Introduction à la zoopharmacognosie : les animaux et l’auto-médication

L'observation de la réponse d'un animal à un extrait de plante offert déterminera s'il a été sélectionné ou non
L'observation de la réponse d'un animal à un extrait de plante offert déterminera s'il a été sélectionné ou nonC. Chamberlin

La zoopharmacognosie est la pratique par laquelle les animaux sauvages s’automédiquent en utilisant une adaptation évolutive : leur instinct inné leur permet de communiquer et de se lier avec les plantes médicinales présentes dans leur environnement, dans un but de santé et de bien-être.

Le terme zoopharmacognosie provient de mots grecs, zoo (« animal »), pharma (« médicament ») et gnosis (« connaissance »).

Malheureusement, la domestication a restreint la possibilité pour les animaux d’utiliser leurs connaissances instinctives pour sélectionner les médicaments de la nature.

La zoopharmacognosie appliquée apporte cette pratique à des environnements domestiques ou de captivité.

Note : Cet article a été rédigé en anglais sous le titre « What is Zoopharmacognosy? » et traduit en français par Grégoire Llorca de DEFI-Écologique.

Ce que vous allez apprendre

  • Ce qu’est la zoopharmacognosie
  • Comment les animaux procèdent pour choisir des plantes médicinales
  • Comment aider un animal domestique à se soigner
  • Que cette pratique pourrait nous aider à améliorer nos connaissances en botanique et pharmacie

Animaux sauvages et connaissance des plantes

Dans le règne animal, le sens de l’odorat joue un rôle extrêmement important, non seulement comme un moyen de communiquer et d’identifier les individus des espèces identiques ou différentes, mais aussi dans la façon dont ils se lient aux plantes médicinales.

Depuis l’aube des temps, les animaux ont développé une capacité innée grâce à laquelle ils sont capables de choisir eux-mêmes les plantes médicinales que la nature leur a fournies pour survivre.

Il existe un certain nombre de théories sur la façon dont les animaux ont acquis les connaissances nécessaires à l’automédication.

Grâce à l’évolution et la sélection naturelle, la relation entre les animaux et les plantes a permis aux animaux de développer un certain nombre de stratégies pour utiliser les propriétés médicinales des plantes.

Les animaux sauvages sont capables de rechercher des plantes médicinales dès les premiers signes de mauvaise santé.

Aidez votre animal à se soigner

Herbes séchées, poudres et algues offertes à un chien
Herbes séchées, poudres et algues offertes à un chienS. Pearce

Puisque nos animaux domestiques et captifs ont rarement la possibilité de se nourrir d’une grande variété de plantes médicinales, des problèmes de santé plus complexes se développent souvent.

Chez les chiens et les chats domestiques, des comportements surprenants peuvent être observés, comme par exemple l’ingestion d’herbe pour provoquer des vomissements (ou peut-être pour des raisons nutritionnelles).

Exemples d’automédication animale dans la nature

L’observation du comportement des animaux a montré comment les animaux sauvages s’automédicamentent.

De tels exemples peuvent être vus chez de grands singes qui peuvent être soumis à de nombreuses espèces de parasites, ingérant la moelle amère de Vernonia Amagdalina. Cette plante contient des composés chimiques actifs antiparasitaires (Mamillapalli et al., 2016).

D’autres exemples incluent les aras rouges et verts des rivières amazoniennes qui ont été observés ingérant de l’argile pour neutraliser les toxines (Gilardi, D. 1996).

L’utilisation de la médecine des plantes peut également être observée chez les animaux qui utilisent du matériel végétal mastiqué et d’autres objets tels que des insectes pour se frotter sur les zones externes du corps. Le singe capucin (Cebus capucinus) peut frotter plusieurs espèces d’agrumes dans sa fourrure (Baker, M. 1996).

Zoopharmacognosie appliquée

Vidéo décrivant le procédé, avec un commentaire audio

Comment faire pour lutter contre les parasites des chats (et surtout les tiques), sans utiliser de pesticides ?

Généralement, la gamme de remèdes que les chats choisissent est moins importante que celle sélectionnée par les herbivores, qui mangent des plantes dans le cadre de leur régime alimentaire.

Pour les chats, les huiles essentielles ne sont généralement pas appliquées par voie locale ou par voie orale, mais sont inhalées. L’inhalation résulte sûrement d’un comportement pratiqué à l’état sauvage consistant à se rouler sur une plante pour libérer son parfum.

Dans la nature, de nombreux animaux frottent de la matière végétale sur les parties externes de leur corps pour dissuader les parasites.

Pour les chats, peut-être que le fait de se rouler dans certaines plantes a le même effet ? Ainsi, leur proposer de la matière végétale dans les environnements domestiques serait bénéfique.

Les chats sont capables de faire face aux huiles végétales dont ils ont besoin, mais une huile non désirée peut être relativement toxique. Le problème est que les chats n’ont pas les enzymes nécessaires à la décomposition de certains composés chimiques.

Beaucoup de plantes d’intérieur ornementales sont toxiques pour les animaux de compagnie.

Une explication à cela est qu’il y a des millions d’années, les ancêtres de nos animaux de compagnie ont été isolés des régions tropicales, d’où proviennent de nombreuses plantes d’intérieur exotiques. Cet isolement signifierait que l’évolution de ces animaux n’a jamais nécessité l’identification et les mécanismes nécessaires pour traiter ces toxines.

Les extraits macérés (huiles infusées) peuvent souvent être léchés par des chats ayant des problèmes de peau. Ces macérats sont semblables à ce qu’un chat trouverait dans l’intestin d’une proie morte.

L’argile fonctionne également bien sur les plaies, ce qui pourrait aussi résulter d’un comportement pratiqué dans la nature.

Je crois aussi que lorsque le système immunitaire des animaux est compromis, cela les rend plus sensibles aux parasites. Par conséquent, offrir des remèdes qui stimuleraient le système immunitaire serait bénéfique.

La zoopharmacognosie, une technique maîtrisée ?

La zoopharmacognosie appliquée apporte aux animaux des kits de médecine naturelle dans des environnements de captivité et de domestication.

Cela permet à l’animal d’exprimer sa capacité innée d’automédication en lui offrant une large gamme de composés végétaux, tels que des huiles essentielles, des extraits de CO2, des huiles macérées, des herbes séchées, des poudres, des argiles et des algues.

Des animaux présentant les mêmes symptômes peuvent choisir des remèdes différents, raison pour laquelle cette approche met en évidence le fait qu’il s’agisse d’une médecine individualisée.

Inhalation des molécules aromatiques des huiles essentielles
Inhalation des molécules aromatiques des huiles essentiellesS. Pearce

L’état de santé d’un animal peut altérer les préférences de goût et d’odeur d’une plante : un animal en bonne santé serait dissuadé par le goût amer des plantes et peut-être l’odeur putride.

Une fois que les plantes sélectionnées ont résolu le problème, l’animal doit ensuite procéder au rejet des extraits qui ont été sélectionnés, démontrant ainsi que le mécanisme de dosage de l’animal est très propre.

Sur la base de ces principes, il est conseillé de ne pas ajouter de composés médicamenteux à l’alimentation car, si ce n’est pas nécessaire, l’animal n’a aucun contrôle sur sa dose et cela peut provoquer des effets indésirables.

Où et quel est le problème déterminera comment un animal va choisir de s’automédiquer. Cette action peut prendre la forme d’une ingestion, d’une administration sublinguale, du fait de sentir, d’une inhalation, d’une réaction de Flehmen et d’une application locale.

Connaissances et recherches

Une exploration plus approfondie et des études sur la technique utilisée par les animaux pour se soigner eux-mêmes constitueraient un moyen de mieux comprendre le processus et la séquence des comportements des animaux.

Par exemple, un extrait de plante peut être nécessaire pour préparer une zone du corps, avant que l’animal ne puisse ensuite choisir d’autres remèdes nécessaires ou un extrait de plante qui soit sélectionné après une plante préalablement utilisée pour neutraliser les composés.

En observant le comportement des animaux et la manière dont ils choisissent et utilisent les plantes, nous en apprenons également plus sur les plantes elles-mêmes, et donc nos propres médicaments.

Étude de cas équine : blessure tendineuse (Manica Flexoria)

Paddy, âgé de 11 ans, monté comme un cheval de plaisance a subi une blessure résultant en une déchirure de la Manica Flexoria dans un membre postérieur.

L’option vétérinaire consistait à subir une intervention chirurgicale suivie de six mois de repos.

Auto-médication d'un cheval

Le cheval de cette vidéo procède à une auto-administration par inhalation

Le tableau ci-dessous montre les extraits de plantes sélectionnés lors de la consultation initiale. Les extraits de plantes sélectionnés ont été continuellement offerts à Paddy et, trois mois plus tard, la blessure a guéri !

Comment les animaux sélectionnent-ils un extrait de plante qu’ils n’ont jamais rencontré au cours de leur vie, pour bénéficier de ses avantages sur la santé ?

Les plantes contiennent de nombreux constituants chimiques qui sont partagés par différentes espèces de plantes partout dans le monde et, à travers une relation qui a évolué, les animaux sont capables de détecter des composés thérapeutiques dans les plantes plutôt que la plante dans son ensemble.

Par exemple, le linalol (constituant principal de la lavande) peut être trouvé dans plus de 200 espèces de plantes autour du monde.

Zoopharmacognosie appliquée : cas d'un chien

Ici, le chien lèche les molécules aromatiques

Dans la nature, les animaux se soigneraient eux-mêmes avec des plantes fraîches, alors pourquoi proposer des extraits de plantes telles que des herbes séchées, des macérats et des huiles essentielles à la place ?

Les huiles essentielles sont la version très concentrée des huiles naturelles dans les plantes
Les huiles essentielles sont la version très concentrée des huiles naturelles dans les plantesS. Swan

En règle générale, les plantes fraîches ont une plus faible concentration de constituants médicinaux que les extraits de plantes.

Par exemple, 5 millilitres d’huile essentielle d’ail équivalent à 10 kilogrammes de bulbes d’ail.

Dans la nature, un animal a la possibilité de s’automédiquer dès qu’il commence à se sentir mal et peut ainsi réagir dès que la maladie se manifeste.

Les animaux captifs et domestiques n’ont généralement pas cette possibilité, ce qui signifie que leur état peut s’aggraver à tel point que la concentration de composés médicinaux retrouvés dans la plante fraîche ne serait pas suffisante.

Et si un animal refuse un remède proposé ?

Les animaux doivent avoir le choix de choisir des remèdes et être autorisés à repartir quand ils ne sont pas nécessaires
Les animaux doivent avoir le choix de choisir des remèdes et être autorisés à repartir quand ils ne sont pas nécessairesJ. Sanderson

La zoopharmacognosie appliquée fournit une approche holistique de la santé animale.

Lors d’une consultation, la lecture du langage corporel d’un animal en réponse à un extrait offert est essentielle pour déterminer s’il a été sélectionné ou non.

Il est important que les animaux soient autorisés à s’éloigner d’un remède qui n’est pas nécessaire, car cela garantit qu’il ne leur est pas imposé. Chaque animal est différent dans sa réponse à un extrait et peut ne montrer que des signes d’intérêt subtils alors qu’un extrait est nécessaire.

Il est important de se rappeler le dicton anglais : « le médicament d’un homme est le poison d’un autre » (one man’s medicine is another man’s poison). Il est donc primordial de ne pas forcer un extrait de plante à un animal, que ce soit à travers la nourriture ou par voie locale.

Quelques conseils

  • Un traitement peut affecter la puissance des produits chimiques de la plante et vice versa.

  • Consultez toujours un vétérinaire.

  • Des extraits de plantes de bonne qualité sont essentiels pour obtenir des résultats.

  • Les animaux obtiennent les meilleurs résultats lorsqu’ils ont acquis une dose adéquate d’extraits de plantes de haute qualité.

  • Une qualité médiocre ou des extraits frelatés peuvent ne pas être sélectionnés, vous laissant penser que votre animal n’a pas besoin de remède.

Et l'humain, dans tout ça ?

Comme d'autres mammifères, avons-nous de profonds liens avec les plantes et les forêts ?

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En résumé

Le processus d’animaux utilisant des extraits de plantes pour s’auto-médiquer est non seulement une extension de la nutrition, mais également un comportement homéostatique et un enrichissement de l’environnement.

Garantir une possibilité d’automédication individuelle devrait être considéré comme l’un des principes fondamentaux de la santé et du bien-être des animaux.

Non seulement une étude plus approfondie mettrait en évidence le comportement des animaux, mais elle permettrait d’approfondir notre connaissance de la botanique et potentiellement conduire à de futures sources de médicaments.

Beth Chamberlin

Vous connaissiez cette pratique ? Avez-vous des retours d’experience à partager avec nous ?

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Beth Chamberlin

Beth Chamberlin

Directrice chez Equinepharmacognosy
Le chemin qui mena Beth à la zoopharmacognosie appliquée commença lorsque son cheval souffrait d’ulcères gastriques. Elle entama des recherches à propos de remèdes à base de plantes pour l’automédication animale.
Ces recherches l’amenèrent jusqu’à la Academy of Zoopharmacognosy où elle étudia la science derrière cette pratique.
Aujourd’hui, Beth continue d’aider des animaux en leur fournissant la possibilité de se soigner eux-mêmes.
Elle donne des conférences, a donné une interview à BBC radio Suffolk et rédige de nombreux articles.
Beth Chamberlin

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3 Commentaires sur "Introduction à la zoopharmacognosie : les animaux et l’auto-médication"

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Topsy Bainbridge
Invité

Le traitement de Beth sur Arnie (le Berger Allemand noir mentionné dans cet article) a clairement amélioré sa santé et l’a aidé avec plusieurs problèmes. Nous sommes ravis et reconnaissants envers Beth pour nous avoir fait découvrir cette pratique.

[Commentaire d’origine, en anglais]
Beth’s treatment of Arnie (the black German Shepherd featured in this article) has definitely improved his health and helped him through several problems. We are delighted and grateful to Beth for introducing us to this practice.

Lattuga R
Invité

Bonjour,
depuis plus de 15 ans j’ai des brebis et des équins sans traitement chimiques. Je leur propose régulièrement des plantes en complément de leur alimentation (au moins 2 fois par an) : tanaisie et gousse d’ail. Bien entendu ils ont accès à des pierres à sel adaptées. Et surtout ils pacagent dans des prairies de bonne qualité écologique. La présence de plantes à tanins (millepertuis, achillée, serpolet, origan, menthe, centaurée, ronces, et autres arbustes) est très importante.

Beth Chamberlin
Invité
Merci pour votre commentaire. Il est également très intéressant d’observer ce que les animaux sélectionnent au cours des différentes saisons de l’année, car le cycle de vie des plantes déterminera le comportement de recherche de nourriture des animaux. Par exemple, les jeunes orties au printemps sont particulièrement riches en minéraux, et pendant l’été, lorsque les orties grandissent, elles offrent un soutien diurétique et rénal. Une fois à l’état de floraison, elles deviennent moins bénéfiques en tant que remède et les animaux peuvent les rejeter, mais une fois que l’ortie est allée en graine, elles sont pleines de nourriture et sont… Read more »
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