Comment faire de l’éducation à l’environnement dans un zoo ?

Pour faire face à une crise inédite en matière d’extinction des espèces animales et d’épuisement des ressources planétaires, tous les moyens sont utiles pour sensibiliser les consciences et concentrer tous les efforts sur ce qui peut être encore épargné.

La sensibilisation des publics est l’une des missions des parcs zoologiques modernes. Elle a comme objectif d’éveiller l’intérêt, l’empathie et l’envie d’agir pour l’environnement et les êtres vivants.

L’éducation au respect du vivant peut se faire uniquement si l’on sait ce que vivant veut dire et uniquement à travers de ce qui nous rend tous vivants : les perceptions sensorielles et émotionnelles.

Par la relative proximité d’animaux ambassadeurs des espèces sauvages en voie de disparition, les zoopédagogues sont les médiateurs idéaux pour encourager la découverte et l’acceptation de la diversité en replaçant l’homme à sa juste place dans le monde animal.

Ce que vous allez apprendre

  • Quelles sont les missions d’un zoo moderne
  • Qu’est-ce que la zoopédagogie
  • Comment un zoo peut-il éduquer à l’environnement
  • Comment développe-t-on la notion de respect du vivant

Les zoos en évolution

Un objectif : préserver pour l’avenir

Plus qu’une simple séance de sciences, l’observation au zoo peut être une vraie leçon de respect du vivant.
Plus qu’une simple séance de sciences, l’observation au zoo peut être une vraie leçon de respect du vivant. Zoo de Mulhouse

L’existence des zoos au XXIe siècle, à une époque où l’on voit la biodiversité diminuer drastiquement sur la planète, suscite des questionnements quant à leur légitimité. Dans l’imaginaire collectif, le zoo continue à être un endroit où l’on enferme les animaux pour les regarder et s’en divertir.

Mais la fonction des zoos a beaucoup changé depuis les années 80, justement au moment où le nom biodiversité fait son apparition pour la première fois à l’occasion du National Forum on BioDiversity en 1986. Ce terme s’est généralisé à partir de la conférence de 1992 de Rio alertant sur la disparition des espèces vivantes.

Depuis, grâce à des scientifiques engagés, les zoos se sont dotés d’une règlementation stricte en matière de maintien des espèces et ont surtout redéfini les objectifs de leur travail et leurs engagements qui sont aujourd’hui une obligation légale

Quatre missions pour y parvenir

  • Conservation

    Gestion d’élevages ex situ (EEP) par tous les zoos inscrits au sein de l’EAZA (Association Européenne des Zoos et Aquariums) avec des échanges réguliers pour le maintien de la variabilité génétique.

    Multiplication des programmes de préservation des espèces sauvages in situ pour soutenir associations et ONG qui œuvrent sur le terrain pour protéger les espèces en danger.

  • Sensibilisation

    Réalisation d’une signalétique d’information, offre de visites guidées, d’ateliers pédagogiques et organisation de campagnes d’information thématiques.

  • Recherche

    Améliorer le bien-être animal et les programmes d’élevage par la recherche comportementale et vétérinaire.

  • Récréation

    Offrir aux visiteurs un lieu de détente, de ressourcement, de découverte y compris, pour certains, du patrimoine historique local.

    Par exemple, le zoo de Besançon est installé dans la citadelle Vauban construite dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Le zoo de Mulhouse possède aussi des vestiges historiques, comme l’ancienne bourg aux ours bruns

La mission éducative

La Garrulaxe courtois fait parti d'un programme internaitonal de conservation. Pourquoi ? Comment ? A quels fins ?
La Garrulaxe courtois fait parti d'un programme internaitonal de conservation. Pourquoi ? Comment ? A quels fins ? angela n.

La perte en biodiversité, avérée et très médiatisée de nos jours, est encore un concept difficile à appréhender et, a fortiori, à mettre dans le quotidien du citoyen du XXIe siècle.

Le changement de comportement demande un accompagnement pédagogique qui peut prendre plusieurs formes en fonction des publics, des leurs motivations et surtout de leurs intelligences émotionnelles.

Animer, informer, sensibiliser

Les méthodes pédagogiques varient pour s’adapter aux différentes sensibilités. Si tous les zoos fournissent des informations sur les espèces qu’ils hébergent, leur statut à l’état sauvage, leur biologie, etc., de plus en plus de zoos sensibilisent le visiteur aux menaces qui pèsent sur ces espèces en indiquant quels comportements de bon sens il est opportun d’adopter pour enrayer leur disparition.

Clairement, il s’agit de sensibiliser le visiteur en agissant sur son empathie sans pour autant être culpabilisant. La méthode doit permettre à ce dernier de s’interroger sur les solutions à apporter sans qu’il se sente obligé de réparer une faute qu’il ne considère pas avoir commise directement.

Entrainement médicaux

Travail avec un ours afin de faciliter son acceptation des interventions médicales

Dans un zoo on peut animer une scène de vie animale en proposant aux visiteurs d’assister à un repas ou à un entraînement médical. On fournit une information sur l’espèce en question, son statut à l’état sauvage, sa biologie, etc.

En matière d’éducation aussi, les parcs zoologiques ont défini une charte commune à l’échelle européenne (Standards d’éducation à la conservation de l’EAZA) et tous, à des moments différents de leur histoire, ont mis en place une stratégie confiée aux services pédagogiques désormais bien présents dans les zoos.

La pédagogie de projet

Eduquer, ça prend du temps !

Pour réussir l’ambitieux programme d’éducation, une visite, même guidée, ne suffit pas pour changer les comportements. L’éducation est un processus qui s’inscrit dans la durée. Il s’agit d’instiller, goutte à goutte, un savoir-être au sein d’un monde qui compte d’autres êtres vivants. La reconnaissance du vivant est donc le premier pas de cette prise de conscience qui mène au respect de l’autre.

C’est le cœur de la pédagogie développée au Parc zoologique et botanique de Mulhouse depuis près de 25 ans, sur les traces d’une volonté qui était déjà à l’origine de ce parc : éduquer les populations tisserandes et minières du bassin ouvrier afin qu’elles s’y ressourcent et qu’elles s’ouvrent au monde et à sa diversité. Le Petit parc du peuple, ainsi nommé, avait déjà cette vocation première.

Dès le plus jeune âge !

L’approche cognitive en matière d’éducation au respect du vivant s’appuie sur plusieurs entrées qui constituent ce que l’on nomme aujourd’hui les intelligences multiples (Gardner, 1983).
L’approche cognitive en matière d’éducation au respect du vivant s’appuie sur plusieurs entrées qui constituent ce que l’on nomme aujourd’hui les intelligences multiples (Gardner, 1983). Corinne Di Trani Zimmermann

Convaincu que le plus tôt est le mieux, c’est auprès des jeunes publics que le zoo de Mulhouse s’est spécialisé en formant et en informant le corps enseignant de la nécessité de développer des projets longs, sur et dans la nature en profitant d’un lieu d’exception au cœur de la ville.

Au fil des ans, l’approfondissement des relations homme-animal, socle de la zooanthropologie, a tracé la méthode que l’on nomme aujourd’hui zoopédagogie.

Cette discipline, déjà connue dans le domaine des thérapies par l’animal, se décline au fil du développement cognitif de l’enfant, en profitant de toutes les capacités perceptives et analytiques qui caractérisent l’humain.

Savoir ce qui est vivant pour vivre avec les autres

Le vivant

Toucher des poils pour mieux comprendre
Toucher des poils pour mieux comprendre Zoo de Mulhouse

Pour respecter le vivant, il faut d’abord savoir faire la différence entre un être animé (ou qui l’a été) et un objet qui ne l’est pas. Si cet exercice semblait évident par le passé, il ne l’est plus toujours à l’ère des robots ni à celle de notre quotidien connecté aux prétendues « intelligences amies » (les intelligences artificielles au service de l’individu, ainsi appelées par Alain Damasio dans son roman).

Ce constat est né il y a une vingtaine d’années lorsque des petits animaux de compagnie virtuels japonais, qui tiennent dans une montre qui ressemble à un œuf (œuf en japonais se dit Tamago), ont semé la confusion dans la tête des enfants. Après tout, un animal que l’on peut nourrir, qui grandit, se reproduit et meurt, n’est-il pas vivant ? S’il meurt, on est triste, mais qu’à cela ne tienne, on le remplace…

Aujourd’hui, ce petit compagnon n’est plus tout seul à perméabiliser la frontière vivant-virtuel : les objets s’animent sur nos smartphones et nos tablettes tandis que de plus en plus d’animaux sauvages s’éteignent dans une indifférence inquiétante. Peut-être, a-t-on fini par croire qu’on peut aussi les remplacer… avec leurs avatars numériques !

Le virtuel

Toucher des carapaces pour mieux apprendre
Toucher des carapaces pour mieux apprendre Zoo de Mulhouse

Le virtuel a priorisé nos sens en favorisant la vue et l’ouïe et en amputant les autres. Le sens le plus ancestral qu’est le toucher est mis à mal alors qu’on découvre à peine sa fonction sociale. Le toucher social est, peut-être plus que les autres sens, à la base des comportements affiliatifs, il permet l’établissement et le maintien des liens sociaux.

Ses différentes manifestations comme le toucher bref, long ou dynamique sont autant de composantes de la communication et d’un point de vue physiologique, le toucher a des effets sur l’anxiété, il est analgésique, source de plaisir et euphorisant (« The skin as a social organ »).

S’ouvrir à la différence pour respecter l’autre et l’environnement

Unité et diversité : la trame et les fils

L’unité et la diversité sont les deux facettes de la vie. Elles composent le tissu du vivant à partir de fils différents qui s’enchevêtrent dans une trame commune et qui en assurent la résistance.

Charles Darwin appelait « variabilité » ces différences indispensables qui garantissent la survie de l’espèce dans un environnement sans cesse changeant. Supprimez les différences et la sélection naturelle se chargera de la disparition de l’espèce. On coupe des fils… on détruit l’unité.

L’enfant perçoit naturellement la différence. Il ne la méprise jamais, il la constate. S’il se moque parfois, c’est par mimétisme et parce que, dans le meilleur des cas et en toute bonne foi, nous autres adultes avons voulu gommer les différences par pur désir de nous sentir unis (il reste encore une bonne partie de l’humanité pour qui il ne semble pas imaginable de gommer les différences…). Nous avons, malgré nous, opposé l’unité à la diversité.

Dans le processus d’acceptation de la différence, l’animal a un rôle important à jouer parce qu’il fait office de miroir. C’est encore plus vrai quand l’animal est morphologiquement proche de l’humain.

Par exemple, dans la trame du vivant, les fils du singe et de l’homme se confondent et le rapprochement est plus facile à faire. Mais bien d’autres caractéristiques nous relient aux êtres plus éloignés du tissu vivant : on peut retisser le lien qui nous unit à un poisson ou à un crocodile, si cela est fait selon une méthode pédagogique sensorielle qui se fonde sur l’apprivoisement progressif.

L’acceptation de l’altérité transposée au monde animal, (Composition de dessins d’enfants de la classe maternelle L. Pergaud de Mulhouse, 1996)
L’acceptation de l’altérité transposée au monde animal, (Composition de dessins d’enfants de la classe maternelle L. Pergaud de Mulhouse, 1996) Zoo de Mulhouse

Animalité, altérité et empathie

Le plus difficile dans l’éducation au respect du vivant, c’est de reconnaître que nous sommes des animaux comme les autres. Ceci passe par l’observation des caractéristiques morphologiques et de la corporalité partagées comme manger, boire, dormir, déféquer, uriner, être heureux, en colère, triste, souffrir, guérir, mourir, etc.

Les occasions ne manquent pas de voir, toucher, écouter, sentir, ressentir, goûter ou mimer le vivant dans un zoo. Tous nos sens en éveil nous informent de cette proximité avec l’animal, d’une histoire commune passée et à venir.

Partager c’est accepter de donner une part à l’autre, c’est aussi accepter de prendre une part de ses émotions, c’est de l’empathie. Altérité et empathie sont les fondements du respect de notre environnement et de celui des autres.

Point de vue personnel : on ne peut pas connaître le monde sans se connaître soi-même. Mais on peut se connaître soi-même en regardant les autres. Une fois intégré le concept que l’Homme est un animal comme les autres, bien qu’avec des similitudes et des différences, on ne peut qu’être conscient de l’importance de sauvegarder cette naturalité dont nous sommes tous faits. À ce sujet, le zoo de Mulhouse a publié une vidéo nommée « Perception et communication au Zoo ».

Mimer les émotions de l’homme et des autres animaux est un moyen de prendre conscience des différences et des similitudes qui caractérisent le vivant. (Atelier réalisé dans le cadre du projet Communiquer !  - classe de CP de l’école Daudet d’Illzach, 2017)
Mimer les émotions de l’homme et des autres animaux est un moyen de prendre conscience des différences et des similitudes qui caractérisent le vivant. (Atelier réalisé dans le cadre du projet Communiquer ! - classe de CP de l’école Daudet d’Illzach, 2017) Zoo de Mulhouse

Le zoo : un pont vers la Nature, mais pas que…

L’intérêt d’une faune « cloisonnée »

Si le fait de voir des animaux en enclos peut encore heurter un certain nombre de sensibilités, on ne peut pas nier que la proximité d’un animal dans un zoo rend possible tout ce que l’on vient de dire, à savoir la création d’un lien fort entre l’enfant (ou le visiteur adulte) et l’animal ambassadeur d’une espèce qui continue à vivre (mais jusqu’à quand ?) dans la vraie nature.

Par conséquent, le visiteur « sensibilisé » aura un tout autre regard et un tout autre comportement s’il est amené à se rendre dans la nature, conscient de la présence de formes de vie, visibles ou pas.

Pour une éducation « décloisonnée »

Expression artistique de la nature d’après les mots qui la caractérisent. (Enfants et adultes volontaires pour une expérience synesthésique )
Expression artistique de la nature d’après les mots qui la caractérisent. (Enfants et adultes volontaires pour une expérience synesthésique ) Zoo de Mulhouse

S’ouvrir aux arts graphiques, plastiques, de scène, à la musique, c’est aussi respecter cette diversité dans la manière d’appréhender le vivant.

Le vivant est coloré, lumineux, sombre, il bouge, il est rapide, lent, il embaume, il pue, il se repand, il bruisse, il bourdonne, il chante, il gazouille, il crie, il retentit, il est gouteux, savoureux, succulent, amer…

Pour conclure

L’urgence de la situation concernant la perte en biodiversité nous demande aujourd’hui un effort de réaction rapide et immédiat. La pédagogie est l’un des outils indispensables pour faire prendre conscience à tous des enjeux et surtout de fournir les clés pour un changement profond des comportements au sein de notre société.

Outre les gestes que tout un chacun peut mettre en œuvre au quotidien, le constat qu’une partie de la société n’est pas prête à adhérer à cette démarche par ignorance ou par conviction, incite à agir à un niveau plus précoce, dès le plus jeune âge, en proposant des exemples de comportements respectueux de l’altérité pour rendre sa place à toute espèce dans le réseau du vivant.

Des pratiques existent dans les parcs zoologiques qui utilisent l’approche multi-sensorielle partagée de l’humain et des autres animaux pour éduquer au respect du vivant.

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Et vous, quelles expériences pédagogique avez-vous eues dans un zoo ?

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Corinne Di Trani Zimmermann

Attachée de conservation du patrimoine scientifique - Responsable du service pédagogique — Zoo de Mulhouse

Après avoir obtenu un doctorat à la faculté des sciences naturelles de l’Université de Milan, où elle est née, elle a effectué dix ans de recherches éthologiques sur le terrain pour le compte d’associations de protection de la nature.

Elle a collaboré pendant sept ans avec le Musée d’Histoire Naturelle de Milan où elle s’est formée à la didactique et depuis 1996 elle dirige le service pédagogique du Parc zoologique et botanique de Mulhouse.

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