme très bas, qu’il peut ralentir quand les températures chutent. Enfin, son épaisse fourrure lui permet de bien conserver sa chaleur corporelle, d’autant plus qu’il n’est pas très grand et, lorsqu’il dort, il se love généralement, ramenant sa queue touffue sur sa truffe.

Panda roux se tenant debout en posture d'intimidation
Panda roux se tenant debout en posture d'intimidation Jon Kang

Les pandas roux sont solitaires et plutôt nocturnes, ou crépusculaires. Les domaines vitaux des mâles et des femelles se chevauchent, mais ils se voient rarement. En effet, les pandas roux économisent leur énergie et ne couvrent qu’un quart de leur domaine vital par mois.

Ils ont plusieurs façons de marquer leur territoire, notamment en urinant et en déposant des sécrétions de leurs glandes anales et de leurs coussinets le long des limites de leur territoire. Ils ont également des « latrines communes » qui jalonnent leurs frontières, leur permettant ainsi de partager différentes informations, comme le fait que les femelles soient ou non en chaleur.

Ils communiquent aussi grâce à une variété de sons (grognements, sifflementsn, etc.) et de gestes (hochements de tête, queue arquée, etc.).

Reproduction

Pendant la saison de reproduction, de janvier à mars, mâle et femelle se côtoient.

Puis chacun reprend ses activités de son côté, la femelle élevant seule ses deux petits (rarement trois ou quatre), après 135 jours de gestation en moyenne. Les petits naissent donc entre mai et juillet, mesurent alors six centimètres et pèsent un peu plus de cent grammes.

Ils ont déjà une petite fourrure mais gardent les yeux fermés jusqu’à 18 jours. Ils ne sortiront de la tanière qu’au bout de trois mois, et seront sevrés à cinq mois.

Ils resteront avec leur mère environ un an, en tout, le temps d’atteindre leur taille adulte. Ils seront matures sexuellement vers 18 à 20 mois.

Préservation du panda roux

L’effectif exact de la population actuelle de pandas roux dans la nature est inconnu, mais on estime qu’il reste moins de 10 000 individus et que cette population décroît.

L’espèce est d’ailleurs classée « En Danger » dans la liste rouge de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), et en annexe 1 de la CITES (Convention internationale sur le commerce des espèces en voie de disparition), ce qui veut dire que son commerce est strictement interdit.

Cette diminution de la population est due principalement à la réduction de son habitat, pour l’exploitation forestière par exemple, mais également au braconnage, ou encore à la consanguinité, car du fait de la fragmentation de leur habitat, les populations de pandas roux se trouvent isolées les unes des autres.

Gardes-forestiers en formation au Népal
Gardes-forestiers en formation au Népal Red Panda Network

Plusieurs pays ont établi des zones protégées, comme la Chine , dont les sanctuaires à pandas géants profitent à de nombreuses autres espèces, tel le petit panda, mais les mesures de protections restent encore à développer. Beaucoup de Népalais comptent sur l’habitat du panda roux pour survivre, car ils n’ont pour le moment pas d’autres alternatives économiques viables.

Des associations comme le Red Panda Network (RPN) travaillent sur place avec les autorités locales pour essayer de créer un nouveau système, dans lequel la conservation de l’habitat du panda roux bénéficierait aux communautés environnantes.

Ils forment des gardes-forestiers pour patrouiller et réduire le braconnage, aident les villageois à replanter des arbres, leur apprenant ainsi la gestion durable des forêts.

Les membres du RPN animent également des ateliers auprès d’adultes et d’enfants, pour les sensibiliser à la préservation de leur habitat, leur montrer des méthodes de cultures alternatives, les aider à se développer dans le respect de la nature qui les entourent.

Red Panda Network

Logo du Red Panda Network
Logo du Red Panda Network Red Panda Network

RPN est une association américaine créée en 2005 par Bryan Williams, dans le but de sensibiliser les gens à la conservation du panda roux tout en agissant sur place, dans son habitat, en développant des zones protégées, en collectant des données précieuses sur le terrain et en travaillant avec les populations locales.

Ses actions

  • Recherche (études de terrain sur le panda roux et son habitat)

  • Conservation (reforestation, réseau anti-braconnage, fermes organiques, etc.)

  • Éducation (formation de gardes-forestiers, ateliers dans des écoles, etc.)

Comment les aider

  • Adopter un panda roux

  • Sponsoriser un garde-forestier

  • Participer à un « ecotrip »

  • Devenir un ambassadeur du panda roux (sensibiliser les gens autour de vous)

Mobilisation pour le Panda roux

Dans le monde entier, les zoos se sont mobilisés pour préserver l’espèce en participant à des programmes d’élevage, dans le but d’obtenir une population captive importante et avec une grande diversité génétique, pour un jour pouvoir les réintroduire dans leur milieu naturel. En 2012, 455 pandas roux étaient présents dans 179 institutions.

D’autres associations agissent également à travers le monde, pour sensibiliser le public à la protection du panda roux.

En France, l’association Connaître et Protéger le Panda Roux intervient dans des écoles, des centres de loisirs et des parcs zoologiques. Elle participe à différentes campagnes (notamment de reforestation d’un hectare de terrain à Patmara, dans le district de Jumla), collecte des vêtements et fournitures pour les villageois de l’ouest du Népal, en coopération avec le RPN, et soutient financièrement les programmes de conservation in situ.

Pour conclure

Le panda roux est vraiment un animal particulier : carnivore végétarien, remarquable grimpeur au camouflage presque parfait, cet habitant des forêts de l'Himalaya est pourtant en danger d'extinction.

Plusieurs organismes travaillent à sa sauvegarde, que ce soit sur place ou de par le monde. Protéger une espèce revient à protéger son habitat et tout l'écosystème qui l'entoure.

Ainsi le panda roux peut-il porter le flambeau pour sa forêt et être le fer de lance de la préservation de son environnement !

Portrait de l'auteur

Aviez-vous connaissance des risques qui pèsent sur cette espèce ?

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Portrait de l'auteur

Anne-Gwénaël Perio

Soigneur animalier — Parc de Clères

Diplômée en biologie à l'Université de Rennes, elle est soigneur animalier depuis plus de quinze ans. Elle travaille au quotidien avec des espèces en voie de disparition, comme l'Hapalémur d'Alaotra ou le Panda Roux.

En 2014, elle décide de s'investir plus avant dans la Conservation et devient co-fondatrice et vice-présidente de l'Association « Connaître et Protéger le Panda Roux » (CPPR).

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