Observer un frelon à pattes jaunes ou « asiatique »

Introduit accidentellement d’Asie en France vers 2004, ce frelon noir et orange (Vespa velutina) est un proche cousin du Frelon d’Europe (Vespa crabro), noir et jaune. Ce dernier est également originaire d’Asie, seulement, il est arrivé jusqu’en Europe avec ses ailes, petit à petit au cours des temps.

Le frelon à pattes jaunes, lui, est arrivé par avion (ou bateau), à priori dans des poteries livrées dans le Lot-et-Garonne. Il n’avait pas demandé à venir, mais nos échanges commerciaux, ou nos trocs, ne datent pas d’hier. Depuis le Néolithique, voire depuis que les humains se déplacent sur Terre, nous emportons avec nous des graines et des animaux, sciemment ou non.

A tel point qu’il est difficile de savoir si toutes les bêtes que l’on considère aujourd’hui comme indigènes, ou autochtones, le sont bien. Qui dit que telle espèce de mouche n’a pas été introduite par nos ancêtres ? Et nous, depuis quand sommes-nous autochtones ? L’a-t-on seulement été un jour ?

Ce que vous allez apprendre

  • Quel est le comportement du frelon à pattes jaunes
  • Ce qui fait tellement peur chez ce frelon « asiatique »
  • Quelle est sa place dans la biodiversité locale
  • Comment observer le frelon à pattes jaunes

Cette espèce qui vient d’ailleurs

Encore aujourd’hui, chaque année, nous faisons voyager des milliers d’espèces qui se retrouvent dans divers pays. La plupart meurent faute de trouver les conditions idéales à leur survie. Certaines s’installent, souvent dans la discrétion la plus totale et l’indifférence générale. En revanche, celles qui s’attaquent à nos biens (plantes ou animaux), se font rapidement remarquer.

C’est le cas du frelon à pattes jaunes qui non seulement survit bien sous nos latitudes, mais s’attaque à l’un de nos biens les plus précieux : le miel ! Cela de façon indirecte, en s’attaquant à celle qui le fabrique : l’abeille domestique.

Il s’attaque aussi à plein d’autres insectes. Seulement, ils sont parfois rares dans les paysages urbanisés qu’il affectionne, alors il va profiter d’une ruche pleine d’individus. Notons ici que ces proies sont destinées aux larves cachées dans leur nid. Comme toutes les guêpes, les frelons nourrissent les jeunes avec des proies. Les adultes, eux, butinent les fleurs et grignotent parfois des fruits mûrs. Oui, il faut en déduire que le frelon « asiatique » est un prédateur et participe à la pollinisation.

Des craintes et des idées reçues

Si l’on nous parle autant du frelon « asiatique » c’est donc parce qu’il s’attaque à un insecte que les humains apprécient et qui est défendu par des apiculteurs, eux-mêmes défendus pas des syndicats. Certaines de ses attaques sont particulièrement spectaculaires et largement relayées sur Internet, notamment lorsque des escadrons se placent à l’entrée d’une ruche et attrapent au vol les ouvrières.

Les abeilles européennes, surtout lorsqu’elles sont affaiblies par d’autres facteurs, ont parfois du mal à faire face. Du moins à court terme, car en sélectionnant des variétés plus agressives ou « rustiques » comme l’abeille noire, peut-être qu’elles se défendront mieux ?

Le frelon d’Europe s’attaque également à l’abeille domestique, parfois, mais avec moins de virulence et se fait en théorie écarter ou tuer. Pour parfaire sa mauvaise réputation, signalons que le frelon à pattes jaunes est parfois actif dès le mois de février et que ses nids sont généralement plus gros, hébergeant plus d’individus.

À cette crainte, on peut ajouter que notre ressentiment est accentué pour d’autres raisons, encore plus subjectives et irrationnelles : cet insecte est « made in Asia » et ce n’est pas à la mode. Il a passé la frontière sans papiers et le nom de frelon est empreint de peurs et de croyances irrationnelles…

Parmi les idées reçues, signalons celle qui consiste à croire que les frelons sont dangereux, comme s’ils allaient attaquer promptement et nous terrasser d’une seule piqûre. Pourtant, ils ne piquent qu’infiniment rarement tant il sont craintifs et timides. Si cela arrivait, hormis une désagréable sensation, retenons que leurs piqûres sont moins nocives que celle d’une abeille domestique.

Pour qu’une personne en bonne santé soit empoisonnée, il faudrait des centaines de piqûres et non pas une, trois ou sept comme on l’entend souvent. Idem pour le frelon à pattes jaunes, qui est plus petit. Ce dernier est un peu moins craintif, il supporte davantage le contact avec les humains, sans qu’il soit agressif pour autant. Ce sont des observations personnelles qui ne font pas office d’étude scientifique.

Bientôt endémique ?

Pour toutes ces raisons, le frelon « asiatique » est rapidement devenu ennemi public numéro un des insectes. On peut remarquer que c’est un peu le même processus qu’avec le loup gris : italien d’origine, sans papiers, une réputation exécrable et s’attaquant à nos biens, des animaux ayant également un syndicat d’éleveurs : les brebis ou les chèvres. Les entomologistes aussi ont leur loup !

Mais peut-on encore l’appeler « asiatique » étant donné que les générations actuelles sont nées en France, elles-mêmes issues d’au moins douze générations à ce jour (de 2004 à début 2017) ? Une par an, les frelons ne vivant guère plus de quelques semaines, à une année pour les femelles fécondées, les reines. Pourquoi est-ce que le droit du sol ne s’appliquerait pas aux autres animaux ? Remarquons ici comme nos éléments de langage vis-à-vis de la nature sont empreints de préjugés que nous condamnons en général chez les humains.

Pourquoi ne pas commencer à raisonner plus globalement, d’autant que nous ne sommes pas prêts d’arrêter les échanges entre pays. Il y aura peut-être d’autres frelons qui arriveront d’Asie où les espèces sont diversifiées. On sait aussi que les insectes sociaux sont difficiles à éradiquer, voire impossible, comme nous le montre le cas des guêpes européennes introduites en Nouvelle-Zélande et ailleurs.

Désormais, nous pouvons le considérer comme un nouvel habitant et s’adapter à sa présence, plutôt que de lutter aveuglément et intellectuellement. Les pièges physiques et non sélectifs ne sont pas très efficaces, voire contre-productifs en tuant de nombreux autres insectes. S’il est parfois gênant sur certaines ruches, est-ce vraiment utile de condamner toute l’espèce ? « Agir localement et penser globalement », n’est-ce pas un slogan qui peut aussi s’adapter à nos visions de la nature ?

Observons le frelon à pattes jaunes !

Pour toutes ces raisons, lorsque l’un d’entre eux est suffisamment proche de nous, pourquoi ne pas tenter de l’observer pour ce qu’il est : un bel et grand insecte ? Mais ce ne sera pas facile, tant il est craintif et particulièrement rapide au vol. Avec un filet, il est difficile à attraper car il s’enfuit rapidement. Et une fois enfermé, il ne pense qu’à s’échapper et non à piquer.

Retenons d’ailleurs que seuls les insectes sociaux proches de leurs nids sont prompts à piquer. En dehors d’un périmètre d’environ trois à cinq mètres autour de leur nid, ils se moquent de nous, même si l’on s’agite en leur présence.

Ma méthode d’observation

Enfant observant un frelon à pattes jaunes François Lasserre

Je ne résiste pas au plaisir de la partager ici. Lorsque j’attrape un frelon, je l’enferme dans une petite boîte, puis je la place dans mon « piège de cristal » maison. Cette démarche nécessite une certaine dextérité ou habitude, car la bête ne pense qu’à s’enfuir et profite de la moindre faille pour le faire.

Une fois immobilisée, la bête s’observe de tout près, en toute sureté. Idéalement, on utilisera une bonne loupe (pour un bon piqué et une bonne longévité, choisir une loupe aplanétique, dite « de botaniste », d’un grossissement de x10(1)) et le spectacle peut commencer.

Ses yeux en forme de haricot, ses ailes pliées sur la longueur (caractéristique de sa famille), ses poils, le contraste de ses couleurs, ses grandes mâchoires qui tentent de percer le plastique… tout passe sous la loupe. Les réactions sont unanimes : « waouh » !

Il s’agit ici d’une vraie rencontre avec un être vivant, sensorielle et sensationnelle. Petit à petit, l’animal devient plus familier, voire plus sympathique. De nombreuses barrières tombent et c’est d’ailleurs une étape importante pour une meilleure sensibilisation. Les professionnels de l’éducation à l’environnement se servent beaucoup de ce contact direct avec le vivant et le public pour jouer sur les sensations et faire tomber les appréhensions.

Enfin, inutile de le garder trop longtemps dans la boîte ou le piège de cristal, surtout s’il y a du soleil, car ça chauffe vite à l’intérieur. Une fois que l’on est prêt à le lâcher, il est important de bien montrer autour de soi comment le frelon se comporte. Comme tous les insectes, guêpes incluses, ils s’enfuient à l’opposé de nous et à toute vitesse ! Cette observation permet de rassurer encore un peu plus ceux qui craignent les insectes.

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En résumé

Avec les frelons, n’hésitons jamais à observer et rencontrer ces insectes mal-aimés, souvent jugés pour de mauvaises raisons. Comme le loup gris, cet animal amplifie l’une de nos obsessions vis-à-vis du vivant : la concurrence et le risque zéro.

Cette approche dominatrice va-t-elle perdurer ou bien notre empathie et notre bienveillance vont-elles l’emporter ? En attendant, observons et balançons nos ressentiments et nos idées préconçues, loin !

François Lasserre

Alors, le frelon asiatique, un ennemi à vie ?

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François Lasserre

François Lasserre

Formateur et auteur de livres grand public, dont « Au secours une bestiole, manuel anti-stress face aux bêtes qui nous embêtent » et « J’observe les insectes ! ». Il est vice-président de l’Office pour les insectes et leur environnement (OPIE) et co-président du Graine Île-de-France (réseau d’éducation à l’environnement).
N'hésitez pas à le contacter par e-mail : francois.lasserre@insectes.org.
François Lasserre

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8 Commentaires sur "Observer un frelon à pattes jaunes ou « asiatique »"

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MOUGEY
Invité
Article intéressant, qui précise les contours du sujet, merci! Je partage un certain nombre de vos réflexions et j’avoue ne jamais m’être posé la question « Pourquoi est-ce que le droit du sol ne s’appliquerait pas aux autres animaux ? ». C’est une vraie question que celle de l’empathie et la bienveillance à l’égard de l’ensemble du vivant. Ce serait une spécificité de l’espèce humaine car toute espèce a des prédateurs, des proies, etc. Il va falloir trouver les bons arguments pour convaincre les proches de personnes décédées du fait de virus, bactéries, etc. Quelques remarques: – « nos échanges… Read more »
François
Invité
Bonsoir Thierry, merci pour vos remarques. Sommes-nous la seule espèce à être empathique « gratuitement », disons sur de l’émotionnel et de la compassion ? Et cela depuis quand ? Bonne question ! Evidemment, certains organismes ne le sont pas, et nous tuent parfois, mais quelle place accorde-t-on au vivant, c’est ce qui m’intéresse. On peut respecter le vivant dans son ensemble, et agir localement lorsque c’est nécessaire. Mais peut-on encore condamner sans réflexion un frelon ou un ragondin ? Et qu’en est-il de leurs bénéfices, qui ne sont jamais comptabilisés. Ce sont des « nuisibles », point final. Nous sommes restés… Read more »
A.F.A.V
Invité

Bonjour, il fraudait arrêter de faire croire aux habitants que le frelon asiatique n’est pas dangereux, vous n’avez pas de ruche, moi non plus, mais j’ai un copain qui avais 180 ruches au début de l’année 2016. A ce jour, il ne lui en reste que 10 ruches. Quand il n’y aura plus d’abeilles, la vie et la pollinisation ne se feront plus. Sans pollinisation, plus de fruits et de légumes, que va t’ont faire alors ? Réfléchissez avant de croire a toutes les ânerie que vous voyez a la TV ou sur les revus.
Bonne soirée
l’A.F.A.V

François
Invité
Bonsoir, votre association annonce la couleur : « l’Association Frelon Asiatique Vespavelutina (A.F.A.V) a été créée pour lutter contre la venue en France du frelon asiatique vespa velutina, ce prédateur est dangereux, il détruit toutes nos abeilles. » et vous ajoutez « L’association … recherche des bénévoles… pour détruire les nids de frelons… ». Mais mon article n’est pas fait pour résoudre un problème ponctuel autour d’une ruche, il est là pour nous faire réfléchir sur notre façon de traiter le vivant, notamment avec cette notion désuète de « nuisibles ». Mais détruire le vivant sous des prétextes « écologiques » n’est-il pas dissonant… Read more »
Thomas
Invité

Bonjour,
Je me permets de partager un article que j’avais fait il y a quelques temps sur mon blog, avec un autre point de vue sur ces espèces, dont la légitimité est pour moi très différente d’une espèce amenée par l’homme au Néolithique :
http://naturedecheznous.canalblog.com/archives/2015/07/12/32345841.html
Cordialement,

François
Invité
Bonsoir Thomas, j’ai lu votre article, et c’est justement parce-que j’entends régulièrement des propos similaires que j’essaie d’aller plus loin, comme ici. Il n’est pas facile d’accorder une « légitimé » justement à tous ces êtres vivants. Et avec quels critères objectifs ? Votre blog annonce la couleur « nature de chez nous », et l’article reste difficile à interpréter, notamment avec des arguments comme « on quitte notre impact normal d’animal ». Quelle normalité ? Et pourquoi l’avion d’un animal serait-il exclu de ce critère ? On voit bien que l’on est sur des ressentis, des émotions. Certes ces émotions nous construisent, mais si l’on… Read more »
Olivier
Invité
Bonjour, article sympa, d’un point de vue original et donc intéressant à plus d’un titre. Je pense aussi que la destruction est vouée à l’échec, comme pour toutes les espèces invasives en fait… Par contre, la partie qui fait le parallèle avec les sans papiers, je ne pense pas que ce soit pertinent, la nature du problème est différent, les espèces invasives étant potentiellement dangereuses pour les espèces locales. Idem pour le loup, qu’il vienne d’Italie ou de Moscou ne change rien au fait que la haine du loup est profondément ancrée… Et pour la critique de fond, vous dites… Read more »
François
Invité
Bonjour Olivier, les frelons ne sont pas agressifs, sauf parfois à proximité du nid, et encore. Rien de plus normal, et qui s’approche d’un nid ? Le risque zéro n’existe pas, mais on veut s’en rapprocher et dans cet élan nous risquons de supprimer tout le vivant. Un blaireau tuberculeux, une chauve-souris enragée, un frelon aiguillé, etc. C’est ici un appel à mieux respecter le vivant, quel qu’il soit, avant toute prise de décision. Lorsque vous dîtes « les espèces invasives étant potentiellement dangereuses pour les espèces locales » je trouve que cela se calque très bien avec des propos… Read more »
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