Le Mérou géant : un des plus gros poissons du monde en danger

Connaissez-vous le Mérou géant ? Connu comme l’un des plus gros poissons osseux au monde, ce poisson extrêmement menacé est encore présent dans les eaux de Guyane et dans les Caraïbes où deux associations, le GEPOG et l’AGRNSM, déploient des efforts pour préserver la population à travers un programme européen, le LIFE BIODIV’OM.

Partez dans les Outre-mer français à la découverte de cette espèce menacée, à la fois mystérieuse et emblématique.

Ce que vous allez apprendre

  • Pourquoi le Mérou géant est si emblématique
  • Quelles menaces ont favorisé la chute des populations de l’espèce
  • Quelle est la situation de l’espèce dans le monde
  • Comment est protégé le Mérou géant
Florent Bignon
80% de la biodiversité française est présente sur nos territoires d’outre-mer, il est donc essentiel de protéger ces espèces déjà fortement menacées, telles que le Mérou géant.

Généralités sur le Mérou géant

Mérou géant (Epinephelus itajara)
Mérou géant (Epinephelus itajara) Wolfgang Poelzer

Le Mérou géant est un nom commun désignant en réalité deux espèces, une présente dans les eaux de l’Atlantique ouest et la Mer des Caraïbes (Epinephelus itajra) et une seconde (Epinephelus quinquefasciatus) présente dans l’Océan Pacifique, du Mexique au Pérou.

En France, l’espèce Epinephelus itajara est encore fréquemment observée dans les eaux de Guyane tandis qu’elle est beaucoup plus rare en Caraïbes. Cet article se concentre donc sur cette espèce que l’on nommera dans cet article en tant que Mérou géant.

Sa morphologie

Le Mérou géant mesure en moyenne 1,30 mètre pour 60 kilogrammes mais peut atteindre 2,60 mètres pour 455 kilogrammes à l’âge adulte. La couleur de la peau varie entre le gris et le jaune sombre ponctué de taches noires sur le corps et la tête.

Habitat

Mangrove
Mangrove Florent Bignon

Le Mérou géant fréquente différents habitats selon son cycle de vie. Les larves naissent au large et dérivent au gré des courants jusqu’aux côtes où ces dernières finissent leur croissance dans les mangroves, fleuves ou estuaires de faible profondeur. Une fois adultes, ils migrent alors vers les récifs coralliens et recherchent des habitats rocheux, grottes ou zones offrant un habitat cryptique situées entre 30 et 100 mètres de profondeur.

Alimentation

Doté d’une mâchoire immense, le Mérou géant crée une véritable dépression lorsqu’il l’ouvre, lui permettant d’aspirer et happer certaines de ses proies quasiment entières. Son régime alimentaire est composé de poissons, crustacés, pieuvres, langoustes, jeunes tortues de mer ou jeunes requins.

Reproduction

Le Mérou géant n’atteint sa maturité sexuelle qu’entre 5 et 6 ans, soit entre 110 et 120 centimètres. Lors de la reproduction, les individus se rassemblent par dizaine voire centaine au large sur ce que l’on appelle des sites d’agrégation.

Florent Bignon
Doté d’une mâchoire immense, le Mérou géant crée une véritable dépression lorsqu’il l’ouvre, lui permettant d’aspirer et happer certaines de ses proies quasiment entières.

Menaces pesant sur l’espèce

Pêche et réglementation

Pêche au Mérou géant
Pêche au Mérou géant Don DeMaria Collection

Anciennement très commune dans toute son aire de répartition, l’espèce a subit une forte pression de pêche entre les années 70 et 90, à tel point que les populations auraient diminué de 80% dans certaines régions comme en Floride. Le manque de gestion de la pêche n’a pas favorisé le maintien de la population.

Aux Etats-Unis, un moratoire a permis la reconstitution d’une partie du stock et de nombreuses études scientifiques ont permis de mieux connaître la biologie et l’écologie de l’espèce. En Guyane, les connaissances restent faibles et le manque de gestion ne permet pas d’envisager un maintien durable de la population. Seule la pêche de plaisance en mer est réglementée et limitée à un mérou par sortie et par bateau.

Dégradation des habitats

La dégradation des habitats comme les mangroves ou les récifs coralliens a un impact majeur sur la survie du Mérou géant. Les activités anthropiques telles que l’urbanisation, l’agriculture, les constructions côtières et les pollutions entrainent la diminution et la dégradation de ces écosystèmes, indispensables au développement de l’espèce.

Le saviez-vous ? En haut de la chaîne mais en première ligne

Le Mérou géant se situe en haut de la chaine alimentaire, c’est donc un prédateur supérieur. En tant que dernier maillon, il accumule toutes sortes de polluants dans ses chaires dont le mercure. L’accumulation de ces polluants est d’autant plus importante que l’espèce présente une espérance de vie pouvant aller jusqu’à 39 ans.

La situation du Mérou géant dans le monde

  • Dans les Antilles françaises

    Un manque de réglementation est identifié concernant le Mérou géant. L’espèce a quasiment disparu de la Guadeloupe et de Saint-Martin. Depuis seulement 2019, un nouvel arrêté a été publié interdisant en tous temps et en tous lieux la pêche maritime de loisirs en Guadeloupe et à Saint-Martin sur le Mérou géant. De plus, plusieurs aires marines protégées (réserves naturelles, parcs marins, parcs naturels) ont été créées et interdisent toute pêche dans leurs eaux.

  • En Guyane

    Réserve de l'Île du Grand-Connetable en Guyane
    Réserve de l'Île du Grand-Connetable en Guyane Florent Bignon

    De nombreux Mérous géants sont observés, mais la population est majoritairement constituée de juvéniles. Il est possible que ces derniers naissent au Brésil puis migrent au stade larvaire vers les eaux peu profondes et turbides de la Guyane. Il n’existe pour le moment que très peu d’informations sur l’état et l’évolution des populations de Mérou géant.

    L’espèce n’est pas protégée sur le territoire mais un arrêté règlemente la pêche de plaisance en mer. La réglementation n’est malheureusement pas toujours respectée et des prélèvements non raisonnés ont également lieu en fleuve sur les jeunes individus non reproducteurs.

  • En Floride

    Les américains ont été les premiers à mettre en évidence la baisse du nombre de Mérous géants sur les lieux de reproduction, conduisant ainsi les Etats-Unis à interdire sa pêche dans les eaux américaines dès les années 90. Cette réglementation a notamment conduit à l’augmentation des stocks sur les lieux de reproduction.

  • Au Brésil

    Plusieurs réserves marines ont été créées et un plan d’action a été lancé en 2002 puis renouvelé en 2012 et 2015 par l’agence environnementale nationale, l’IBAMA. Malgré cela, l’espèce reste fortement impactée par le braconnage.

  • À Cuba

    Suite à l’observation de la diminution des populations de Mérou géant, le gouvernement a adopté en 2018 une résolution pour protéger l’espèce, imposant les pêcheurs à relâcher les individus capturés.

  • Au Mexique

    L’exploitation du Mérou géant n’est pas réglementée. La population semble mal connue, les données sur l’espèce étant incomplètes sur le territoire même si un certain déclin semble être observé par les institutions de pêches.

  • Dans les Bahamas, le Belize et les Antilles néerlandaises

    Des aires protégées interdisant la pêche au Mérou géant ont été mises en place mais hors de ces zones aucune réglementation n’est appliquée malgré un constat défavorable pour les populations.

  • En Afrique de l’Ouest

    L’espèce est beaucoup moins commune dans les eaux peu profondes au niveau des mangroves ou des estuaires. Aucune stratégie de conservation ni d’étude ne semble mise en place.

Classée en « danger critique d’extinction » au niveau mondial par l’UICN, l’espèce est désormais considérée comme « vulnérable » suite à une réévaluation de son statut de conservation en 2018. Ceci, principalement en raison de l’augmentation des effectifs en Floride.

Florent Bignon
La dégradation des habitats comme les mangroves ou les récifs coralliens a un impact majeur sur la survie du Mérou géant.

Les actions d’étude et de protection en France

Suivi scientifique en Guyane

Marquage de Mérou géant
Marquage de Mérou géant RNNC

Depuis 2007, la Réserve Naturelle de l’Ile du Grand-Connétable, gérée par l’association GEPOG, déploie des efforts pour améliorer les connaissances sur le Mérou géant. Ainsi, grâce à la collaboration entre la réserve, l’Université de l’Etat de Floride, l’OFB (ex-ONCFS), l’Ifremer et l’Association des Plaisanciers et Pêcheurs de Guyane, un suivi par marquage a été mis en place et une thèse de doctorat a été réalisée entre 2010 et 2014.

À ce jour, près de 1 000 Mérous géants ont été marqués, mesurés et pour certains pesés. À cela s’ajoute aussi des prélèvements biologiques, prélèvements de contenus stomacaux et la recherche d’indices de reproduction.

Les données récoltées ont permis entre autres d’en connaître plus sur la distribution du Mérou géant en Guyane, d’estimer l’âge des animaux et d’identifier les proies ciblées par l’espèce. Des travaux en génétique ont aussi montré que les stocks du Brésil et de la Guyane étaient liés et donc dépendants, suggérant alors la mise en place d’une politique de gestion internationale de l’espèce.

Florent Bignon
Des travaux en génétique ont aussi montré que les stocks du Brésil et de la Guyane étaient liés et donc dépendants, suggérant alors la mise en place d’une politique de gestion internationale de l’espèce.

Un réseau d’observateurs en Guyane : OBSenMER

Logo d'OBSenMER
Logo d'OBSenMER OBSenMER

Fondée par le Groupe d’Etude des Cétacés du Cotentin et administrée en Guyane par le GEPOG, OBSenMER est une plateforme collaborative permettant de recueillir des données relatives à la faune marine. Elle est utilisable sur plusieurs zones géographiques maritimes : la Mer Méditerranée, la Manche, l’Atlantique, la Guyane ou encore les Antilles. Elle permet la saisie et l’analyse d’observations en mer comme celles de mammifères marins, tortues marines, poissons et activités humaines (pêche, plaisance, pollution, etc.).

Qu’est-ce qu’un programme LIFE ?

Le programme LIFE (L’Instrument Financier pour l’Environnement) est l’outil financier de la Commission européenne qui soutient les projets dans les domaines de l’environnement et le climat.

Il s’adresse à des porteurs de projets publics et privés et vise à promouvoir et à financer des projets innovants portant par exemple sur la conservation d’espèces et d’habitats, la protection des sols, l’amélioration de la qualité de l’air ou de l’eau, la gestion des déchets ou encore l’atténuation ou l’adaptation au changement climatique. Depuis 1992, environ 4 000 projets ont été financés dans toute l’Europe.

Le LIFE BIODIV’OM

Logo de Life BIODIV'OM
Logo de Life BIODIV'OM Life BIODIV'OM

La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) a lancé un programme européen en 2018 pour une durée de 5 ans appelé le LIFE BIODIV’OM dont l’objectif vise à protéger 5 espèces mondialement menacées ainsi qu’un habitat rare sur 5 territoires d’Outre-mer : Mayotte, La Réunion, Martinique, Saint-Martin et la Guyane.

Sur ces deux territoires, la LPO travaille en partenariat avec le GEPOG et la Réserve Naturelle de Saint-Martin qui mettent en œuvre des actions dans le but de préserver les populations de Mérou géant.

À Saint-Martin

Suivi des mérous le long de transects sous-marins
Suivi des mérous le long de transects sous-marins AGRNSM
  • Suivi des populations de mérous sur des stations sous-marines.

  • Amélioration des connaissances sur les recrutements des larves à travers le déploiement de pêches scientifiques de post-larves.

  • Amélioration de la protection des jeunes mérous par la mise en place de nurseries artificielles.

  • Sensibilisation de la population et travaux de concertation avec les acteurs locaux.

En Guyane

  • Amélioration des connaissances sur les pratiques de pêche et l’organisation des filières à travers entre autres la réalisation d’entretiens auprès des pêcheurs professionnels et plaisanciers.

  • Sensibilisation de la population et travaux de concertation avec les acteurs locaux.

  • Réalisation d’un guide de bonnes pratiques et d’une charte du pêcheur écoresponsable.

  • Amélioration du respect des réglementations à travers la mise en place d’actions de surveillances et la sensibilisation des agents de l’Etat.

LIFE BIODIV'OM : le Mérou géant en Guyane et à Saint-Martin

Le programme européen LIFE BIODIV’OM a été mis en place dans le but de protéger la biodiversité sur 5 territoires d’Outre-mer. En Guyane et à Saint-Martin par exemple : le GEPOG et l’AGRNSM, la LPO et les partenaires locaux assurent la protection du Mérou géant.

Regarder la vidéo sur YouTube

Pour conclure

Le Mérou géant est une espèce emblématique de par sa taille et sa rareté. L’espèce est qualifiée de super-prédateur, c’est-à-dire qu’elle se situe en haut de la chaine alimentaire. Sa protection est donc primordiale pour le maintien de l’équilibre de la biodiversité dans les océans.

Outre son rôle, le maintien de l’espèce et la gestion durable des stocks au niveau mondial est important tant au niveau économique que social et culturel.

80% de la biodiversité française est présente sur nos territoires d’outre-mer, il est donc essentiel de protéger ces espèces déjà fortement menacées, telles que le Mérou géant.

Portrait de l'auteur

Hormis le Mérou géant et le Crabier blanc (dont j'ai déjà parlé sur ce blog), vous connaissez d'autres espèce d'outre-mer qui sont menacées ?

Commenter

Garantissez la qualité de vos actions de gestion de la biodiversité

Faune et Flore

Faune et Flore
  • Mise en place stricte de protocoles d’études

  • Créativité et inventivité de nos différents processus de réflexion

  • Déontologie appliquée à l’intégralité de nos démarches

  • Partage des risques à travers l’application de nouvelles techniques

en savoir plus

Les spécialistes du sujet sont sur vos réseaux sociaux préférés

Logo de LPO France

LPO France

Portrait de l'auteur

Florent Bignon

Responsable de projet Outre-mer International — LPO France

Il a débuté son expérience en Polynésie française et à Mayotte afin d'agir pour la protection des tortues marines, puis à la Réunion pour les Terres Australes et Antarctiques Françaises où il oeuvre à la protection de la faune et la flore des îles Europa et Tromelin.

Aujourd'hui, il travaille pour la LPO France et participe à la coordination du programme européen de conservation, le LIFE BIODIV'OM sur 5 territoires d'Outre-mer.

Vous aimerez aussi

Nous sommes navrés, mais suite à des problèmes techniques, le formulaire d'ajout de nouveaux commentaires est temporairement simplifié.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *