Du potager du paresseux à l’Éconologie : vive le foin !

De plus en plus, de nouvelles techniques culturales sont recherchées, développées et adoptées dans une démarche de développement durable, pour améliorer nos productions agricoles. L'objectif est de satisfaire les besoins des consommateurs, tout en réduisant l’impact des cultures sur l'environnement.

Le Potager du paresseux est une de ces techniques nouvelles qui visent le respect des principes de l'Éconologie. Ce mot ne vous dit pas encore grand-chose, n’est-ce pas ? Et pour cause ! L'Éconologie est un néologisme.

Cet article vous en dira plus sur le Potager du paresseux et sur le concept d’Éconologie : quand économie et écologie se concilient pour le bénéfice de tous !

Ce que vous allez apprendre

  • Quels sont les différents intérêts de l'utilisation du foin au potager
  • Comment mettre la technique du « potager du paresseux » en place
  • Ce qu'est l'Éconologie

Le Potager du paresseux : produire beaucoup, travailler très peu, être écoresponsable

Didier Helmstetter au potager du paresseux
Didier Helmstetter au potager du paresseux Didier Helmstetter

Le Potager du paresseux a été conçu par Didier Helmstetter, fils de petit paysan et ingénieur agronome, après un infarctus qui l’a laissé avec des séquelles physiques sérieuses.

Son but est de produire en abondance des légumes « plus que bio » : en respectant des règles plus strictes que les cahiers des charges « bio » ainsi que les éléments ci-dessous.

  • Sans aucun engrais (même ceux autorisés en bio parce que naturels).

  • Sans pesticides (même ceux autorisés en bio : le sulfate de cuivre est tout particulièrement proscrit car nuisible, comme le sont les insecticides « bio » à spectre large).

  • Sans aucun travail du sol (aucun et jamais : même pas de grelinette, surtout pas de buttes).

  • Sans compostage, qui est un gaspillage d’énergie (dissipée sous forme de chaleur, alors qu’elle est nécessaire aux organismes partout dans le potager).

Les arrosages sont de plus réduits : semis ou repiquage en plein été, élevage des plants sous châssis, serre… tout est possible.

Cette façon de faire est, dans son principe, très simple : il s’agit de coopérer avec les organismes vivants du sol pour qu’ils fassent le boulot à la place du jardinier… Comme ils l’ont fait pendant quelques centaines de millions d’années avant que l’homme ne fasse son apparition sur terre. Comme ils l’ont fait au carbonifère, il y a environ 300 millions d’années, où se sont formées les accumulations de biomasses ayant donné des quantités faramineuses de charbon !

Cette idée a été largement développée depuis 2014 sur les forums du site econologie.com dans le sujet dédié au Potager du paresseux.

La première clef : coopérer avec un système vivant complexe

Le Potager du paresseux est conçu pour optimiser le système complexe qu’est un sol vivant. Sans exhaustivité, il s’appuie sur trois acteurs majeurs, tout en sachant qu’il y en a de nombreux autres.

Les vers anéciques

Turricules de vers de terre
Turricules de vers de terre DEFI-Écologique

Il s’agit d’un groupe de vers qui creusent des galeries verticales. À ne pas confondre avec les vers de surface, dits « épigés », qui en sont incapables.

Ce faisant, ils mélangent sol et matières organiques et forment des turricules stables, en surface. Ils remontent particules fines et éléments minéraux et entraînent de la matière organique en profondeur. Ces galeries augmentent les surfaces d’échange entre l’air et le sol (multipliées par cinq), ce qui, en l’absence de travail du sol, garantit l’indispensable aérobiose (présence d’oxygène).

Elles permettent aussi l’infiltration rapide de l’eau, qui ne ruisselle pas et ne produit pas d’érosion, même pendant des orages violents. Les racines en profitent pour mieux s’enfoncer, même en l’absence de tout travail du sol.

À titre indicatif, sachez qu’il y a 200 à 300 vers anéciques par mètre carré de sol de prairie, ce qui fait environ 400 mètres de galeries par mètre carré, avec une surface d’échange d’environ cinq mètre carré.

Des comptages de turricules permettent de penser qu’il y en a deux à trois fois plus dans le sol du Potager du paresseux. Les racines récupèrent par ailleurs les substances azotées que les vers ont relargué dans ces galeries (ammoniaque issue de leurs excrétions).

Les champignons

Il s’agit d’un réseau de filaments si fins qu’on ne les voit pas. Une gigantesque barbe-à-papa souterraine.

Ces champignons ont une forte capacité d’extraire l’eau et les minéraux, de les concentrer et de les faire circuler sur des distances appréciables (plusieurs mètres probablement). Cela ravitaille les plantes.

Ce sont les acteurs principaux de la formation des substances humiques (aussi appelées « humus stable »), à partir des fibres des végétaux (cellulose et lignine). Ce sont les seuls organismes du sol capables de décomposer le bois.

Les substances humiques « collent » les particules du sol entre elles, ce qui permet la formation d’agrégats. Elles augmentent la « capacité d’échange cationique » : c’est la capacité de retenir, parmi les éléments minéraux solubles du sol, utiles aux plantes, ceux qui sont des ions positifs. C’est comme cela qu’un sol peut retenir de la « fertilité chimique », issue des cycles de vie précédents ou des apports humains.

Trop peu connus, les champignons mycorhiziens (des gloméromycètes) vivent en symbiose avec les racines de 80% des légumes qui les nourrissent, en leur consacrant jusqu’à 25% ou 30% des produits de leur photosynthèse. En échange, les champignons ravitaillent les plantes en eau et éléments minéraux, avec une efficacité environ 100 fois supérieure à celle des radicelles des plantes. C’est ce qu’on appelle une symbiose : une coopération gagnant-gagnant. Ils fabriquent une autre glu dans le sol : les glomalines.

Ces champignons sont extrêmement sensibles aux fongicides. Pour cette raison, le sulfate de cuivre n’est pas utilisé dans le Potager du paresseux. La paille conventionnelle, porteuse de résidus de fongicides utilisés quelques semaines seulement avant la récolte, est évitée. Le cuivre est d’ailleurs toxique également pour les vers. Il ne s’élimine pas du sol, qui le fixe. Ce serait tuer ses meilleurs alliés !

Pour la même raison, la grelinette ne me parait pas pertinente : d’un côté, vouloir coopérer et d’un autre, déchirer ce réseau ? Cela n’a pas de sens, pas de cohérence.

Les bactéries

Rhizobiums fixés sur des racines de légumineuses
Rhizobiums fixés sur des racines de légumineuses Stdout

Bien que plus primitives et microscopiques, les bactéries sont essentielles pour les sols, où elles sont présentes par milliards dans chaque centimètre cube, avec plusieurs dizaines de milliers d’espèces.

Elles décomposent très vite les matières organiques fraîches, humides, assez riches en éléments solubles et notamment en azote. Grâce à leur capacité à se multiplier très vite, par simple division.

Elles sont essentielles au cycle de l’azote, et sont les seuls organismes du sol capables de transformer les ions ammonium en nitrates, absorbés ensuite par les plantes.

D’autres familles, symbiotiques ou non, fixent l’azote contenu sous forme gazeuse dans l’atmosphère, forme inutilisable par les plantes. Amené via les galeries et la porosité du sol, l’azote rentre gratuitement dans le potager grâce aux légumineuses (aujourd’hui fabacées), qui hébergent, protègent et nourrissent des bactéries particulières (les rhizobiums). Même si beaucoup de sottises ont été écrites sur les « légumineuses qui donnent de l’azote aux plantes associées », ce mécanisme est essentiel dans un sol vivant.

Les plantes entretiennent autour de leurs racines, dans ce qui est appelé la rhizosphère, une zone riche en bactéries « favorables » (les PGPR) : elles nettoient le sol, préparent des « aliments » pour la plante, transforment les matières en substances assimilables… En échange, les plantes les nourrissent avec ce qui est appelé des rhizodépositions (des exsudats par les racines).

Les bactéries, comme les vers ou les champignons, produisent des glus, qui contribuent à « fabriquer » un sol meuble.

Une fois cela compris, il apparaît évident que le travail du sol, en plus d’être fatiguant, lui est avant tout nuisible, ainsi que pour ses habitants. Il devient logique de penser que la suppression de tout travail du sol s’accompagnera… d’une augmentation des performances du potager !

La seconde clef : maintenir le sol couvert

Le Potager du paresseux repose sur un couvert permanent de matière organique non déjà décomposée (donc pas déjà compostée), sur toute la surface du sol et cela sur une épaisseur suffisante (une vingtaine de centimètres).

D’un côté, sur environ 80% de la surface, il s’agit de foin. Celui-ci est bien plus riche, plus nutritif que la paille, généralement utilisée dans les techniques de jardinage utilisant les techniques de couverture du sol (d’ailleurs appelées « paillage »).

Il a un rapport massique carbone sur azote (C/N) d’un ordre de grandeur de 25, donc très favorable (celui que recherchent ceux qui compostent). Mieux nourris, les organismes vivants du sol travailleront plus et mieux pour le jardinier paresseux. C’est aussi simple que ça.

Plus riche, le foin apporte, en étant décomposé sur place par ces organismes, plus d’éléments minéraux nutritifs au sol, où ils seront à la disposition des cultures. Le foin est neutre du point de vue rapport carbone/azote. Donc l’activité biologique, qui va se développer suite à cet apport massif d’énergie, ne va pas se faire par emprunt d’azote au sol, comme c’est le cas avec des matériaux plus pauvres en azote souvent utilisés (carton, broyat de bois, sciures, divers mulchs commerciaux).

BRF utilisé pour couvrir une spirale aromatique
BRF utilisé pour couvrir une spirale aromatique arpent nourricier

D’un autre côté, pour certaines cultures, tels les fruits rouges (fraisiers, framboisiers, cassissiers, etc.), originaires des lisières de forêts, c’est le BRF (Bois Raméal Fragmenté) qui est préféré. Son usage vise à stimuler spécifiquement l’activité des champignons et à limiter l’activité des bactéries, incapables de digérer la lignine (constituant du bois).

Cela revient à reconstituer, pour ces plantes, un peu leur milieu d’origine (lisières de forêt ou clairières). Mais attention : le BRF n’est pas que du bois. Il stocke les réserves de l’arbre pour le printemps et a un rapport C/N de l’ordre de 45 à 50, là où le bois (duramen) est plutôt vers 200 ou 250.

Le BRF étant constitué de lignine, sa décomposition est le point de départ de la synthèse de l’humus stable. Cet humus stable joue un rôle fondamental dans le sol, en particulier sur la stabilité de celui-ci (sa résistance à la dégradation), sur sa capacité à retenir l’eau et la plupart des éléments minéraux.

Le foin : un super-matériau « 4 en 1 »

Exemple de paillage au foin
Exemple de paillage au foin Didier Helmstetter

L’utilisation de foin, en lieu et place d’autres matières plus habituelles (paille, compost, écorces, feuilles mortes, etc.), est une des clefs du dispositif. Il joue 4 rôles essentiels, ce qui permet au jardinier paresseux de paresser efficacement.

  • D’abord, comme toute couverture opaque (si l’épaisseur est suffisante), il bloque les adventices annuelles, qui en l’absence de lumière ne germent pas et ne se développent pas (trop de jardiniers oublient une notion de base : la lumière est la source d’énergie des plantes).

    Pour cette raison, les graines contenues dans le foin ne germent pas, sauf cas très rares de longues périodes de pluie juste après la mise en place, avec des germinations de surface.

    Le foin se compacte mieux que la paille. Du coup, pas besoin de biner ou de piocher. À condition d’en apporter une bonne vingtaine de centimètres, il se décompose suffisamment lentement pour assurer ce blocage jusqu’au moment de la récolte des légumes. Quelle tranquillité !

  • Il entretient une intense vie biologique dans le sol. Les vers de terre (particulièrement ceux du groupe des vers anéciques) seront nombreux et très actifs car bien nourris (ce sont les vers habituels des prairies, ils se nourrissent naturellement de brins de foin tombés par terre).

    Cette activité biologique conduit à la sécrétion de glus, qui est à l’origine de l’« aggradation » du sol (c’est le contraire de la dégradation). Ainsi naturellement, sans aucun travail, le sol devient meuble tout seul.

    Inutile de bêcher ou de passer la grelinette. Cela peut cependant être plus long dans des sols très lourds : il n’y a pas que les hommes qui peinent alors !

  • Le foin, comme d’autres couvertures, assure une protection du sol et de ses organismes contre les agressions : pluie, vent, soleil, etc.

    Les agrégats (sortes de grumeaux) qui se forment ne sont pas dégradés par le choc des gouttes de pluie. Pas besoin de sarcler pour que le sol reste meuble et aéré. Même sous des orages violents, et malgré la pente, il n’a aucune trace d’érosion, pas de particules fines emportées. La fertilité reste.

    Protégé du vent et du soleil, le sol évapore moins d’eau. Il est maintenu humide ce qui favorise l’activité des organismes et la croissance des végétaux. Il n’y a, en général, pas besoin d’arroser. Les variations de températures sont estompées.

  • Enfin, la décomposition du foin fournit au sol, et par là aux plantes, tous les éléments nutritifs indispensables à leur croissance.

    Et pas seulement les quelques éléments dits majeurs (les fameux N-P-K : azote, phosphore, potassium) qu’on apporte usuellement avec les engrais. Ces minéraux ont été prélevés dans la prairie, lors de la croissance de l’herbe, qui a absorbé durant sa croissance tout ce dont une plante a besoin.

    Le foin, constitué de plantes complètes contrairement aux pailles qui ne sont que des tiges creuses, est donc aussi un engrais organique très complet, à libération lente puisqu’il doit d’abord être décomposé.

En 6 ans, les teneurs de phosphore sont passés de 0,02 grammes par kilogramme dans la prairie de départ, à 0,28 grammes par kilogramme. Le potassium est passé de 0,22 à 0,91 grammes par kilogramme. Le magnésium de 0,24 à 0,39 grammes par kilogramme. Le calcium de 2,13 à 2,74 grammes par kilogramme. Et le pH eau de 5,94 (nettement acide) à 6,73 ! Sans aucun engrais, naturel ou non, sans aucun compost, sans aucun autre apport, à l’exception de quelques cendres à certains endroits.

Ceci se fait naturellement selon le rythme de la croissance des plantes (les organismes du sol qui s’en chargent suivent eux-aussi le rythme des saisons). Pas de risque d’overdose chez les légumes. Bien nourris, ils ne seront pas shootés aux engrais solubles et seront plus résistants.

Par chance, le foin se décompose suffisamment vite, en une saison, pour libérer ces éléments juste à temps. Inutile de fertiliser, que ce soit sous forme d’engrais de synthèse ou d’engrais naturels (souvent très chers à l’unité fertilisante) ! Assez vite pour nourrir les légumes, mais pas trop vite pour bloquer les adventices : un bon compromis !

Une partie du foin (en fait les fibres que renferment les tiges) va s’orienter vers le processus d’humification, c’est-à-dire la production de substances humiques stables (parfois appelées « humus stable »). Celles-ci assurent la fertilité et la stabilité du sol sur le long terme. Par tonne transportée, la formation de ces substances est équivalente à celle générée par le fumier ou le compost frais. En 6 ans, les sols du Potager du paresseux sont passés de 4,3% de matières organiques (dans la prairie de départ) à 5,2%. Là encore, sans rien faire d’autre que dérouler le foin !

Le Potager du Paresseux : conférence à Saint-Jean de Sixt 6 avril 2018

Cette conférence fait une synthèse de l'approche pratiquée dans le Potager du Paresseux... Un rapide tour de la question, en quelque sorte, même si cela dure environ 2 heures !

Alors, « miraculeux », le foin ? Didier Helmstetter a pour habitude de dire que « les miracles, c’est à Lourdes ». Précisant : « je ne suis pas certain que cela marche à tous les coups ! ». Le foin a des inconvénients.

  • Comme l’ensemble des couvertures du sol, il retarde le réchauffement de celui-ci. Avec certains légumes « résistants », on se rattrape à l’automne. Mais pas avec les « grands frileux » (melons, haricots verts).

    La plantation de plants préparés en godets ou plaques dans des châssis ou des serres est une solution. Mettre le foin très tard, une fois le sol réchauffé en est une autre, pour ceux qui ne s’affolent pas à la vue de la première adventice (si elle est sympa). Enlever le foin et le remettre peut en être une, notamment pour ceux (un peu workaholic) pour qui « ne rien faire » est inconcevable…

  • Enfin, les années de sécheresse, et selon le type d’agriculture qui domine (céréaliculture intensive), trouver du foin peut être difficile.

Éconologie
L'Éconologie (ou économie écologique) cherche et adopte des solutions ou techniques de production rentables économiquement, mais qui protègent également l'environnement. Elle étudie donc les relations entre les sociétés humaines, l’impact anthropique sur l’environnement et les écosystèmes.

Un changement de paradigme

Le Potager du paresseux n’est pas une technique seulement : c’est une toute autre vision du jardinage.

Classiquement, la réflexion du jardinier est guidée par « que dois-je faire ? ». C’est lui qui pense qu’il lui faut faire. Ignorant que bien avant l’apparition de l’humain sur Terre, les plantes étaient luxuriantes ! Ce qui a permis aux animaux de proliférer et finalement, à l’humain d’apparaître… et de devenir redoutablement destructeur !

Le Potager du paresseux fonctionne un peu à l’envers : ce n’est pas l’humain qui fait… Il connait et comprend. Il respecte et oriente les organismes vivants. Il recherche une optimisation de la coopération entre lui, avec ses objectifs légitimes (produire les légumes dont il a envie, en respectant le plus possible la biodiversité) et des organismes vivants (microorganismes du sol, auxiliaires, etc.).

Il développe la niche écologique de ces organismes, pas des paradis artificiels ! Il les nourrit bien, leur apporte l’énergie dont ils ont besoin pour qu’ils fassent le boulot, comme ils le font depuis plus de 300 millions d’années. L’humain se pose d’abord la question : « que dois-je surtout ne pas faire pour ne pas nuire, ne pas perturber ? ». Il renonce à être le roi. Voilà l’essence du Potager du paresseux.

Allez, une dernière surprise : cette façon de faire marche bien mieux et plus vite en installant son potager dans une prairie, un gazon ou même une friche. Dans un jardin classique, le sol aura souvent été matraqué et généralement en partie empoisonné.

La population de vers anéciques sera faible voire inexistante en cas d’usage intensif du motoculteur, d’engrais minéraux et de certains pesticides, même « bio » (le cuivre, déjà mentionné). Dans le cas d’un tel sol, il faudra persévérer parfois une demi-douzaine d’années avant que les mécanismes naturels ne se rétablissent ! Dans une prairie, il suffira de six mois ou un an pour que tout soit au top ! Dans une friche, une fois débroussaillée, tout l’est tout de suite.

La limace n'est pas un ennemi à sous-estimer
La limace n'est pas un ennemi à sous-estimer Guillaume Brocker

Pour finir, précisons tout de même que le Potager du paresseux n’est pas un restaurant : après avoir couvert le sol, il faut encore semer ou planter, il faut même récolter et parfois transformer ! Dans tous les cas, préparer les légumes.

Il y a aussi un peu d’entretien : quelques vivaces « perceront » à travers la couverture et il faudra les arracher, comme il faudra protéger les jeunes semis contre les oiseaux friands de vers de terre ou piéger des campagnols si on est dans une zone infestée.

Les limaces peuvent également trouver ce potager sans poison très attrayant… Plus largement, divers parasites, qui font partie du vivant, tenteront leur chance : ne comptez pas sur eux pour vous laisser l’intégralité de si beaux et bons légumes !

Le Potager du paresseux est une technique « éconologique » parmi tant d’autres, c’est-à-dire qui est à la fois économique et écologique. À ne pas confondre avec la doctrine marketing généralement appliquée à propos d’écologie et de respect de l’environnement, qui consiste à augmenter les prix des choses plus écologiques !

L’Éconologie, quel en est l’intérêt ?

Créée dans les années 1990, la notion de l’Éconologie cherche à associer écologie et économie.

Elle a été largement démocratisée par l’ingénieur Christophe Martz depuis le début des années 2000, par le site econologie.com qu’il a créé en 2003.

Une plus grande prise de conscience de l’impact des activités humaines sur les écosystèmes de la Terre et le climat sont à l’origine de la nécessité de développer une réelle Éconologie globale !

En quoi consiste concrètement l’Éconologie ?

L’Éconologie (ou économie écologique) cherche et adopte des solutions ou techniques de production rentables économiquement, mais qui protègent également l’environnement. Elle étudie donc les relations entre les sociétés humaines, l’impact anthropique sur l’environnement et les écosystèmes.

L’objectif de ces recherches est de mieux encadrer les actions des acteurs économiques, afin de garantir un développement stable, durable mais également plus équitable.

L’Éconologie promeut également les solutions qui consomment moins d’énergie et respectent l’environnement, sans nuire à la qualité de vie des populations, c’est-à-dire à confort équivalent. En réactivant des pôles industriels autrefois abandonnés dans certaines régions, l’Éconologie participe également à la réduction du chômage.

Quels sont les secteurs concernés par l’Éconologie ?

En général, les principes de l’économie écologique peuvent être utilisés dans tous les secteurs de l’activité humaine.

Évidemment, certains secteurs ont plus d’impact sur l’environnement que d’autres. Parmi les domaines d’activités qui peuvent intégrer l’Éconologie, l’on peut citer, entre autres :

  • L’agriculture et l’environnement (nouveaux outils ou techniques, comme le Potager du paresseux, préserver la biodiversité, etc.).

  • Le secteur du bâtiment et de la construction (isolation, chauffage, climatisme, maison passives, etc.).

  • Les industries (innovation produit, amélioration des process, etc.).

  • Le secteur tertiaire (nouveaux services visant à mieux préserver l’environnement, tourisme écologique ou responsable, etc.).

  • Les transports (innovations techniques ou d’organisation pour réduire l’impact des déplacements, etc.).

  • Les énergies (meilleures utilisations, nouvelles énergies, etc.).

Un BTP vert en devenir ?
Un BTP vert en devenir ? Alexandre Prevot

Dans le domaine de l’agriculture, tout en visant des rendements optimaux, l’utilisation de méthodes qui épuisent moins le sol et ne détruisent pas la biodiversité est donc à privilégier.

Dans le secteur du BTP, l’objectif est la construction de bâtiments confortables et moins énergivores. Pour cela, on peut par exemple mieux valoriser la lumière naturelle, la géothermie et d’autres méthodes qui réduisent l’empreinte écologique des logements et des bâtiments industriels.

Finalement, dans quasi tous les secteurs d’activité, intégrer d’une manière plus importante les énergies renouvelables et améliorer l’efficacité énergétique est une démarche rentable et écoresponsable.

L’Éconologie est donc une manière de penser et d’agir adoptable par chacun et chacune et qui serait profitable à toute l’humanité.

Comment l’économie écologique se développera-t-elle ?

Dans le but de maximiser à tout prix les profits, les modes d’exploitation des ressources naturelles et l’organisation des activités humaines ne sont pas vraiment optimisés pour le développement durable. Cela constitue un frein pour l’essor et la vulgarisation des recherches sur les nouveaux modes de vie plus écoresponsables.

Pour cela, afin que l’Éconologie se développe, des choix décisifs de nature technologique, politique et organisationnelle sont indispensables. Ces divers choix doivent s’orienter vers un mode de consommation basé sur la durabilité des ressources naturelles et non leur épuisement et leur pillage, comme cela est largement le cas depuis le début de la première révolution industrielle.

Par conséquent, il sera plus bénéfique de développer et d’adopter sur de plus grandes échelles des solutions de production d’énergies renouvelables ainsi que leur stockage, principal point fiable de ces dernières.

Dans le même temps, l’utilisation des ressources fossiles doit être réduite, soit en utilisant des alternatives (biocarburant ou biocombustibles), soit en optimisation leur utilisation (réduction de la consommation par amélioration de l’utilisation, c’est-à-dire augmenter le rendement d’utilisation). Cependant, l’exploitation omniprésente du pétrole et son poids économique nuisent largement au développement et à la visibilité des alternatives éco-responsables qu’offre l’Éconologie.

Les décisions politiques sont également indispensables puisqu’elles dirigent les actions des États et peuvent donner des lignes directrices à suivre par l’ensemble de la population. L’adoption de lois et de normes nationales ou internationales, ainsi que les politiques fiscales qui incitent à l’utilisation des solutions éconologiques, sont quelques exemples d’actions concrètes à mettre en place à court ou moyen terme.

La crise du coronavirus a bouleversé nos modes de vies, ne pourrions-nous pas également évoluer pour les générations futures et la stabilité climatique ?

Pour conclure

Le Potager du paresseux est une de ces méthodes de production de légumes qui prônent la protection de l'environnement sans pour autant diminuer les rendements que l'on peut espérer.

La méthode rejoint l'objectif de l'Éconologie qui est de concilier l'économie, l’écologie, le confort de vie et le développement durable.

Cependant, les principes de l'Éconologie ne se limitent pas au potager et peuvent être adoptés dans de nombreux domaines pour réduire l'influence négative de l'humanité sur les écosystèmes, la biodiversité et les ressources naturelles.

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L’éconologie est la contraction des mots économie et écologie. Ce néologisme a été inventé par Christophe Martz, ingénieur ENSAIS 2001 spécialisé en mécanique et énergétique.

Le but est de démocratiser le concept de l’éconologie, ceci pour le bien des générations actuelles et futures et de démontrer qu’il est possible de concilier économie, écologie et environnement.

N’hésitez pas à visiter les forums des énergies et de l’environnement et à rejoindre une communauté de plus de 20?000 membres!

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3 réponses à “Du potager du paresseux à l’Éconologie : vive le foin !”

  1. ” sans aucun autre apport” … la formulation est légèrement exagérée. La méthode, interessante, nécessite quand meme le transfert d´une bonne quantité de foin, chaque année, donc un apport / transfert d´énergie conséquent entre deux sites distincts. Selon la source du foin, le bilan sera pertinent au niveau du systeme dans son entier…. ou pas! Cela nécessite une vraie reflexion permacole ou similaire sur les entrées/sorties.

  2. Article très intéressant. j’ai beaucoup apprécié la remarque sur “la doctrine marketing appliquée à l’écologie”, hélàs un peu trop mise en avant dans les programmes politiques !
    Sur de nombreux points, l’éconologie rejoint la permaculture, laquelle ne se limite pas non plus à un art de cultiver des jardins 😉
    A propos du foin, les deux démarches se rejoignent complètement, à condition qu’il y ait du foin disponible en grande quantité, et au voisinage immédiat. Même remarque, bien sûr, pour la paille. Sinon, la permaculture prône plutôt la mise à profit des matériaux disponibles à portée de main : feuilles mortes, herbe coupée et séchée, petites branches mortes, broyat si l’on a un broyeur, compost grossier (le bois apporté dans le compost est partiellement décomposé et constitue un excellent couvre-sol), épluchures de légumes (mais attention aux légumes entiers qui peuvent fermenter), etc.
    Si l’on ne souhaite pas adopter une démarche permaculture, il faut, je crois, négocier sec avec les vendeurs car le foin est une denrée appréciée … pour nourrir les animaux d’élevage !

    • Bonjour,
      Je ne suis ni pour ni contre ces cultures novatrices. J’ai un petit jardin de 9500 mètres carrés, s’il me faut le recouvrir de foin sur une épaisseur de 20 centimètres, il y aura de nombreuses bottes de 250 kg à dérouler ! J’ai des voisins agriculteurs, ils cultivent des prairies pour l’alimentation de leur bétail. Dans quelques mois il n’y aura plus d’herbe verte, il va falloir alimenter les bêtes avec du fourrage qui normalement devrait être consommé l’hiver. La noria de camions transportant paille et foin parfois venant de l’étranger va apparaître, comme tous les ans. Cette année vu l’état hydrique des sols cette noria sera plus précoce. Ne pensez-vous pas qu’il faut laisser le foin aux animaux ? Réduire le nombre d’animaux qui consomment le foin pour que vous puissiez faire votre culture. D’accord à la condition que le foin vous soit vendu au prix des légumes que l’on trouve sur les étals. Ce foin est cultivé comme une autre céréale.

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