Productions végétales et bioagresseur : quelles protections ?

Pourquoi un article sur les stratégies de protection des cultures ? Quel point de vue adopter ?

D’un côté : celui de la société civile, qui cherche à préserver notre santé et celle des enfants par une alimentation saine, tout en préservant au maximum leur environnement afin de pouvoir espérer et imaginer l’avenir.

D’un autre côté : celui des agriculteurs, considérés pour la plupart comme des pollueurs irraisonnés. Ils cherchent pourtant juste à gagner leur vie grâce à un métier qui a du sens : nourrir le monde.

Alors oui, parler de protection des cultures est essentiel pour que les uns comprennent les difficultés et les moyens mis à disposition des autres, mais aussi pour que ceux qui sont les plus exposés aux risques liés à l’utilisation des produits phytosanitaire puissent faire évoluer leurs pratiques.

Ce que vous allez apprendre

  • Ce qu'est la protection des cultures
  • Que lutter contre les bioagresseurs est un enjeu crucial pour le monde agricole et la biodiversité
  • Que les moyens de lutte sont complexes à mettre en place
  • Que les moyens de lutte sont multiples et transversaux
  • Qu'il existe des outils d'aide à la décision
Vincent Vertès
Pour les agriculteurs, renouer du lien consiste à se protéger tout en répondant aux attentes de leurs concitoyens.

Qu’est-ce que la protection des cultures ?

Pourquoi et contre qui les agriculteurs cherchent à protéger leurs productions ?

Une culture, quelle qu’elle soit, est exposée aux éléments, majoritairement bienfaisants mais parfois agressifs. Ces facteurs sont biotiques (organismes vivants) et abiotiques (facteurs physico-chimiques).

Ces derniers ne sont pas le sujet de cet article mais ne sont pas des moindres : sécheresse, vent violent, rayonnement solaire, gel, fertilité des sols, etc. Ceux-ci sont d’ailleurs de plus en plus préoccupants.

Nous développerons ici les facteurs biotiques que nous considérons comme des bioagresseurs pour les cultures.

Mais qui sont ces bioagresseurs et quels sont leurs véritables impacts sur les cultures ?

Pas de place pour les auxiliaires : champ libre pour les bioagresseurs
Pas de place pour les auxiliaires : champ libre pour les bioagresseurs josealbafotos

Chaque catégorie de bioagresseurs va avoir un impact différent et plus ou moins acceptable pour la production. Ces organismes sont si diversifiés par leur taille et leur physiologie (cycle de vie, régulation de l’organisme) que toutes les parties d’une plante (racine, tige, feuille, fruit) peuvent être touchées ou détruites dans les cas extrêmes.

Ils vont donc avoir un impact non négligeable sur les rendements, la qualité des produits ou la pérennité des cultures (sylviculture, arboriculture, viticulture), facteurs principaux de la rémunération des agriculteurs et de l’indépendance alimentaire et économique des territoires.

Il est possible de classer les bioagresseurs en trois grandes catégories : les plantes adventices, les parasites et les ravageurs.

  • Les plantes adventives

    Qu'est-ce donc qu'une mauvaise herbe, sinon une plante dont on n'a pas encore découvert les vertus ?
    Qu'est-ce donc qu'une mauvaise herbe, sinon une plante dont on n'a pas encore découvert les vertus ? DEFI-Écologique

    Les plantes adventives sont des plantes non désirées au sein de la culture, je ne parle pas de mauvaises herbes car une plante peut être indésirable dans un cas mais tout à fait utile dans un autre. Par exemple des tournesols dans un champ de blé sont considérés comme adventives.

    Celles-ci vont avoir un effet dépressif sur les cultures par concurrence pour l’eau, les éléments minéraux du sol et la lumière. Leurs impacts sur la production sera donc une diminution des rendements, « salissement » de la récolte par leurs semences surtout pour les grandes cultures et diminution de la qualité des produits en termes de composition (taux protéiques, azote assimilable, etc.).

  • Les parasites

    Les parasites sont des organismes qui pénètrent la plante afin d’utiliser ses composants internes, ceux sont eux qui provoque les maladies. Ces parasites sont des virus, des phytoplasmes (bactéries sans parois), des bactéries et un ensemble communément classé dans les champignons.

  • Les ravageurs

    Les ravageurs vont consommer les organes de la plante. Ils sont nombreux. Les insectes (pucerons, cicadelles, lépidoptères, etc.), les mollusques ou même les mammifères comme les lapins, sangliers, taupes peuvent réaliser une prise alimentaire sur les cultures. L’homme peut aussi, malheureusement, détruire des cultures et des espaces naturels par manque de respect pour le travail de ses congénères et le milieu qui conditionne la vie.

Pour limiter l’impact de ces bioagresseurs, il n’y a finalement pas beaucoup de possibilités, soit nous adoptons une stratégie d’évitement du problème soit nous sommes dans la confrontation. Il est bien évident que dans la réalité nous sommes souvent obligés d’adopter les deux stratégies, mais en les hiérarchisant et en privilégiant systématiquement la stratégie d’évitement.

Le point de départ est avant tout d’identifier et de maîtriser les cycles de développement des bioagresseurs, et là se pose toute l’incroyable complexité du métier d’agriculteur, de par l’immense champ de connaissances qu’il faut maîtriser. D’où, malheureusement, l’utilisation majoritaire de solutions simples qui ne sont pas efficaces sur la cible visée, c’est-à-dire qui touchent d’autres organismes qui ne sont pas néfastes à la culture.

Vincent Vertès
Là se pose toute l’incroyable complexité du métier d’agriculteur, de par l’immense champ de connaissances qu’il faut maîtriser.

Tout un monde de parasites !

Les virus sont, la plupart du temps, liés à un autre organisme vivant qui lui sert de vecteur afin d’assurer leurs disséminations (insectes, nématodes). Les virus sont les plus petits bioagresseurs connus mais ne sont pas considérés vivants ou à la limite du vivant dans la mesure où ils ne respirent pas. Ils ont la particularité d’être stable dans la plante notamment pour les cultures pérennes. Une fois la plante contaminée ils sont présents dans tous les organes. Contrairement aux humains les plantes ne peuvent être vaccinées.

  • Les phytoplasmes

    Cicadelle de la flavescence dorée (Scaphoideus titanus)
    Cicadelle de la flavescence dorée (Scaphoideus titanus) Yerpo

    Les phytoplasmes ont le même type de dissémination et la même stabilité que les virus. Les maladies peuvent être très graves, notamment la flavescence dorée de la vigne pour laquelle des arrêtés préfectoraux organisent la lutte phytosanitaire.

  • Les bactéries

    Organismes unicellulaires procaryotes (absence de noyau contenant le matériel génétique), elles ne touchent généralement qu’une ou deux parties de la plante (les fruits, les feuilles, etc.) en même temps.

  • Les champignons

    Organismes pluricellulaires eucaryotes (possède un noyau), ils produisent des mycéliums qui vont envahir la plante. Tous les organes peuvent être touchés, mais rarement la plante entière, notamment les fruits sur lesquels des toxines nocives pour les êtres humains peuvent être produite (achrotoxine, etc.).

Les moyens de lutte indirectes

Dans une stratégie d’évitement des bioagresseurs, nous cherchons des méthodes ou des moyens prophylactiques, c’est-à-dire qui vont placer les bioagresseurs dans de mauvaises conditions de développement.

C’est donc une lutte indirecte qui vise, non pas les bioagresseurs, mais leur contexte de développement. De nombreux moyens sont à disposition, mais il est bien évident qu’il est quasiment impossible de tous les mettre en place en même temps, car certains d’entre eux sont antinomiques et dépendent de la capacité d’investissement et de réaction de l’agriculteur. Il faut donc réaliser des choix tactiques parmi eux en essayant d’en combiner un maximum pour avoir un effet synergique et espérer une meilleure efficacité. L’ensemble de ces méthodes sont purement préventives.

Ces moyens de lutte peuvent être classés en trois catégories : agronomique, génétique et les mesures prophylactiques.

  • Lutte indirecte agronomique

    La haie agricole est encore bien trop sous-estimée en matière d'usage agricole
    La haie agricole est encore bien trop sous-estimée en matière d'usage agricole Arbre & paysage tarnais

    Pour les moyens agronomiques, il est indispensable de réaliser un diagnostic du terroir du point de vue pédo-climatique et historique, c’est-à-dire l’étude du sol et du micro-climat de la parcelle ou de l’îlot de parcelles ainsi que la mémoire des cultures et des itinéraires techniques.

    En premier, il convient de choisir d’implanter une culture sur les parcelles qui présentent le moins de risque. Soit parce que les conditions ne favorisent pas le développement du bioagresseur (cas des sols sableux contre le phylloxera de la vigne). Soit parce que le micro-climat plus chaud ou plus froid par rapport aux autres zones du territoire permettent d’avoir un stade de développement sensible de la culture décalé par rapport à l’apparition du bioagresseur. Soit parce qu’il y a un historique peu favorable comme le type de culture précédente.

    On évite effectivement d’implanter les mêmes cultures les unes derrière les autres. C’est le principe de la rotation des cultures, on préfère donc, par exemple, implanter un blé après une féverole ou une prairie après un verger.

    La mise en place d’infrastructure agroécologique (IAE), tels que l’arbre isolé, les haies champêtres ou les bandes enherbées ou fleuries permettent de recréer un agrosystème complexe dans lequel les chaînes trophiques sont de nouveau respectées.

  • Lutte indirecte génétique

    Pour les méthodes de luttes génétiques, nous réfléchissons sur la qualité du matériel végétal utilisé (semence et plant). C’est-à-dire que l’on peut considérer que le patrimoine génétique des cultures peut être un facteur de résistance, ou tout du moins de tolérance, aux bioagresseurs.

    Prenons le parti d’éliminer les Organismes Génétiquement Modifiés car cette solution ne répond pas aux attentes de la société civile et aussi parce que cette solution est basée sur des assemblages totalement improbables dans la nature (antigel de poisson dans les fraises, etc.) dont les effets peuvent être non maîtrisés (apparition de résistance, transmission, etc.).

    Il est important d’utiliser des semences ou des plants sains, c’est-à-dire indemne de bioagresseurs. C’est, en partie pour cette raison, que la certification a été développée. La critique principale à apporter, ici, est la perte de diversité génétique des cultures par une standardisation du choix des plants et semences proposés aux agriculteurs. Il est toutefois possible d’imaginer au champ une augmentation de la diversité par des mélanges d’une même espèce mais de variété différente (problématique d’hétérogénéité de la production) ou des mélanges d’espèces (association de cultures).

    Effectivement si une variété ou une espèce est plus sensible à un bioagresseur, les autres présentes au champ peuvent prendre le relais et compenser les pertes. A ce titre les semences ou plants certifiés peuvent être complémentaires des semences fermières ou d’une sélection massale pour les plants.

    De nombreux travaux de recherche permettent de proposer de plus en plus de variétés issues d’hybrides interspécifiques qui permettent d’avoir un patrimoine génétique avec une forte tolérance, voire résistance, aux maladies et de conserver les qualités gustatives et technologiques des produits.

    Par exemple, ces variétés peuvent faire passer dans le cas de la vigne d’une douzaine de traitements phytosanitaires à un ou deux traitements par an : très efficace en termes de réduction d’utilisation des produits phytopharmaceutiques. Ceci dit, ces travaux sont très lents, entre dix et vingt ans pour obtenir une variété.

  • Lutte indirecte prophylactiques

    Enfin les mesures prophylactiques sont des opérations culturales qui cherchent à réduire les inoculums ou les populations initiales de bioagresseurs (brûlage, enfouissement, etc.), à diminuer l’humidité relative du micro-climat de la plante (effeuillage, taille, densité et type de semis), à limiter les facteurs chimiques tel que l’azote en maîtrisant et scindant le nombre et la quantité d’apport des fertilisants.

Vincent Vertès
La pire chose pour faire un choix est la solitude, et nombreux sont les agriculteurs qui se sentent seul notamment face à leur besoin d’une rémunération décente, et donc d’obtenir un rendement minimum, et à la sensation de quasi-criminalité de l’utilisation des produits phytosanitaires.

Les moyens de lutte directs

Dans cette stratégie les interventions ciblent directement le bioagresseur. Pour se faire nous avons à disposition des moyens physiques, biologiques et chimiques.

  • Lutte directe physique

    Les moyens physiques peuvent être des interventions mécaniques qui vont détruire les bioagresseurs.

    On pense ici à l’ensemble des pratiques de travail du sol, dans le cadre de la lutte contre les adventices, tel que le labour (qui a de nombreux désavantages agronomiques), le sarclage, l’utilisation de la herse étrille dans le cadre des faux semis, etc.

    Les outils sont nombreux ainsi que leurs impacts. Là encore il convient de raisonner le moment des interventions, leurs fréquences pour agir efficacement mais sans excès, car d’autres problématiques agricoles peuvent apparaître, telle que l’érosion.

    Semi direct sous couvert : de nombreuses techniques existent pour respecter la vie des sols
    Semi direct sous couvert : de nombreuses techniques existent pour respecter la vie des sols Terre-net Horsch

    La mise en place de barrières peut être une solution mais uniquement pour des bioagresseurs de bonne dimension. Filets anti-oiseaux, canon, ultrason, bande collante, manchons, etc. empêchent la prédation des cultures. La combinaison de deux barrières physiques est notamment utilisée en Afrique en combinant fossé et haie d’épineux pour limiter les dégâts liés aux éléphants.

    Nous pouvons aussi citer ici la chasse. En France, les fédérations de chasse sont responsables des dégâts occasionnés par le gibier et doivent indemniser les agriculteurs.

    Enfin la mise en place de panneaux de communication peut permettre de faire comprendre le travail réalisé et amener au respect : encore faut-il que cela soit fait sans mauvaise foi.

  • Lutte directe biologique

    Les moyens biologiques correspondent aux organismes vivants qui vont permettre de maintenir les bioagresseurs à un niveau de population acceptable en termes d’impact agricole.

    Ils peuvent être amenés aux champs sous forme de pulvérisation (bacillus thuringiensis, bactérie aux vertus insecticides) ou de lâcher (trichogramme contre les lépidoptères, chrysopes, etc.). Nous devons aussi favoriser leur installation et leur maintien dans les zones de production grâce aux infrastructures agroécologiques et à la limitation de l’utilisation de produit non spécifique.

    Ces êtres vivants, auxiliaires de cultures, sont très divers au même titre que leurs modalités d’action. Certains sont des prédateurs des bioagresseurs, d’autres des parasites, d’autres encore peuvent tout simplement occuper la niche écologique et empêcher l’installation des bioagresseurs par leur simple présence.

    Parfois c’est le bioagresseur lui-même qui donne la solution. L’exemple de la confusion sexuelle est marquant. Les femelles lépidoptères produisent des phéromones pour que les mâles puissent les trouver dans l’immensité des champs. Il a donc fallu reproduire ces phéromones et les diffuser pour désorienter les mâles. Plus de rencontre donc plus de reproduction ou à des niveaux acceptables. Ces phéromones sont des produits phytosanitaires, mais ils ont l’avantage d’être une copie d’une molécule naturelle et d’être spécifique à l’espèce ciblée et donc de ne pas perturber les autres.

  • Lutte directe chimique

    Il faut, contre les bioagresseurs, savoir raison garder
    Il faut, contre les bioagresseurs, savoir raison garder

    Les moyens chimiques sont l’ensemble des matières ou molécules chimiques appliquées au champ par pulvérisation pour tuer (terminaison en « icide ») les organismes qui attaquent les cultures. On parle d’insecticide, fongicide, herbicide, raticide, etc.

    Ces molécules appartiennent à des familles chimiques très diverses et ont des effets variés sur la physiologie du vivant : inhibiteur de croissance, affectant les processus respiratoires, inhibiteur de la synthèse des acides aminés, etc.

    Nous pouvons toutefois les classer en deux catégories : à savoir les produits chimiques naturels (notamment le cuivre et le soufre) utilisables en agriculture biologique (hors décoctions ou purins qui sont considérés comme des Préparations Naturelles Peu Préoccupantes) et les produits chimiques de synthèse majoritairement issus des produits pétroliers.

    Un grand nombre de ces produits agissent sur un processus particulier de la physiologie des bioagresseurs. Très efficace au début de leur utilisation, ils le sont de moins en moins au fur et à mesure car avec l’exposition et la succession de génération, le vivant trouve des parades et devient résistant. Il faut donc limiter leur fréquence d’utilisation dans une même année voir sur plusieurs années. Il est préférable d’utiliser des produits dits multisites (perturbation de plusieurs processus physiologiques) notamment le cuivre et le soufre, même si le cuivre pose d’autres problèmes.

    De plus, le positionnement de l’utilisation de ces produits est complexe. Les facteurs environnementaux tels que la température, le vent, les précipitations offrent des fenêtres d’action plutôt courtes aux agriculteurs.

    Il y a une très grande complexité dans le choix et l’utilisation des produits (dose, réglage, etc.). Nous pouvons, cependant, nous réjouir que leurs utilisations soient limitées aux personnes qui ont reçu une formation (« Certyphyto ») même si celle-ci semble trop courte (deux à trois jours) pour maîtriser l’ensemble de la complexité du problème.

Les outils d’aide à la décision

Comment faire un choix ? Est-ce que mon choix est le bon ? Sur quelles informations me baser pour faire ce choix ? Ai-je du temps pour raisonner mes choix ? Quelles conséquences si je me trompe ?

Nous sommes nombreux à nous poser ce type de questions, dans notre vie quotidienne, professionnelle, amoureuse. La pire chose pour faire un choix est la solitude, et nombreux sont les agriculteurs qui se sentent seul notamment face à leur besoin d’une rémunération décente, et donc d’obtenir un rendement minimum, et à la sensation de quasi-criminalité de l’utilisation des produits phytosanitaires.

Il faut donc se baser sur des outils qui amènent une aide dans la prise de décision. Heureusement, de plus en plus d’outils sont conceptualisés et proposés à la profession. Cela leur permet notamment de prendre une certaine forme d’indépendance face aux fournisseurs.

Le seuil de nuisibilité : clé de voûte du raisonnement

Avec les Doryphores, le seuil de nuisibilité peut être atteint à toute vitesse
Avec les Doryphores, le seuil de nuisibilité peut être atteint à toute vitesse shannonsmith

L’action va dépendre du moment où l’on se situe par rapport au bioagresseur. Soit il n’est pas encore présent ou en-dessous du seuil d’intervention économique, soit il a dépassé ce seuil. Dans le premier cas nous en sommes dans une situation préventive dans le second curative.

Le pivot du raisonnement est donc ce seuil de nuisibilité économique. Celui-ci se définit comme le niveau acceptable de dommage à la culture à la limite duquel le coût de l’intervention est au moins égal à la perte économique dûe au bioagresseur. Il faut alors être capable de se positionner par rapport à ce seuil.

Cela implique de réaliser des suivis par observations, comptages, piégeages. Les bulletins de santé du végétal, édité par les chambres d’agriculture qui étudient les niveaux de pression des bioagresseurs au sein d’un territoire, peuvent apporter des informations complémentaires ; notamment grâce à des suivis de parcelle de référence et des modèles de développement des bioagresseurs en fonction des conditions climatiques.

Actions préventives ou curatives ?

Si on ne décide de réaliser un traitement qu’à partir de ce seuil, les traitements préventifs n’ont plus de sens. Nombre d’agriculteurs réalisent des traitements préventifs systématiques avec l’adage « mieux vaut prévenir que guérir ». Malheureusement le systématisme fait qu’un certain nombre de ces traitements sont purement et simplement inutiles.

À contrario, un traitement curatif n’est pas toujours efficace notamment dans le cas des micro-organismes bioagresseurs. Effectivement il est très difficile d’éliminer une maladie déclarée et donc de sauver sa récolte. Agir au bon moment donc, mais il faut être capable d’être réactif dans des fenêtres d’actions souvent courtes.

Méthodes de protection contre les bioagresseurs en agriculture
Méthodes de protection contre les bioagresseurs en agriculture Laura Tisserand - DEFI-Écologique

Faire son bilan

Enfin, analyser son action, faire son bilan de campagne, se comparer aux autres, à sa région pour progresser encore et encore. Difficile de trouver le bon indicateur, ils sont tous perfectibles.

Nous pouvons toutefois citer l’IFT (Indice de Fréquence de Traitement). Cet indicateur prend en compte le nombre de traitement, les doses et les surfaces traitées. Il ne prend pas en compte le type de produit utilisé et donc leur dangerosité pour l’humain et l’environnement. Mais il est assez simple à calculer. Mieux vaut utiliser un indicateur même perfectible que de ne pas en utiliser. Ou pourquoi pas inventer son propre indicateur ?

Pour conclure

L’objectif de cet article est bien de montrer l’une des complexités de la production agricole. Les moyens de protection des cultures sont présentés dans un ordre hiérarchique d’application à savoir : en premier lieu préférer une stratégie d’évitement d’abord par des moyens agronomiques, puis génétiques et enfin par des mesures prophylactiques. S’il y a confrontation nous devons préférer les moyens physiques, biologiques et en dernier recours les moyens chimiques.

Dans tous les cas l’agriculture, qui vit des transformations en profondeur, ne peut se construire que dans un mélange de solutions complémentaires et synergiques en se basant sur les observations de terrains et l’échange de compétences.

La société civile et les agriculteurs doivent par ailleurs être acteurs de ces changements en se retrouvant autour des produits de terroir sains pour soi, pour le producteur et pour notre jardin global dans lequel les pollutions ne connaissent pas de frontières.

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Vincent Vertès

Ingénieur et agronome

Consultant techniques agricoles pour DEFI-Écologique. Ingénieur agro-alimentaire, œnologue et agronome il exerce désormais le métier d’enseignant au sein du ministère de l’agriculture.

Son expérience de terrain dans de grandes régions françaises (Alsace, Bourgogne, Midi-Pyrénées) ainsi qu’en milieu tropical (océan indien) lui permettent d’établir des diagnostics adaptés à un territoire particulier.

Son travail au sein du ministère de l’agriculture lui apporte également de nombreuses compétences en matière de vulgarisation.

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9 réponses à “Productions végétales et bioagresseur : quelles protections ?”

  1. Votre article est intéressant, je remarque que l’esprit scientifique classique en est le moteur. Posez-vous la question: qu’elle est la cause principale des maux actuels des agriculteurs en ce moment? Leur éloignement depuis plus de 60ans de leur terre nourricière. Elle est devenue un substrat de culture qui produit par l’apport de chimie, auquel faut ajouter un travail intensif, le tout destructeur de sa vie biologique. Tous ces maux, que vous décrivez, sont les résultantes de ces pratiques. Tous végétaux, tous parasites, toutes maladies est une réponse à un déséquilibre de la nature. Je vie à la campagne, je fréquente les agriculteurs, je leurs pose des questions, je les observe et je vois leurs difficultés. Je pense que vous êtes un peu éloigné de la réalité de leurs pratiques. On va voir le médecin pour avoir un remède à nos maux, au lieu de rechercher et comprendre le terrain qui a permis à la maladie de s’installer. Les paysans ont quitté leur rôle nourricier, pour ne plus être qu’un intermédiaire corvéable dans la chaine de production. Entre l’industrie chimique phytosanitaire, l’industrie agroalimentaire et la grande distribution etc., ils sont plus que des pions, ayant aucune visibilité sur leur avenir, vivant leur présent dans l’incertitude. Pourtant une partie de la solution est sous leurs pieds. Mieux connaitre nos sols, leurs compositions, leurs faunes, leurs interactions, en mot la chimie de vie. Nous sommes ignare sur ces données scientifiques et on croit que la baquette magique de notre chimie trouvera les remèdes à nos problèmes. Je suis sceptique et pessimiste sur leur avenir.

    • Bonjour et merci pour votre commentaire.
      Il y a effectivement de nombreuses raisons d’être pessimiste, mais il y en a aussi de nombreuses pour être optimiste!
      Il existe de plus en plus d’initiatives qui cherchent à trouver le bon équilibre entre la production et la nature. Cet équilibre n’est pas immuable, ni connu, ni universel. c’est ce qui rend cette quête si passionnante.
      Une bonne partie des bioagresseurs sont naturellement présents dans les zones de production, les autres ont été importés. Je cherche juste par cet article à donner quelques pistes de réflexion sur la protection des cultures en mettant la lutte chimique en derniers recours pour enfin avoir une agriculture plus efficiente et durable.
      Les difficultés sont nombreuses et ne peuvent être toutes relevées par des personnes isolées. Je prônes donc ici le travail en collectif et le doute et non l’individualisme et les certitudes. Certes peut être un peu idéaliste mais c’est ce qui nous fait avancer la tête haute.
      cordialement

  2. le fait de confondre adventive et adventice en début d’article est un peu insupportable, ce doit toutefois être une erreur de typo, puisque adventice est utilisé ensuite. Globalement un article de synthèse structurant qui n’apporte pas grand chose hormis un vocabulaire. le mooc santé des plantes était du même genre, mais bien plus approffondi. Désolé, mais ça ne me donne pas envie d’être abonné à votre liste de mail.

    • Bonjour (la formule de politesse, “vieille France”, mais tellement savoureux dans l’échange quand échange il y a),

      Merci de votre commentaire concernant l’erreur sémantique, elle est d’importance en l’occurrence et mérite d’être soulignée.
      Merci également de ne pas vous inscrire à notre liste car notre outil de suppression automatique des ronchons est en carafe.
      Enfin, “critique facile, art difficile” (rien à voir avec “science infuse, connerie diffuse” qu’on s’entende) ainsi que votre façon de montrer ô combien vous connaissez le milieu en taclant d’autres professionnels au passage (comparer un MOOC avec un article, entre nous…) me donne réellement envie d’en savoir plus sur vous, vos publications, travaux et surtout… surtout vos articles de ce format (1500 à 3000 mots) sur des plateformes d’accès grand public sans fonds aucuns, ni rémunération d’auteur ou autres subventions quelles qu’elles soient.

      Impatient que je suis de vous lire !

    • Effectivement nous devons parler de plantes adventices et non adventives. Cela fait parti du jeu et il est important de relever les erreurs pour éviter les confusions.
      La chasse aux coquilles est donc ouverte! Un peu en avance sur pâques. 🙂

  3. Article didactique qui relève plus d’une approche d’enseignant que du conseil agricole.
    Un agri qui dans l’année implante 5 à 6 cultures sur une dizaine de parcelles a besoin de dispositions simples.
    Comme vous mettez la lutte chimique à la fin (je suis d’accord avec vous que si l’on pouvait s’en passer cela serait bien), l’élément clé de la protection des cultures de demain ce sont les biotechnologies. Donc la création de variétés tolérantes ou résistantes aux agresseurs. C’est cela la seule stratégie d’évitement efficace. Avec en particulier l’édition de gènes permettant de créer des variétés résistantes sans introduction de gène étranger. Le problème est que certains idéologues,refusent cette technique de sélection en essayant de faire passer ces plantes pour des Ogm. Sans cela l’agroécologie c’est du baratin et la culture biologique ne sera jamais rentable sans de fortes subventions.
    Il n’y a pas d’agriculture sans protection efficace des cultures. Pour qu’elles soient rentables et donc durables, les outils les plus efficaces doivent être simultanément mis en oeuvre par l’agriculteur :
    – variétés résistantes au parasitisme obtenues à l’aide des nouvelles biotechs
    – lutte intégrée alliant attitudes préventives et curatives
    – Utilisation de solutions de protection des plantes (contrôle chimique ou biocontrôle) pourvu qu’ils soient efficaces et qu’ils préservent l’environnement et la santé du consommateur (les Autorisations de mise sur le marché sont faites pour cela).
    Point de salut dans l’agriculture et la protection des cultures sans recours aux innovations positives .

    • Merci d’avoir apprécié l’approche didactique, c’était effectivement mon objectif pour un article plutôt grand public. Celui-ci n’a donc rien à voir avec un conseil agricole qui est par définition contextualisé : type de production, environnement pédo-climatique, objectifs de production et outils à disposition. Un vrai conseil agricole ne peut donc être émis que au cas par cas.
      Je suis assez d’accord avec vous sur les biotechnologies (voir la lutte génétique de l’article) encore faut il choisir des variétés avec des résistances polygéniques et non monogéniques mais le processus d’obtention est plus long et le besoin de changement est devenu impérieux.
      Pour la lutte intégrée nous sommes donc sur la même ligne car c’est l’intégration des différents moyens de lutte qu’ils soient indirects ou directs, physique, biologique ou chimique…
      Et vous avez mis la chimie en dernier!
      Merci pour votre soutien.

  4. Bonjour, merci pour cet article synthétique qui offre une vision claire des enjeux et des pratiques agricoles. C’est très objectif et on évite quelques dérives sectaires qui apparaissent un peu dans certains commentaires.

    Je souhaitais simplement passer un peu plus de temps sur le concept de “seuil de nuisibilité économique”. Qualifié de “pivot du raisonnement” dans l’article, c’est aussi lui le véritable nœud du problème. En effet, l’économie est une invention typiquement humaine qui structure intégralement les échanges locaux et internationaux par l’intermédiaire d’une monnaie. L’argent représente une valeur (matérielle ou pas) mais il n’est pas la chose. Alors que la nature fonctionne sans concept (ni image ni symbole), nous opérons un collage forcé, antinaturel, lorsque nous appliquons notre économie à notre relation (nourricière) avec la nature. Le seuil de nuisibilité économique, lié au rendement, est donc un concept complètement étranger au fonctionnement des êtres vivants, comme tout concept d’ailleurs. Faut-il rappeler que le génie naturel n’a jamais eu besoin de la faculté de penser pour se développer au point complexe que nous observons. Lorsque je cultive, je partage mes cultures avec les autres êtres vivants, à l’instar de la générosité factuelle des espèces les unes envers les autres. Et bien sûr, j’intègre aussi attention et soins “agroécologiques” à ma relation avec “mon jardin”. De plus je favorise la succession qui s’opère en aidant les espèces indigènes et forestières à reconquérir les espaces secondarisés. Comme j’exerce par ailleurs un métier, je perçois une rémunération indépendante de tout ce qui se passe dans le “jardin”, je suis donc parfaitement libre de “perdre” toute récolte, contrairement à un agriculteur, prisonnier de sa relation de dépendance avec le monde économique, dont le pilier unique est le profit, encore un (faux) concept, issu de l’importance démesurée que nous accordons à ce que nous pensons et à nous-mêmes. Tant que nous nous obligerons à calculer des rendements, à n’avoir avec la nature que des relations d’ordre économique et mathématique, nous ne trouverons aucune porte de sortie.

    • Bonjour,
      merci de partager vos réflexions autour de la relation entre la nature et l’économie. Il est vrai que cette relation peut sembler totalement antagoniste, mais nous avons l’obligation de trouver une porte de sortie si non cela se rapproche du suicide collectif. J’ai deux enfants et, au moins, pour eux je me dois d’essayer de trouver des solutions.
      La question de la relation économie et nature est imminemment politique et n’est donc pas directement dans notre champ d’action. Il y a cependant différents courants de pensée telles que l’économie naturelle, l’économie écologique qui cherchent à trouver un système un peu plus juste et durable. Mais je ne suis pas un expert du sujet et cela pourrait faire l’objet d’un article pour celui ou celle qui en a les compétences.
      Pour l’instant, nous sommes obligés de faire avec et il nous faut utiliser des indicateurs les plus simples possibles pour savoir si le jeu en vaut la chandelle. Non pas pour réaliser des profits mais pour limiter des dépenses inutiles afin de sauvegarder les revenus qui sont souvent limités. Le profit se trouve souvent ailleurs…
      Je reviens sur le concept de seuil de nuisibilité économique. Il est surtout là pour déterminer un niveau d’acceptabilité de la perte de récolte. S’il permet à l’agriculteur de ne pas intervenir car les comptages sont inférieurs au seuil, il va économiser du carburant (et limiter l’émission de gaz à effet de serre), du temps (peut être pour faire faire les devoirs à ses enfants), des produits (limiter les pollutions diffuses)… Tout cela ne se chiffre pas, ce sont pourtant des services fournis à l’ensemble de la société.
      Il est donc de mon point de vue indispensable à utiliser. Mais son utilisation reste compliquée car il faut construire des seuils pour chaque bioagresseur, pour chaque culture et aux différents stades de développement de la culture.
      C’est là où interviennent les conseillers, notamment ceux des chambres d’agriculture qui ont, en autres, pour mission de diffuser ces informations. Après, c’est au décideur de l’exploitation de prendre en compte ses conseils et de les adapter au contexte particulier de sa structure agricole.
      Toutefois rien n’empêche d’inventer d’autres solutions concrètes qui permettent de définir l’opportunité d’une intervention.

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