Le fascinant rat des moissons (Micromys minutus) : le plus petit rongeur d’Europe !

Le Rat des moissons (Micromys minutus) n’est guère plus connu que le campagnol amphibie et bien d’autres rongeurs en France. Il est pourtant présent sur tout le territoire métropolitain (à l’exclusion de seulement quatre départements) et, plus largement, dans toute l’Eurasie.

Mais si l’espèce est largement répartie sur le territoire cela ne veut pas pour autant dire qu’elle n’est pas sous pression, notamment du fait de la disparition de son habitat. Ainsi, dans son rapport de 2017, la SFEPM estime que la conservation de l’espèce est « Défavorable inadéquat », ce que personne n’a démenti depuis et qui est également confirmé par des travaux en la matière sur les territoires suisse et britannique.

Indicateur de la vitalité des zones humides, le rat des moissons est encore peu connu, ce qui ne laisse de piquer la curiosité des naturalistes et autres amoureux de nature.

Ce que vous allez apprendre

  • Que la classification des espèces est une science en constante évolution
  • Qui est le Rat des moissons
  • Où il est possible de l’observer en France comme dans le monde
  • Quelles sont les menaces qui pèsent sur le Rat des moissons

Aux origines de ce « rat » des moissons

Voila un bel acrobat que le Rat des moissons
Voila un bel acrobat que le Rat des moissons Sue Cro

Comme de bien souvent encore, c’est d’ailleurs ce qui est magique dans la phylogénie (Étude de la classification), les choses s’éclaircissent seulement depuis peu concernant le genre Micromys et ce grâce aux analyses génétiques. En effet les « Micromys » doivent désormais se départir des trois genres qui les constituaient jusque-là.

Micromys minutus nous vient du Miocène supérieur (de 11,6 à 5,3 millions d’années) et trouve ses origines en Chine d’où il a dispersé dans toute l’Eurasie jusqu’à poser patte en Angleterre. On doit la description de ce petit rongeur, en 1771, à Peter Simon Pallas, un zoologiste allemand missionné avec ses pairs par l’Impératrice de Russie Catherine II pour souligner la richesse de son empire. La démarche devrait inspirer nos contemporains : tout le monde y gagnerait.

C’est à partir de là que les choses se sont quelque peu emberlificotées pour ce qui est du Rat des moissons car il était difficile de croire que le plus petit rongeur d’Europe puisse se trouver de l’Angleterre à la Chine. Ses variabilités morphologiques n’ont pas aidé les naturalistes de tous poils à s’en sortir et plus d’une vingtaine de noms différents lui ont été donné.

Peu étudié, notamment en France, Micromys minutus fait encore l’objet de bien des découvertes mais pas uniquement sur sa classification, sur son éthologie ou la dynamique de ses populations. Ces travaux sont et seront essentiels à la compréhension et à la sauvegarde d’une espèce qui subit de plus en plus de pressions anthropiques. Si son statut est actuellement en « Préoccupation mineure », les choses arrivent vite et il serait temps de sortir du dogme de l’urgence pour passer à une politique de prévoyance.

Éthologie du Rat des moissons

Particularités

Une queue semie-préhensile fort utile
Une queue semie-préhensile fort utile Mike Richardson and Sarah Winch

Du haut de ses six à huit grammes seulement, le Rat des moissons est le plus petit rongeur d’Europe et possède une queue de pratiquement la même longueur qui a la particularité d’être en partie préhensile. Cette capacité lui est très utile dans ses déplacements de tiges en tiges pour sa recherche alimentaire et de sites de nidification.

Mais, non content d’avoir une telle queue, le Rat des moissons possède également des phalanges qui ont une capacité de « blocage » qui lui permettent de dépenser bien moins d’énergie quand il évolue dans un milieu à tiges fines. Cette particularité morphologique explique certainement pourquoi il est peu présent dans les milieux où, comme les roselières matures, les tiges sont trop épaisses.

Les femelles possèdent huit mamelles, même si elles n’ont des portées de cinq spécimens en moyenne, la période de reproduction débutant en mai, quand la végétation commence à être suffisamment dense.

Alimentation

Notre Micromys minutus est définitivement omnivore mais nous en savons encore peu sur son régime alimentaire dans la nature.

Petits fruits en tous genres que l’on peut en l’occurrence trouver dans les haies champêtres, nombreuses graines comme le millet, l’avoine ou le blé, mais aussi mûres constituent son couvert végétal.

D’un autre côté, chenilles, mouches, criquets et autres insectes de petite taille ont aussi sa faveur même s’il met de côté les parties chitineuses qu’il n’arrive pas à digérer correctement.

Quotidiennement, le Rat des moissons consommerait environ 30% de son poids pour maintenir son métabolisme. Il est également à noter que, les femelles allaitantes ont la capacité de régurgiter de la nourriture au profit de leurs petits !

Habitat

Un des habitats typiques du Rat des moissons notamment pour sa nidification
Un des habitats typiques du Rat des moissons notamment pour sa nidification AlexisMartin mb

Globalement, le Rat des moissons apprécie les hautes herbes et a la capacité de coloniser des milieux aux surfaces réduites, même de manière temporaire.

Il est ainsi bien présent dans les zones humides telles que les marais, les jonçaies, de nombreux types de berges ou encore les abords des étangs. D’un autre côté, en milieux plus secs, haies, ronciers, prairies de fauches et abords de champs ont alors sa faveur.

Autre force adaptative de l’espèce en matière d’habitat, le Rat des moissons est aussi capable d’utiliser des habitats réduits anthropisés tels que les abords de chemin de fer ou les mares temporaires et à même été observé dans des grandes villes telles que Bristol et Varsovie.

Nids

Ouvrage assez incroyable que le nid de Rat des moissons
Ouvrage assez incroyable que le nid de Rat des moissons AlexisMartin mb

Mâles comme femelles sont capables de fabriquer des nids qui n’ont pas tous la même destination avec à la fois des nids de repos, des nids d’élevage et des nids pour passer l’hiver.

Construction certainement la plus complexe en matière de nid chez les rongeurs, le Rat des moissons utilise plusieurs tiges dures qu’il mord dans la longueur pour les rendre souples. À partir de là il va sélectionner plusieurs feuilles et les mordre aussi dans la longueur pour en faire ressortir les nervures qui lui serviront de base de fabrication à son nid en les entrelaçant aux tiges.

Hauteur et dimensions varient en fonction des milieux, mais il semblerait que le Rat des moissons réalise plusieurs ouvrages en même temps avant de sélectionner celui qui lui semble le plus adéquat. Un nid de bonne qualité ne s’improvise pas ! C’est d’ailleurs pourquoi les premiers nids réalisés par un spécimen sont souvent abandonnés avant leur finalisation…

Fines feuilles et lanières de feuilles seront ensuite disposées à l’intérieur du nid en trois couches différentes sans qu’il n’y ait pour autant une entrée particulière du fait de l’élasticité de l’ouvrage.

Ces nids ont enfin un pouvoir isolant supérieur à la ouate de cellulose, la laine de chanvre ou la fibre de bois !

Tour d'horizon du Rat des moissons

Simple et efficace, de belles images In situ du Rat des moissons

Distribution et dynamique de populations

Les populations de Rats des moissons étant encore peu étudiées et surtout très peu suivies (heureusement que la SFEPM est là) on peut actuellement déduire, par la mise en parallèle des dernières données collectées en France (2013 à 2017) avec toutes celles collectées précédemment, que la dynamique de populations des Rats des moissons n’est pas au beau fixe.

Cette tendance peut en l’occurrence être confirmée par des travaux sur le territoire britannique qui estiment la chute des effectifs de 71% au moins sur les dix-neuf dernières années.

La répartition du Rat des moissons sur le territoire français reste à affiner dans la mesure où la collecte de données de terrain n’a pu être homogénéisée, car les efforts de prospections n’ont pas été les mêmes d’un endroit à un autre. Il est également à noter que la méthode CMR (Capture Marquage Recapture) est la plus efficace pour définir la dynamique de populations en ayant des pièges à la fois au sol et en hauteur, mais que la chose n’a pas encore pu être réalisée car les moyens nécessaires nécessiteraient un intérêt des pouvoirs publics pour l’espèce.

Répartition du Rat des moissons de 1985 à 2017 en France
Répartition du Rat des moissons de 1985 à 2017 en France Nathalie Berthe, Guillaume Viallard et Fabrice Darinot

On peut cependant affirmer sans trop d’erreur qu’il est abondant en Alsace et tout le Grand Est élargi, dans les Pays-de-la-Loire et en Normandie dans le quart nord-ouest du pays et en particulier en Poitou-Limousin.

Il est peu présent voir absent des zones montagneuses dans les Alpes et les Pyrénées et des différents massifs comme celui des Vosges. En règle générale, 90% des données collectées le sont à des altitudes inférieurs à 400 mètres, altitude au-delà de laquelle le nombre de spécimens observés chute rapidement.

Au niveau mondial le Rat des moissons est assez largement réparti comme l’exprime bien la carte ci-dessous.

Répartition mondiale du Rat des moissons
Répartition mondiale du Rat des moissons Carlosblh

Cette large répartition de l’espèce lui voit attribuer le statut de « Préoccupation mineur » à l’UICN ce qui est, comme pour toutes espèces, à prendre avec des pincettes car, localement, l’espèce peut faire face à de graves menaces. C’est par exemple le cas au Japon où elle est considérée comme menacée dans de nombreuses régions. Au même titre, de nombreux pays d’Europe ont pu constater des chutes importantes d’effectifs même si cela peut aussi être dû à des fluctuations annuelles naturelles.

Menaces pour le Rat des moissons

Les activités humaines impactent l’intégralité, ou peu s’en faut, de la biodiversité. Inutile de continuer à lancer des chiffres à tort et à travers sur le sujet et précisons le propos concernant le Rat des moissons.

Menaces urbaines

Les zones périurbaines ne cessent toujours pas de croître et de nombreuses zones commerciales ou industrielles se sont étendues et s’étendent encore au détriment de l’espèce. Le développement des réseaux routiers, autoroutiers et autres lignes à grandes vitesses a également un impact direct sur les habitats de l’espèce.

Cela peut se traduire par la disparition locale d’une population de Rats des moissons mais aussi par la fragmentation de ses populations.

Menaces agricoles

La tête en bas ne dérange pas ce grimpeur invétéré
La tête en bas ne dérange pas ce grimpeur invétéré naturalengland

Les milieux agricoles ont particulièrement évolué depuis les années 50 notamment du fait de la disparition massive des haies qui « envahissaient » nos paysages. Autant de lieux pour se cacher, se nourrir ou faire son nid qui ont disparu.

La transformation de zones humides, particulièrement appréciées par le Rat des moissons, en zones de cultures par diverses techniques de drainage ont également fortement limiter les habitats favorables à l’espèce… et bien d’autres.

La proximité de parcelles agricoles voit également augmenter la disponibilité en azote dans les sols ce qui modifie le cortège floristique en favorisant certaines plantes qui sont défavorables à l’espèce, comme par exemple le solidage (Solidago gigantea).

La prise en considération de l’intérêt environnemental des zones incultes tels que les talus, ourlets et autres fossés tardant à être effective, leurs fauches ou la pulvérisation de produits phytosanitaires se fait encore largement sans réflexion quant à la présence d’animaux tels que le Rat des moissons.

Enfin, les pratiques agricoles ayant donc évolué, la disparition des tas de foin et l’emballage plastiques des meules de paille qui permettaient des zones de nidification temporaire ont également un impact négatif.

Menaces de fragmentation des milieux

Quelles que soient les raisons de la disparition des milieux favorables à l’espèce, le résultat en est souvent la détérioration de leur connectivité. Les échanges de populations entre différents milieux sont essentiels à toutes les espèces pour garantir une grande diversité génétique qui leur apporte une réelle capacité adaptative et donc de survie.

Dans le cas d’un rongeur comme le Rat des moissons, la chose est cependant d’autant plus vraie que sa durée de vie n’est que de six mois à un an et que la durée d’une génération est égale à trois mois.

Nous ne pouvons nous permettre l’erreur de croire, comme la chose est souvent faite en France en matière de conservation des rongeurs, que nous pouvons prendre le temps humain de la protection de cette espèce. Quand une seule génération humaine s’écoule, ce sont 100 générations de Rats des moissons qui sont passées.

Place dans les écosystèmes

Les Pies grièches grises mettent aussi le Rat des moissons à leur menu
Les Pies grièches grises mettent aussi le Rat des moissons à leur menu Radovan Václav

Si son régime alimentaire omnivore pose la question de son rôle en tant que régulateur de certaines populations d’insectes, le Rat des moissons nourrit surtout un grand panel d’animaux.

Sa capacité reproductive, le fait qu’il soit à la fois nocturne et diurne, mais aussi qu’il ait colonisé un grand nombre de milieu comme on a pu le voir, font qu’il est au menu bien des carnivores et rapaces sans pur autant avoir de prédateur exclusif.

Chouette effraie, hibou moyen-duc et chouette hulotte sont les premiers rapaces à table quand on parle de Rats des moissons alors que du côté des carnivores les pattes bien au sol se seront les putois, le chat forestier, le renard, la martre, la fouine et le chat domestique qui répondent à l’appel. Du côté herpétologie on n’est pas en reste car, même s’il n’est pas encore confirmé que le crapaud commun soit intéressé, la couleuvre à collier, la couleuvre verte et jaune et la vipère péliade, elles, le sont !

De par ailleurs, si le Rat des moissons est potentiellement en compétition avec le muscardin du fait de leur mode de vie et de l’utilisation de l’espace où ils évoluent tous deux, il n’y a guère d’autres espèces en concurrences alimentaire ou de territoire.

Pour conclure

Certainement encore méconnu car les feux de la rampe ne mettent pas en lumière les espèces qui ne sont pas encore en danger (ou plus simplement parce qu’un minuscule micromammifère n’intéresse que peu à l’ère du Panda et du Tigre du Bengal), le Rat des moissons mérite cependant tout notre intérêt.

Les zones humides périclitent partout à travers le monde aussi sûrement qu’en France. Or, notre petit Rat des moissons en est, à sa façon, emblématique… de la Bretagne jusqu’au Japon ! Un peu de considération ne serait pas volée !

Portrait de l'auteur

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Julien Hoffmann

Rédacteur en chef — DEFI-Écologique

Fasciné depuis 20 ans par la faune sauvage d'ici ou d'ailleurs et ayant fait son métier de la sauvegarde de celle-ci jusqu'à créer DEFI-Écologique, il a également travaillé à des programmes de réintroduction et à la valorisation de la biodiversité en milieu agricole.

Il a fondé DEFI-Écologique avec la conviction qu'il faut faire de la protection de l'environnement un secteur économique pour pouvoir réellement peser sur les politiques publiques.

 Julien est membre de DEFI-Écologique.

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Dallazuanna

Très peu de donnée en Haute- Savoie ,tellement minuscule et avec la pression agricole et l’urbanisation galopante son avenir est sombre..

marguerite

Plusieurs individus présentés vivants en terrarium dans l’entrée du Museum d’Histoire Naturelle de Neuchatel – Suisse 🙂