Créer un Atlas de la Biodiversité Communale pour mieux connaitre son territoire

Il est très probable que votre précédent maire ne connaissait pas la biodiversité de la commune dont il avait la charge.

En effet, seulement un millier de communes françaises connaissent vraiment les espèces animales et végétales présentes sur leur territoire. Ces communes ont en effet entrepris de les recenser à travers un Atlas de la Biodiversité Communale (ABC).

Cet outil d'inventaire et de valorisation de la biodiversité est promu depuis une dizaines d'années par le ministère de l'Environnement. Et à raison, puisque une commune qui connait la nature, l'emplacement et la population de sa faune et de sa flore sera plus à même de protéger sa biodiversité et de la prendre en compte dans sa prise de décision.

Or, dans la perspective d'une réinvention de l'urbanisme et à l'heure d'une nécessaire transition écologique et climatique, préserver la nature n'est plus seulement une lubie de naturaliste : c'est également une obligation légale et un besoin vital pour la résilience locale.

Ce que vous allez apprendre

  • L'intérêt de l'Atlas de la Biodiversité Communale pour votre commune
  • Les outils de son élaboration
  • Le moyen d'intéresser la population à la démarche

L’intérêt de l’Atlas de la Biodiversité Communale pour la transition

Inventorier et cartographier la faune et la flore de son territoire est un puissant outil du maire pour planifier l’urbanisation du territoire.

De nombreux projets espérés par la population, sur lesquels des techniciens ont longtemps travaillé, achoppent finalement sur la nécessaire préservation d’une espèce rare se trouvant à l’emplacement précis du projet. Un échec qui ne serait jamais survenu si l’atlas avait été élaboré.

Un rond point de la biodiversité pour montrer l'engagement local
Un rond point de la biodiversité pour montrer l'engagement local patrick janicek

Car l’atlas révèle tout son potentiel quand il est associé à une étude d’impact où il permet de pointer précisément et dès le début les zones qui vont poser problèmes et les impacts potentiels des décisions prises. Il offre donc l’opportunité de penser dès le début à éviter ou réduire les dégâts environnementaux, plutôt que de (mal) compenser après coup.

À l’occasion de la réalisation de cet Atlas, chacun est invité à s’exprimer. Simples habitants, agriculteurs, agents techniques municipaux, naturalistes, chasseurs et pêcheurs, commerçants, promeneurs, industriels, chacun a son mot à dire dans la démarche, chacun a ses préoccupations et peut faire des remarques sur des points précis. L’idée n’est pas d’écarter certaines catégories de la population, mais bien d’associer toutes les volontés et connaissances pour établir le tableau le plus précis à un moment donné de la biodiversité locale. C’est une science participative en somme, non ?

Connaitre la biodiversité de sa commune permet aux décideurs politiques locaux de savoir où se trouvent telles essences ainsi que l’effectif relativement précis d’une espèce donnée (en Alsace par exemple, nous comptons les cigognes, c’est viscéral, et quand un village a un couple viable, il gagne en prestige). Dès lors, il devient plus facile de vérifier leur présence, leur bonne santé d’année en année.

Couverture de l'appel à manifestation d'intérêt 2018
Couverture de l'appel à manifestation d'intérêt 2018 Office Français de la Biodiversité

L’Atlas de la Biodiversité Communale permet donc de se rendre compte des impacts éventuels de l’activité humaine sur la nature par une approche scientifique indiscutable. Dit autrement, c’est un outil d’anticipation.

Toute la question est de savoir ce qui constitue un peuplement ordinaire ou au contraire une présence extraordinaire, inattendue, dans un milieu où telle espèce n’est pas attendue, et doit donc être préservée.

Ou encore, ce peut être un moyen de déterminer les interrelations et dynamiques propres aux échanges et luttes entre espèces, qui peuvent voir leur écosystème perturber par une intervention humaine apparemment minime.

Un atlas utile pour la planification urbanistique

La traduction concrète de cet atlas se fait dans les documents d’urbanisme, notamment le Plan Local d’Urbanisme.

Un des documents qui le compose, le Projet d’Aménagement et de Développement Durable, sera lui aussi adapté pour inscrire les découvertes naturalistes dans les objectifs d’aménagement. Les zones repérées comme sensibles doivent ainsi donner lieu à une protection en zone Naturelle (N) ou Forêt (F) selon le type, quitte à déclasser des zones constructibles au nom de l’intérêt général.

Les plans d'eau urbains sont aussi porteur d'une biodiversité a étudier
Les plans d'eau urbains sont aussi porteur d'une biodiversité a étudier

C’est le genre de moment où une implication de la population dans la démarche se révèle vite indispensable, pour éviter les réactions de colère. En effet, un terrain non constructible n’a plus du tout la même valeur, et personne n’aime s’en rendre compte au moment de la mise en vente dudit terrain…

Ces données récoltées se trouvent ensuite compilées dans des inventaires régionaux et nationaux. En Alsace, nous avons par exemple un réseau d’associations Odonat (élargie au grand Est, désormais Odonat est une déclinaison en région de Faune France tout comme Faune PACA, Faune Vendée ou Faune Bretagne) qui collecte les observations naturalistes (souvent à travers l’application NaturaList), réalise des cartographies et propose des bases de données d’évolution des espèces animales et végétales. Un outil indispensable pour la recherche écologique et la définition des schémas régionaux et des politiques nationales et communautaires.

Par ailleurs, comme évoqué dans d’autres articles, vous pourrez recourir à l’outil de planification de l’emplacement réservé, qui vous permettra de geler un terrain en vue, dans ce cas précis, d’y aménager un espace vert. Ce qui peut être très utile pour préserver les corridors écologiques, ou encore relier entre elles des zones de nidifications.

En effet, l’Atlas de la Biodiversité Communale est le préalable indispensable aux trames vertes et bleues. Mais aussi des trames noires et marron, c’est à dire les continuités d’espace plongé dans l’obscurité et du sol non artificialisé.

Or, comme le rappelle Pierre Dubreuil, le nouveau directeur général de l’Office Français pour la Biodiversité quand il déclare que de nombreuses communes prennent en compte l’impact du climat sur la biodiversité, ces trames sont nécessaires pour l’adaptation de votre territoire aux dérèglements climatiques puisqu’elles vont vous aider à réguler la température en ville et favoriser la résilience alimentaire.

Mais elles sont elles aussi impactées par ces mêmes dérèglements qu’elles combattent. Ainsi, en mettant en œuvre un Atlas de la Biodiversité Communale, vous les identifiez mieux, ce qui permet de les aider, et donc, de vous aider à surmonter le réchauffement climatique.

L’ABC de Muttershotlz

Avoir des atouts est une chose, les valoriser en est une autre
Avoir des atouts est une chose, les valoriser en est une autre Bernard Chenal

La commune de Muttersholtz, nommée capitale française de la biodiversité en 2017, a été l’une des premières communes françaises à réaliser son ABC.

Il ne devait pas s’agir d’un simple recensement faunistique et floristique d’experts naturalistes. Cet Atlas avait pour objectif initial de permettre la mobilisation des acteurs du territoire autour des questions de biodiversité.

En effet, le maire avait une vision de long terme sur la préservation de la biodiversité locale qui nécessitait de mobiliser cet outil pour y parvenir. Ce programme ambitieux a permis de mobiliser largement et surtout de planifier la suite des actions de renaturation et de restauration des équilibres écologiques.

Le budget total en est donc plus élevé que ce que nous retrouvons généralement. Ainsi, cet atlas a coûté près de 50 000 euros, pris en charge à moitié par des subventions. Il faut par ailleurs se rappeler qu’en 2010, lorsque l’ABC de Muttersholtz a été initié, la plupart des outils et méthodes restaient à inventer, ce qui a influé sur le prix du projet.

Les outils d’élaboration d’un ABC

Le principal outil de mise en œuvre de l’Atlas de la Biodiversité Communale, son guide méthodologique, est celui mis à disposition par le ministère dès 2014, qui fait suite aux premiers ABC rédigés et en tire les leçons pour expliquer les bonnes pratiques.

Ainsi, le ministère estime dans son guide méthodologique qu’une telle démarche coûte de 15 000 à 35 000 euros pour une commune. Le coût varie en fonction de la superficie, du degré d’exhaustivité demandé et de la complexité écologique. Une somme qui n’augmente pas en proportion du nombre de communes associées à la démarche, ce qui facilite l’engagement pour les petites communes.

Pas forcément si onéreux que ça, des bureaux d'études tel que DEFI-Écologique vivent de leur engagement sans dons ni subventions
Pas forcément si onéreux que ça, des bureaux d'études tel que DEFI-Écologique vivent de leur engagement sans dons ni subventions DEFI-Écologique

Ce travail peut être accompagné par des associations naturalistes comme la LPO, des branches locales de France Nature Environnement ou d’autres structures plus spécialisées, qui peuvent se révéler moins coûteuses mais tout aussi compétentes que des bureaux d’études.

Régulièrement, l’Office Français de la Biodiversité (ex-Agence Française pour la Biodiversité) lance des appels à projet pour aider à la réalisation de l’Atlas de la Biodiversité Communale. Le dernier, en 2019, portait exclusivement sur l’outre-mer, ce qui est assez cohérent vu l’importance du nombre d’ espèces animales et végétales mal connues dans ces territoires.

Mais ce n’est pas Byzance : en général l’aide apportée tourne autour des 5 000 euros. Rien n’interdit non plus aux conseils départementaux et régionaux de subventionner la démarche.

Concrètement, le meilleur moyen de réaliser son ABC à moindre coût reste de le mutualiser avec d’autres communes limitrophes, voire à travers la Communauté de communes. Une démarche plus pertinente par ailleurs, puisque les corridors écologiques ne s’arrêtent pas aux frontières administratives.

Analyser la diversité naturelle doit se faire à l’échelle d’un territoire, ce qui facilite par la suite son intégration dans les ScoT (schémas de cohérence territoriale) et projets de territoire. D’autant qu’en matière de protection de la biodiversité, le mille-feuille administratif reste la norme. En effet, tant la région que le département exercent eux aussi aussi des compétences en la matière. Et pour peu que votre commune se trouve dans le périmètre d’un parc naturel régional, les choses se compliquent encore.

Hélas, la diversité des acteurs ne signifie pas que le financement s’en trouvera facilité.

Une opportunité sociale pour le territoire

Une opportunité à saisir pour tous
Une opportunité à saisir pour tous

Par ailleurs, pour le labeur fastidieux et chronophage d’observations sur le terrain, la méthode bien éprouvée est d’avoir recours à des services civiques.

Même si cet outil d’insertion professionnelle des jeunes est un peu dévoyé, il s’adapte parfaitement dans le cas présent à des jeunes éloignés de formation ou de l’emploi. En effet, cette tâche civique leur donne à accomplir une tâche d’intérêt général qui permet de leur remettre le pied à l’étrier, voire de susciter des vocations naturalistes (et c’est probablement plus intéressants que les missions de Pôle Emploi et La Poste).

Mais l’observation naturaliste est aussi l’occasion de mobiliser la population à l’occasion de journées citoyennes ou autres événements recréant un lien social de proximité entre habitants.

Des ateliers avec des enfants, pendant les vacances, pourraient aussi être organisés dans le cadre de l’éducation à l’environnement (en Alsace, les Maisons de la nature et autres structures d’éducation à l’environnement quadrillent tout le territoire). Mais pourquoi pas des randonnées, des sessions de marche nordique ou autres ? De nombreuses associations et structures locales peuvent être associées à l’observation naturaliste.

Pour conclure

Ainsi, une fois l’atlas réalisé et les zones sensibles cartographiées, grâce à cette participation de la population, vous pourrez concrétiser le résultat à travers des panneaux pédagogiques sur la nature des plantes et animaux, sur leur histoire, l’évolution de leur usage local.

Et vous pourrez peut-être même vous targuer d'avoir le label territoire engagé pour la biodiversité, qui pourrait avoir un bel effet sur votre commune pour peu qu'elle soit propice au tourisme vert.

Un festival de la nature locale est aussi une bonne manifestation de clôture de la démarche, une occasion de célébrer en commun cet accomplissement naturaliste, de partager ses connaissances et de donner envie à chacun d’aller plus loin dans la préservation de son environnement.

Portrait de l'auteur

Qu'est ce qu'un atlas de la biodiversité communale ? Quel impact sur l'urbanisme ? Quelles retombées pour ma commune ? Comment le mettre en œuvre ?

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Nicolas Falempin

Chargé de mission environnement

Chargé de mission environnement dans la fonction publique territoriale, il associe ses connaissances en droit public et son engagement dans la lutte contre le changement climatique pour écrire un blog

Il y vulgarise les outils que les maires peuvent mobiliser pour réduire leurs émissions de gaz à effets de serre et préparer leur commune aux dérèglements climatiques désormais inévitables.

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La Mesure

Bonjour,
A Paris, c’est surtout béton et bitume. Il y a bien quelques plantes sauvages qui poussent sur les trottoirs, mais elles sont vites chassées. En effet, il faudrait que les collectivités territoriales, mairies et autres décideurs publics prennent conscience de l’importance de la nature sauvage dans notre environnement et arrêtent de construire. La faune et la flore qui nous entourent sont une richesse qu’il faut préserver et laisser vivre. Sur la bétonisation de la France, voici un livre en PDF gratuit : https://lamesure.fr/FacadismeEtArchitecturesRER.pdf
Bien à vous
Richard LM

Claire Tutenuit

Bonjour,
Le dispositif ABC existe-t-il toujours, ou est-il remplacé par la démarche Territoires Engagées pour la Nature?

Nicolas Falempin

Bonjour, ce n’est pas la même chose. Territoires engagés pour la nature est un label, un peu comme les villes fleuries. L’an dernier, l’AFB a concentré ses financements sur l’outremer, donc je ne sais pas ce que ça donnera pour 2020.