Le lapin est l’avenir de l’Homme !

Élevés par milliards, traqués comme de la vermine ou choyés amoureusement, les lapins ont une histoire ambivalente avec les humains.

Et si les lapins nous aidaient à évoluer ? Et s’ils devenaient les plus écologiques de nos compagnons ?

Ce que vous allez apprendre

  • Pourquoi les lapins ont de grandes oreilles
  • Pourquoi les lapins pullulent
  • Pourquoi les lapins disparaissent
  • Pourquoi les lapins vont sauver les oiseaux
  • Pourquoi vous allez adopter deux lapins

Comment les lapins ont conquis le monde

Qu’ils soient cajolés ou exploités pour la viande, la fourrure ou la recherche scientifique, tous les lapins domestiques sont issus d’une seule et même espèce : le Lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus).

Jusqu’au Moyen-Âge, cette espèce vivait naturellement dans la Péninsule Ibérique, dans le sud et l’ouest de la France et probablement dans l’extrémité nord-ouest de l’Afrique. Les humains n’avaient pas encore fait voyager les lapins de garenne au-delà de cette petite aire de répartition.

Les débuts de l’élevage de lapins

Oryctolagus cuniculus et sa boucle d'oreille
Oryctolagus cuniculus et sa boucle d'oreille JJ Harrison

Les premiers élevages remontent au moins à 2 000 ans. Il s’agissait au départ de multiplier les lapins de garenne destinés à la chasse de loisir. Cette pratique existe encore.

Dès le IXe siècle, les lapins de garenne sont exportés et lâchés pour la chasse au-delà de l’aire de répartition naturelle de l’espèce, à commencer par la moitié nord de la France.

Par volonté humaine, les lapins de garenne ont ensuite colonisé une bonne partie de l’Europe au Moyen-Âge, puis certaines régions d’Afrique, d’Amérique, la Nouvelle-Zélande et enfin l’Australie au XIXe siècle.

Parallèlement apparaissaient au Moyen-Âge les premiers élevages de lapins pour la viande.

L’apparition des races

Il faut toutefois attendre le XVe siècle pour qu’advienne réellement la domestication des lapins, au sens de leur transformation par les humains dans un but utilitaire.

Comme pour les autres animaux domestiques, elle fut faite par sélection des individus selon leur morphologie, leur physiologie, leur comportement et par croisements des différentes lignées dans les élevages.

C’est ainsi que furent créées de multiples « races », très différentes du lapin de garenne originel.

La cuniculture : l’élevage intensif de lapins

Aujourd’hui dans le monde, 1,2 milliards de lapins d’élevage sont abattus chaque année pour leur chair, dont 40% en Chine.

Le lapin est la deuxième espèce la plus élevée en Europe derrière la poule.

En France comme ailleurs, force est de constater que les conditions d’élevage sont presque toujours effroyables, qu’il s’agisse d’élevage pour la viande, la fourrure, la laine ou l’expérimentation scientifique.

Le saviez-vous ?

Pour les lapins ont-ils de grandes oreilles ?

Oreilles de lapin aux aguets au levé du jour
Oreilles de lapin aux aguets au levé du jour Barbara webb

L’intuition nous dit que si les lapins ont des grandes oreilles, c’est « pour mieux entendre ».

L’effet périscope des pavillons auditifs joue en effet un précieux rôle dans le repérage sonore des prédateurs. Mais les oreilles des lapins ont une deuxième fonction, au moins aussi importante : la thermorégulation.

Ne possédant pas de glandes sudoripares, ces animaux ne transpirent pas. Ils ne sont pas non plus capables d’haleter comme le font les chiens pour évacuer le surplus de chaleur par la langue.

C’est par les oreilles que les lapins régulent leur température.

Ils ont adopté la même stratégie que les éléphants. Leurs pavillons auditifs sont riches en vaisseaux sanguins, dont le flux est contrôlé par vasodilatation et vasoconstriction.

Ceci permet à la chaleur du sang de s’évacuer de façon plus ou moins forte selon les besoins, par contact de la peau avec l’air.

Comment respirent les lapins ?

Les lapins ont une autre particularité, qu’ils partagent cette fois avec les chevaux : ils ne peuvent pas (ou presque) respirer par la bouche.

Leur épiglotte bloque l’accès de la cavité buccale à la trachée. Quant à leurs narines, elles s’ouvrent et se ferment par des muscles, selon l’intensité des besoins en oxygène.

L’invasion désastreuse

Archive australienne 1938
Archive australienne 1938

Les lâchers de lapins de garenne dans certaines régions du monde où l’espèce n’était pas naturellement présente ont causé d’importants problèmes écologiques.

Sans leurs prédateurs ni leurs pathologies, ils se multiplient dans leurs terres d’adoption. Les conséquences en Australie, en Nouvelle-Zélande ou sur les îles de Kerguelen sont considérées comme catastrophiques pour la biodiversité.

Comme souvent avec les espèces dites « exogènes », ces phénomènes doivent toutefois être observés avec recul, car la réalité de l’impact écologique se mêle habituellement aux perceptions culturelles liées au rejet de l’étranger.

En Europe, l’introduction ancienne des lapins de garenne au-delà de l’aire de présence naturelle de l’espèce n’est généralement pas jugée problématique sur le plan écologique.

En revanche, les lapins ont été considérés comme nuisibles pour l’agriculture, avant leur déclin dû à la myxomatose dans les années 1950.

Auparavant en Grande-Bretagne, les pertes de récoltes dues aux lapins se chiffraient à 50 millions de livres par an.

Virus et apprentis-sorciers

Très connu, le cas de l’Australie est emblématique de tout ce qu’il ne faut pas faire.

Des lapins ont d’abord été importés pour la chasse au XIXe siècle. Ils se développèrent abondamment. Tous les moyens possibles et imaginables ont alors été déployés pour les éliminer, dont l’introduction de différents virus.

  • La myxomatose : En particulier, celui de la myxomatose en 1950. Après quelques années, une partie des lapins se trouvèrent immunisés.

  • La VHD : Les autorités australiennes ont renouvelé l’expérience en introduisant en 1996 un virus causant la VHD (maladie hémorragique du lapin). Comme il perdait son effet avec le temps, une deuxième souche de ce virus fut introduite en 2017.

  • Le RHDV2 : Entre-temps, un autre virus de la VHD -le RHDV2- se répandait en Australie, sans que son introduction soit voulue par le gouvernement. Le pays arrivera-t-il à ses fins ?

Introductions de virus en Europe

Depuis 2010, le RHDV2 se répand aussi en Europe où il est considéré comme très problématique pour les populations de lapin et de lièvres. Quant aux lâchers volontaires de virus, ils n’existent pas qu’en Australie.

En France, la myxomatose fut introduite volontairement en 1952 dans un jardin d’Eure-et-Loir par un scientifique. Elle s’est propagée en quelques années dans toute l’Europe.

Les lapins de garenne ne furent pas éradiqués, mais leurs effectifs ont largement chuté, sans jamais retrouver ensuite les niveaux d’antan.

Depuis, les lapins se sont immunisés.

Les bons et les mauvais lapins

Bien que perçus de façon ambivalente, anciennement introduits dans une partie de l’Europe, les lapins de garenne y sont considérés comme faisant partie de la faune locale, sans qu’on cherche à les éradiquer.

Jeune lynx Ibérique mangeant un lapin de Garenne
Jeune lynx Ibérique mangeant un lapin de Garenne Lynx Ex-Situ

La régression des effectifs de lapins depuis plusieurs décennies est même une source de préoccupation.

En France, le lapin de garenne est classé « quasi-menacé » sur la liste rouge de l’UICN. En cause : principalement l’agriculture intensive, les maladies et trop de chasse, qui s’ajoutent aux conséquences historiques de la myxomatose.

C’est là tout le paradoxe. Les lapins sont à la fois menacés, chassables et déclarés nuisibles.

Tandis que certains biologistes s’inquiètent de la disparition des lapins, l’État français mène un double-jeu :

C’est à n’y rien comprendre.

En Espagne où leurs effectifs déclinent aussi dans la nature, des lapins de garenne d’élevage sont lâchés pour nourrir les lynx pardelles, une espèce rare.

On voit là qu’il n’y a pas de vérité écologique ou scientifique absolue. Les perceptions, les envies, l’histoire et la culture jouent un rôle crucial dans la détermination « nuisible » ou « à sauver » des espèces.

Les cousins sauvages

Lapin des marais
Lapin des marais Chad Anderson/USFW

Il existe une trentaine d’espèces de lapins à travers le monde.

Avec les lièvres, dont les différentes espèces sont à peu près aussi nombreuses, ils forment la famille des léporidés.

Les lapins vivent dans des biotopes variés. Par exemple, le lapin de Gapp vit dans les forêts tropicales d’Amérique centrale. Comme son nom l’indique, le lapin des marais vit dans les zones humides, en Amérique du nord.

Certaines espèces sont extrêmement menacées.

C’est le cas du lapin des volcans, qui n’est présent que dans un petit secteur du Mexique.

La situation n’est pas meilleure pour le lapin des Amami, endémique de deux îles japonaises.

Quant au lapin des Boochimans, en Afrique du sud, il est considéré « en danger critique d’extinction ».

La principale cause de disparition de ces espèces est la destruction de leur milieu de vie.

Le lapin écologique

Aux dernières nouvelles, les lapins de compagnie restent très loin derrière les chats et les chiens en terme d’effectifs, en France comme dans le monde.

Pourtant, les vétérinaires et les amoureux des lapins s’accordent pour dire qu’il s’agit d’adorables compagnons.

Soins et interactions

Lapin domestique nain forme feu noir
Lapin domestique nain forme feu noir Jiel

Entre autres avantages pratiques et non négligeables, les lapins sont de soins faciles, s’avèrent très propres dans un environnement humain et sont aisés à transporter.

Ils jouent. Ils n’aboient jamais quand sonne le facteur.

Bien entendu, si toutefois on en doutait, les lapins domestiques ont chacun leur personnalité. Il parait même qu’on noue avec eux une relation qui n’aurait rien à envier à celle des chats.

Alimentation végétale

Les lapins présentent enfin et peut-être surtout un immense avantage écologique, en comparaison avec d’autres animaux-compagnons. Les lapins sont herbivores.

Alors que les chats domestiques sont régulièrement accusés de causer des ravages parmi les oiseaux, les chauves-souris, les papillons et autres petits animaux des jardins et des campagnes, les lapins domestiques mangent de l’herbe.

Ils ne vous déposeront aucune hirondelle sur le paillasson.

Pourquoi les chats ne sont pas écolos ?

Réponse avec beaucoup d'humour !

Alimentation naturelle pour les lapins

Alors que les chats et les chiens sont le plus souvent nourris avec des aliments industriels issus de l’élevage intensif d’autres animaux, les lapins rongent du foin.

Au pire et pour des raison pratiques, les lapins reçoivent souvent des granulés industriels en complément de la verdure, lorsque celle-ci est en trop faible quantité ou variété.

Même quand ces granulés ne sont hélas pas issus de cultures écologiques, ils restent théoriquement issus de végétaux, dont la production est bien moins néfaste pour la planète que celle de la viande.

D’aucuns considèrent ainsi qu’il est écologiquement préférable de nourrir un compagnon herbivore que carnivore.

Des lapins à la maison

Une nouvelle place dans les foyers pour les lapins ?

Moustine prend un bain de soleil
Moustine prend un bain de soleil Marion Fargier

Pour qui souhaite une compagnie animale, on peut estimer que le choix d’accueillir des lapins est cohérent avec celui de ne pas consommer de produits animaux pour des raisons éthiques (contre la souffrance dans les élevages et les abattoirs) et écologiques (contre l’impact de l’élevage industriel).

Et si vous adoptiez un lapin ?

Non pas un, mais deux. Car ce sont des animaux sociaux.

On trouve facilement dans les refuges des lapins abandonnés, comme les chiens et les chats.

Adopter et ne pas acheter dans le commerce, car les conditions d’élevage des lapins vendus comme animaux de compagnie sont loin d’être meilleures que celles des lapins destinés aux abattoirs.

Comment accueillir un lapin chez soi ?

Bien sûr, toutes les précautions s’imposent pour s’assurer qu’ils trouveront chez vous une place pérenne et appropriée.

Les lapins ne vivent pas en cage.

Pas plus que les chats ou les chiens. Il est très préférable qu’ils voient le soleil et profitent d’un accès extérieur.

Ils aiment se faufiler et parcourir des petits tunnels aux allures de terrier. Ils aiment gratter et bien sûr, ronger.

On mettra si nécessaire les câbles et autres objets précieux à l’abri.

Dès lors, vos lapins vous apporteront à coup sûr un petit supplément de bonheur et, détail appréciable, recycleront vos épluchures de fruits et légumes. Vous veillerez à ne leur donner les épluchures que fraîches (bio tant que possible) et garderez à l’esprit qu’il ne s’agit que d’un complément : les lapins ont besoin de beaucoup de végétaux.

Pour conclure

Autrefois cantonnée à certains paysages méditerranéens du sud-ouest de l’Europe, la répartition des lapins de garenne dans la nature a littéralement décuplé en quelques siècles par la volonté humaine.

Selon le contexte écologique et historique local, on a ensuite cherché à les éliminer ou au contraire à les protéger, tandis que d’autres espèces de lapins sont aujourd’hui en voie de disparition sur la plupart des continents à cause du développement humain.

En parallèle, les lapins de garenne et leurs descendants domestiqués ont fait l’objet d’une immense exploitation historique.

Ils sont aujourd’hui élevés en effectifs gigantesques à travers le monde pour la viande, la fourrure, la chasse de loisir et dans une moindre mesure l’expérimentation scientifique.

Ne serait-il pas temps d’évoluer dans notre relation avec les lapins, comme avec les animaux en général ?

Quand on sait la souffrance que ceci génère, est-ce utile de manger des lapins, d’en faire des vêtements, de tester sur eux des cosmétiques et d’en lâcher dans la nature pour les chasser au fusil ?

Bon nombre d’humains refusent déjà cette souffrance et nouent des relations plus respectueuses avec les lapins domestiqués.

Devenus compagnons, les lapins herbivores nous ouvrent les portes du monde végétal. Face aux enjeux d’une transition naissante vers la végétalisation de notre alimentation et donc de la production agricole, gageons qu’ils puissent nous aider à évoluer.

Au fond, il n’est pas impossible que vivre avec des lapins nous rende un petit peu meilleurs.

Portrait de l'auteur

D'après vous, quelle devrait devenir la place des lapins à nos côtés ?

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Pierre Rigaux

Naturaliste

Naturaliste spécialisé dans les mammifères et les oiseaux, biologiste de formation, Pierre Rigaux étudie particulièrement les mammifères semi-aquatiques, les micromammifères et les carnivores européens.

Il est l’auteur, avec l’illustratrice Charlène Dupasquier, d’une « Clé d’identification des micromammifères de France » éditée par la SFEPM.

Il a coordonné la rédaction de l’ouvrage collectif « Les mammifères de Provence-Alpes-Côte d’Azur ».

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miriel

Très bien cet article ; je vis avec trois lapins venant de refuge et d’association. Ils sont en totale liberté chez moi. Je les adooore.

Kty94

Excellent article, merci.

Cathy

Article très plaisant et instructif ! Merci !

Thérèse du Devin

Merci pour cet article très intéressant

isapi

Génial article ! Il y a aussi le concept de “chat groupé” qui me paraît intéressant : en ville, j’habitais sur une petite place où nous avons vu débarquer un chaton en piteux état. Blessé, farouche, il a accepté de s’abriter dans une caisse en bois, avec petite laine douillette et toit imperméable, à l’entrée de notre maison. Comme nous étions souvent absents, ce sont nos voisins retraités qui assuraient ses repas. Les enfants du quartier se relayaient pour jouer avec lui : bref, c’était tout le voisinage qui se mobilisait (et se rencontrait) autour de notre Chapaillasson.

sophie l

Chapaillasson aurait certainement préféré avoir sa vraie maison et sa vraie famille…
Un de mes rescapés est un ancien Chapaillasson dont tout le monde s ‘ occupait et finalement personne ne s ‘ en occupait vraiment bien… il revit .

Lattuga Ronan

Bonjour,
juste deux remarques : en cas de jardin potager ou verger attention aux dégâts ! Les lapins sont également peu efficaces pour attraper les souris…

COUBLE

Alf est un membre de la famille à part entière.
Le matin, dans la journée, et le soir notamment je pense à lui.
C’est mon troisième ado à la maison et DOUDOU vivant que j’aime énormément.
J’ai failli le perdre en août dernier, alors je fais encore plus attention et passe autant de temps avec lui que possible, à mon retour de travail. C’est mon little Bouddha.
Merci à vous pour votre blog

sophie l

J’ adopte des chats et chiens ( évidemment tous stérilisés et heureux )de refuges, par associations ou recueillis à la rue.
Quand je serai trop vieille pour adopter des chiens ( je les promène beaucoup et les emmène souvent dans mes déplacements ), je prévois d’ adopter plutôt quelques lapins et poules avec accès libre extérieur-intérieur. Je les imagine déjà faire des terriers et se percher dans les arbres !