Disparition des dragons : est-ce une fatalité ?

Ce n’est désormais un secret pour personne, les dragons sont en fort déclin partout à travers le globe et quelle que soit leur sous-espèce. Leur conservation excluant, de par leur taille et leur dangerosité, tout programme d’élevage et de réintroduction, pointer et analyser toutes les menaces qui pèsent sur eux n’a jamais été aussi essentiel.

Des Andes en passant par les Alpes, l’Australie ou encore les forêts sibériennes, les constats sont souvent les mêmes quant aux menaces qui pèsent sur eux. Peut-être est-il désormais temps, fort de ces constats partagés, de réfléchir de manière globale à la sauvegarde de toutes les sous-espèces plutôt que de travailler au cas par cas ?

Ce que vous allez apprendre

  • Que le règne des dragons pourrait toucher à sa fin
  • Que ce qui concerne les dragons, concerne bien des espèces
  • Que la transversalité des problèmes de conservations devrait être prise en compte
  • Que l'urgence induit un temps court et donc le besoin d'aller plus vite

Un peu d’Histoire draconique…

Œuvre de 1806 traitant de dragons, plus spécifiquement européens
Œuvre de 1806 traitant de dragons, plus spécifiquement européens Friedrich-Johann-Justin-Bertuch

Les humains ont côtoyé les dragons d’aussi loin que la mémoire collective puisse s’en souvenir. On en trouve des traces abondantes aussi bien dans les hiéroglyphes égyptiens que dans la mythologie mexicaine avec le dragon Urgunda ou, plus connu encore, dans les légendes nordiques où le dragon Midgardsormr n’est autre que l’ennemi juré de Thor.

Bien que le dragon ait inspiré nombre de cultures au point d’être représenté sur les blasons et drapeaux de diverses civilisations (par exemple le drapeau chinois sous la dynastie Qing), les origines de nos échanges avec cet être légendaire demeurent méconnues.

Si on s’en tient au Silmarillion qui est sans nul doute l’ouvrage le plus argumenté et le plus étayé en matière de relation entre humains et dragons, ce serait Morgoth, l’un des quinze Valar, qui les aurait créés. Preuve en est au passage que les dragons domestiqués peuvent donc marroner, mais ceci est une digression fort peu utile.

Smaug parlait anglais et adorait la finance : malgré ces compétences incroyables, il a fortement contribué à l'animosité des humains envers son espèce
Smaug parlait anglais et adorait la finance : malgré ces compétences incroyables, il a fortement contribué à l'animosité des humains envers son espèce David Demaret

Bien moins crédible mais à citer tout de même, le livre de l’Exode, Second livre de Moïse, chapitre VII, verset 10 stipule au sujet de la naissance des dragons : « Ils jetèrent donc chacun leurs verges et elles devinrent des dragons ; mais la verge d’Aaron engloutit leurs verges », Aaron n’étant autre que le frère de Moïse et le premier grand prêtre d’Israël. Peu crédible, donc, car tout le monde le sait, si les dragons développent des mœurs homosexuelles comme bien d’autres animaux, ils ne pratiquent en aucun cas le cannibalisme.

Notons au passage que certains dragons, notamment ceux doués de parole, ont marqué et surpris les sociétés humaines par des comportements rappelant parfois étrangement ceux des humains : avarice, désolation, violences gratuites ou altruisme. Notre Histoire commune est riche d’anecdotes et d’individus devenus des mythes !

Phylogénie des dragons

On passe… Nous ne nous attèlerons pas ici au difficile exercice de classification des dragons, non pas que cela ne nous intéresse pas, mais parce que nous ne nous sentons pas la compétence.

Si un ou une herpétologue de talent passe dans la salle avec l’envie de transmettre ses connaissances en la matière, n’hésitez pas à nous faire part de vos connaissances dans la section commentaires de cet article…

Les dragons ne sont pas une menace, ils sont menacés !

Terres brulées

Les dragons ont des exigences particulières en matière de milieu, vous vous en doutez. S’il est difficile de parler d’endémisme pour des animaux aussi gros et dont les potentiels de dispersion sont potentiellement aussi vastes du fait de leur aptitude au vol (quoi que certains oiseaux battent des records), il faut bien avouer que la majeure partie des dragons sont inféodés à un milieu spécifique.

Deux dragons mâles luttant pour le même territoire : une lutte à mort qui met la survie de l'espèce en danger
Deux dragons mâles luttant pour le même territoire : une lutte à mort qui met la survie de l'espèce en danger Cospective

La disparition de leurs milieux de vie (artificialisation des sols, déboisement, etc.) dans de vastes proportions a un impact fort, voire fatal, pour la plupart des sous-espèces. Les grands « vers verts » des forêt primaires en sont le triste exemple : ils ne contemplent désormais que les visiteurs du Museum d’Histoire Naturelle de Bourges. Même les plus chétifs dragons mangeurs d’aiguilles dans les forêts de l’Oural risquent de ne bientôt être plus qu’un souvenir…

De plus, les dragons sont des animaux principalement solitaires et territoriaux. Ainsi, la réduction de leur habitat naturel entraîne de violentes luttes à mort entre individus mâles, ce qui a des conséquences désastreuses sur la conservation de l’espèce.

Plus grand-chose à se mettre sous la dent

La raréfaction de la nourriture pour les dragons voit de multiples cause la plupart du temps liées aux humains, si ce n’est directement, du moins indirectement.

Quand 70 millions de bisons des grandes plaines nord-américaines tombèrent à un effectif inférieur à 350 000, on peut se douter que les dragons se sont retrouvés face à un problème de fourchette : quoi que personne ne se soit non plus posé la question du sort de ces des milliards d’insectes qui étaient eux aussi dépendants des bisons… ainsi que des oiseaux qui mangeaient ces insectes… etc.

Moissonneuses-batteuses : 1 — dragons : 0

L’agriculture productiviste en lieu et place d’une agriculture extensive et rurale a eu un impact fort sur de nombreuses populations de dragons.

Si le phénomène est récent au regard de la longévité des dragons, il n’en reste pas moins particulièrement violent en un laps de temps extrêmement court pour la Nature. Bien que de nombreux travaux nous montrent désormais à quel point les néonicotinoïdes, herbicides et autres substances actives utilisées à outrance ont un impact délétère à tellement de niveaux que l’on ne s’aperçoit des dégâts qu’une fois la tête dans le mur.

Ainsi, s’il y aurait plusieurs exemples à citer en la matière, celui de l’arrachage systématique des haies agricoles dans tout l’ouest de la Pologne a été fort d’enseignement en matière de répercussions sur les populations de dragons. Ces haies étaient en grande partie composées d’Aubépiniers, eux-mêmes très appréciés des piérides de l’aubépine (Aporia crataegi), elles-mêmes appréciées des étourneaux sansonnet (Sturnus vulgaris) qui faisaient eux-mêmes l’objet de feu cette splendide chasse collective de dragons à l’image de la chasse aux bulles des baleines à bosse.

La chasse aux dragons

La chasse au dragon : une pratique dangeureuse aux conséquences désastreuses
La chasse au dragon : une pratique dangeureuse aux conséquences désastreuses Extremetech

Les exemples d’espèces chassées, voire anéanties, par les êtres humains sont nombreux. Le dragon, par sa dangerosité, son appétit démesuré et parfois même sa ruse et son avarice, a toujours été une grande menace pour notre espèce.

La régulation des dragons suit une logique de préservation des populations humaines, ce qui est tout à fait compréhensible. Mais lorsque cette espèce est menacée d’extinction il s’agit de mettre fin à ce genre de pratique et d’envisager d’autres solutions.

Comme pour les éléphants, il devient de plus en plus clair que la protection des intérêts humains ne peut passer par l’élimination d’autres espèces.

En France et en matière de gestion des superprédateurs, les conséquences des tirs de loups ont déjà été documentées et l’analogie avec la chasse aux dragons, bien que peu documentée, semble relativement fiable.

Pollutions en pagaille

Le volet pollution est très certainement le plus complexe et pourtant, nous avons délibérément choisi dans cet article d’écarter les pollutions agricoles qui font l’objet du paragraphe précédent.

Seules certaines espèces de dragons seraient ainsi très sensibles aux pollutions lumineuses notamment lors de leurs parades nuptiales nocturnes, alors que la plupart d’entre elles sont particulièrement impactées par les PCB.

La pollution sonore est à prendre en considération pour les juvéniles alors que les adultes y sont bien moins sensibles sauf dans le cas où ils auraient été exposés au radon 222.

Les espèces inféodées aux milieux côtiers sont particulièrement touchées par les pollutions plastiques pour des raisons évidentes mais, plus étonnant, c’est aussi celles qui développent le plus de problèmes respiratoires. Les derniers travaux sur le sujet (mis en corrélation avec la disparition des populations Arctiques suite à la reprise de production de fréon par la Chine) laissent à penser que cela est dû aux longues distances parcourues dans les airs et à une sensibilité aux microparticules aériennes.

Et les autres pollutions… toutes les autres pollutions qu’elles soient diffuses ou non, qu’on les ait déjà identifiées ou non.

Finis les repas de famille

Dérive génétique : les dragons les plus récents adoptent des comportements improbables
Dérive génétique : les dragons les plus récents adoptent des comportements improbables Snuffy Desifur

L’interconnexion de différents noyaux de populations est essentielle à la survie de toute espèce ayant des effectifs réduits. La fragmentation des populations conduit au phénomène de dérive génétique, qui est particulièrement néfaste pour l’espèce dans sa globalité car un appauvrissement génétique équivaut à vider la boîte à outils d’une espèce lui permettant de résister aux changements (climats, milieux, etc.).

Toutes les espèces ne réagissent pas de la même manière ni dans les mêmes laps de temps à cette dérive. Néanmoins, nous savons désormais que, en ce qui concerne les dragons, les conséquences sont catastrophiques. Les humains ne sont pas épargnés non plus, loin s’en faut. Car oui, c’est très exactement ce phénomène qui aura amené les dragons australiens à des comportements tout bonnement aberrants, provoquant des grands feux tels que l’Australie n’en avait encore jamais connu. Ce que l’État australien, membre d’un Commonwealth qui est sur la même ligne, a gagné pendant un temps dans sa gestion des dragons, il l’a perdu au centuple en six mois seulement.

Ils se font marcher sur les ailes

Aussi sûrement que pour l’Aigle de Bonelli ou que les Desman des Pyrénées, les dragons sont sujets aux dérangements du fait des activités humaines.

Alors que ses contemporains chassaient inlassablement les dragons, Harold a permis de les domestiquer pour alimenter les feux de forge Vikings
Alors que ses contemporains chassaient inlassablement les dragons, Harold a permis de les domestiquer pour alimenter les feux de forge Vikings

Que ce soient de simples randonneurs en train de chanter à tue-tête pour se donner du cœur parce qu’ils ont oubliés leur carte IGN et que la nuit tombe, ou que ce soit des promeneurs qui ne tiennent par leur chien en laisse malgré la législation et sous prétexte que leur ami canin a besoin de se défouler, c’est la faune sauvage qui trinque.

Le bruit et autres marquages olfactifs sont des sources de dérangements parfois fatals aux dragons qui, surtout durant la mauvaise saison ou lors de la reproduction, ont besoin de toute leur focalisation et de toute leur énergie pour survivre ou élever leurs petits.

La cohabitation entre humains et faune sauvage est parfois compliquée, surtout en ce qui concerne les grands prédateurs, comme l’ours, le lynx et le loup. Ne pouvons-nous pas réinventer notre rapport aux dragons ?

Qui l’eut cru : ils craignent une hausse des températures

Quand, en 2010, 10 ans après avoir été ministre de l’Éducation nationale et de la Recherche, Claude Allègre, médaille d’or du CNRS, publie un livre sur « l’imposture climatique » (le réchauffement climatique serait un gigantesque complot orchestré par les écologistes), il est légitime de se dire qu’il y a peu, nous partions de loin.

Avons-nous une meilleure idée de l’influence du réchauffement climatique sur les dragons que sur les anthocoris ? Que sur les pythons sebae ? Que sur les grives de Sibérie ?

Partant de zéro sur le sujet et les dragons étant phylogéniquement proches des tortues, il y a fort à parier que le changement de température puisse influencer sur le sexe-ratio de l’espèce ainsi que sur leur métabolisme.

Et le reste…

La Nature étant par définition complexe, il faut faire preuve d’humilité autant que de vigilance quant à tout ce qui pourrait influencer la dynamique des populations de dragons.

Le rôle des pathologies en tous genres, et notamment des pathologies importées, est par exemple encore peu connu.

Les collisions aériennes, si elles sont une catastrophe humaine sans commune mesure, sont aussi lourdes de conséquences pour les dragons juvéniles qui sont les premiers concernés du fait de leur manque d’expérience.

Rappelons que l’investissement biologique dans la reproduction est colossal pour les dragons qui voient les mâles devoir attendre 60 ans avant d’arriver à maturité sexuelle (contre 30 ans environ pour les éléphants mâles par exemple) et les femelles n’avoir qu’un petit tous les 17 ans (ce qui est une belle prouesse au regard, par exemple, d’une pieuvre qui a couvé sa portée durant 4 ans et demi).

Tout ceci sans parler du braconnage et d’une législation internationale de protection qui reste chaotique autant dans les textes que dans son efficience sur le terrain…

Un constat partagé, une protection de la faune sauvage à réinventer ?

Où se cachent les dragons ?
Où se cachent les dragons ? Philippe Garcelon

Un colloque sur la réintroduction d’espèces en danger de conservation ici, une assise de la biodiversité là, un congrès international de la Nature là-bas, une conférence de la World Association of Zoos and Aquariums quelque part, un workshop de la SFEPM près de chez vous…

Une société civile qui se mobilise de personnes morales à des personnes physiques (là où c’est définitivement le rôle des États de prendre les choses en main au regard des enjeux), des centres de ressources qui se multiplient comme en France sur les EEE, la TVB, le génie écologique, les Natura2000, les zones humides ou les Terres et mers ultramarine

Mais quasi systématiquement le même constat de départ : un manque cruel de connaissances de l’espèce considérée, de ses différentes interactions écosystémiques, de son éthologie et de sa biologie. Et quasi systématiquement les mêmes menaces qui planent sur elles tout comme celles qui planent sur les dragons.

Du moment où une personne ou une structure lève le doigt pour dire qu’il y a un souci au moment où un programme étayé est dédié à l’espèce en difficulté, il se passe généralement 10 ans dans le meilleur des cas et si suffisamment de monde hausse le ton, deux fois plus en général et des fois rien du tout.

Dans un contexte d’urgence décrété et de discours dithyrambiques sur la sauvegarde de la faune sauvage, n’est-il pas temps d’arrêter de réinventer la poudre pour chaque espèce en danger ? Ne faudrait-il pas partir du postulat que les causes sont grosso modo toujours les mêmes et mettre en branle d’emblée tout un canevas de règles et de méthodes normalisées de protection des espèces concernées pour travailler ensuite à les affiner ? Sommes-nous encore si peu sûr de la véracité de l’érosion de la biodiversité pour justifier point par point et durant des années de la sauvegarde de chaque espèce prise à part alors que les moyens financiers et humains manquent et pourraient être mutualisés ?

Ne serait-ce pas, d’ailleurs, un angle de réflexion concret d’une protection généralisée et efficace de la faune sauvage ?

Pour conclure

Quand un couple de rats arrive sur une île coupée du monde depuis des millions d’années, ce n’est pas que la « biodiversité » qui y perd, c’est toute l’humanité. Dans un univers désespérément vide de formes de vie, chaque être vivant est infiniment proche de nous et ce que porte chacune des espèces présentes sur Terre (histoire évolutive, capacités adaptatives, capital génétique, etc.) a une valeur qu’aucun économiste, aussi atterré soit-il, ne peut décemment jauger.

Préserver la biodiversité a ceci d’étrange que, si la démarche est forte d’une longue histoire, elle ne possède une dimension grand public que depuis très récemment. Or les enjeux sont devenus si colossaux que, même d’un point de vue bassement anthropocentré, la tâche nécessite une mobilisation de l’humanité toute entière.

Les solutions existent, ce sont les décisions qui manquent. Sauvons les dragons !

Portrait de l'auteur

N'hésitez pas à nous faire savoir si nous avions raté une des menaces planant sur les dragons…

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Portrait de l'auteur

Julien Hoffmann

Rédacteur en chef — DEFI-Écologique

Fasciné depuis 20 ans par la faune sauvage d'ici ou d'ailleurs et ayant fait son métier de la sauvegarde de celle-ci jusqu'à créer DEFI-Écologique, il a également travaillé à des programmes de réintroduction et à la valorisation de la biodiversité en milieu agricole.

Il a fondé DEFI-Écologique avec la conviction qu'il faut faire de la protection de l'environnement un secteur économique pour pouvoir réellement peser sur les politiques publiques.

 Julien est membre de DEFI-Écologique.

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4 réponses à “Disparition des dragons : est-ce une fatalité ?”

  1. Bravo pour cet article qui montre combien la nature doit être protégée et en particuliers certains de ses représentants victimes des préjugés et de peurs ancestrales. J’aimerais rencontrer une sorcière pour partager ma vie ; alors, à deux, je reviens vers votre équipe pour voir comment apporter notre contribution, en particulier en adoptant un couple de dragon en manque d’amour. Car, c’est bien là, la principale chose dont ils ont besoin.
    En connivence
    Gérard

  2. Quelle édifiante dragonnade !! lue avec un demi-sourire, parce qu’il est vrai qu’on ne les admire plus en vol, comme d’autres disparus, sur terre comme au ciel, et quid des sirènes ?
    Chantal

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