Des nouvelles de nos auteurs… et de leur sujet de prédilection !

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Nous avons créé DEFI-Écologique autour d'un postulat : pour protéger efficacement la biodiversité, nos meilleures alliées sont la coopération, la connaissance et la diversité.

Depuis, nous avons travaillé avec des personnes et organismes de tous horizons, en diversifiant les outils et les tactiques pour une approche transversale et sans dogme.

10 personnes ayant contribué à ce blog ont accepté de nous raconter la diversité dans laquelle se révèle le défi écologique aujourd'hui et nous racontent la suite de leurs aventures.

Ce que vous allez apprendre

  • Que l'écologie fédère des personnes aux parcours très variés
  • Que l'actualité écologiste bas son plein
  • Que malgré la lenteur de la transition et les difficultés rencontrées, de nombreux signes encourageants demeurent
  • Que les projets audacieux peuvent fleurir en tout endroit de notre société
Delphine de Girardin
Pourquoi toujours regarder à l'horizon, quand il y a de si belles roses dans le jardin que l'on habite ?

Pierre Rigaux, naturaliste indépendant

Pierre Rigaux face à Thierry Coste sur le plateau de BFMTV
Pierre Rigaux face à Thierry Coste sur le plateau de BFMTV

Auteur assidu de ce blog avec 5 articles à son actif, Pierre Rigaux continue sa mission d’investigation et de sensibilisation, surtout à propos de la chasse. Il est l’auteur de trois livres, dont l’excellent « Pas de fusils dans la Nature » (qui contre-argumente point par point les arguments du lobby de la chasse), le surprenant « Etonnants lapins » (qui ravira petits et grands et qui a vu le jour suite à la publication d’un article sur le sujet sur notre blog) et le très récent « Loups, un mythe vivant ».

La montée en puissance de ses vidéos sur les réseaux sociaux l’a placé au centre de la lutte anti-chasse, donnant de plus en plus de visibilité aux abus systémiques liés à cette pratique. Malheureusement, sa notoriété et sa détermination en font la cible régulière de tentatives d’intimidations et de menaces de morts.

Pierre Rigaux
La prétendue utilité de la chasse en tant qu’activité de loisir est pour le moins discutable… et les citoyens s’en rendent bien compte.

La crise sanitaire actuelle est aussi un grand chamboulement pour la faune sauvage. D’un côté, le premier confinement a vu son lot de biodiversité reprendre du terrain sur les activités humaines. D’un autre côté, les chasseurs se sont vus gratifiés d’une dérogation spéciale lors du second confinement, malgré une désaprobation grandissante de cette pratique.

À votre avis, le lobby de la chasse devient-il plus puissant ou, au contraire, commence-t-il a plier face à une mobilisation citoyenne grandissante ?

Le rejet de la chasse est en effet de plus en plus grand parmi les citoyens, ce qui mobilise d’autant plus la réaction du lobby qui défend cette pratique sur le plan politique. Les défenseurs de la chasse sentent bien que la société est en train de bouger sur ce sujet.

Les arguments de la tradition et de la liberté individuelle à exercer une passion, qui pouvaient suffire socialement à justifier la chasse il y a quelques décennies, passent de plus en plus mal aujourd’hui s’agissant d’une activité aux conséquences calamiteuses en termes écologiques et de souffrance infligée aux animaux.

Alors les défenseurs de la chasse tentent de justifier leur pratique par tous les moyens. Campagnes publicitaires de verdissement (« chasseurs, premiers écologistes de France ») ou de recrutement des troupes (web-série créée pour le buzz, influenceuse glamour), et surtout travail politique de sape des propositions de loi qui s’attaquent à certains modes de chasse parmi les plus cruels et anachroniques.

Pierre Rigaux reçoit régulièrement des menaces de mort
Pierre Rigaux reçoit régulièrement des menaces de mort

Le lobby tente carrément de présenter la chasse comme essentielle à la nation. L’argument principal est celui de la « régulation » pour limiter les dégâts aux cultures. Ce sujet mériterait une réflexion de fond car les difficultés pour certains agriculteurs, bien réelles, ne sont manifestement pas résolus par la chasse de loisir, en échec depuis 40 ans sur ce plan : les effectifs de sangliers continuent d’augmenter. Pour autant, il faut rappeler que l’immense majorité des animaux tués à la chasse ne causent aucun problème aux agriculteurs.

Par exemple, la totalité des sangliers abattus chaque année (plusieurs centaines de milliers) représentent à peine 2% des animaux tués à la chasse. Autrement dit, la prétendue utilité de la chasse en tant qu’activité de loisir est pour le moins discutable… et les citoyens s’en rendent bien compte.

Certes, rien ou presque ne bouge pour le moment sur le plan politique. Ça semble un peu désespérant mais la virulence de ce lobby ces derniers temps est le signe de l’intranquillité du milieu de la chasse. Je pense que ça va se fissurer peu à peu, si les citoyens agissent et poussent suffisamment les représentants politiques à le faire.

Marion Esnault, journaliste et photographe

Performance artistique féministe, juste avant le vote pour une nouvelle Constitution au Chili
Performance artistique féministe, juste avant le vote pour une nouvelle Constitution au Chili Marion Esnault

Nous avions interviewé Marion Esnault en 2018, alors qu’elle revenait d’Amérique du Sud et publiait un reportage sur les « Zones sacrifiées » au Chili dans Reporterre.

Depuis, la journaliste-photographe, également activiste, a continué à s’engager dans la lutte climatique. Pour avoir participé à la campagne « Décrochons Macron » d’ANV-Cop21, elle a fait l’objet d’un procès au Tribunal de Paris, dans une séquence politique habillement résumée par le journaliste Denis Robert.

Avec le projet « Humans & Climate Change Stories », elle a réalisé des photo-reportages en Jordanie et au Pérou pour raconter la vie de familles particulièrement affectées par les effets du dérèglement climatique.

Marion vit désormais à Valparaiso au Chili, où elle documente la révolution sociale en cours pour plusieurs médias français.

Marion Esnault
Ils veulent que cette Constitution garantisse le droit à l'éducation, le droit au travail, le droit à la santé et qu'elle soit à la hauteur de l'enjeu climatique et qu'elle permette enfin la protection de sa biodiversité majestueuse mise à mal depuis tant d'années.

Vous suivez de l’intérieur les conflits sociaux au Chili, pays qui vient d’annoncer la création d’une assemblée constituante ayant pour mission de rédiger une nouvelle constitution dans laquelle l’écologie sera centrale.

Quelle est la place de la protection de la biodiversité dans ce conflit et dans ce nouveau processus ? Y a-t-il des débats autour de la présence de la faune et la flore au sein de la nouvelle constitution ?

Quand le Chili s’est soulevé en octobre 2019, je venais tout juste de fouler le sol de ce petit pays andin pour la deuxième fois. J’étais venue en 2017 pour témoigner des désastres environnementaux et humains engendrés par l’exploitation des énergies fossiles en Amérique du sud et auxquels des multinationales françaises comme Engie ou Total participent.

Il y a trois ans, on pouvait déjà palper la colère sociale qui commençait à gronder après presque 30 années d’injustices et d’inégalités générées par un système néolibéral installé pendant la dictature de Pinochet (1973-1990). On ne le sait que trop peu en Europe mais le Chili, cette bande de terre de 4 600 kilomètres de long, a été le laboratoire du néolibéralisme de l’Ecole de Chicago aux Etats-Unis qui avait trouvé en Pinochet un parfait complice. Pour le dire plus crûment, les Chiliens et leur pays ont été, jusqu’à octobre 2019, les rats de laboratoire du néolibéralisme.

Ce pays auquel je me suis particulièrement attachée en tant qu’environnementaliste est un bijou de biodiversité. La Cordillère des Andes, le désert d’Atacama, l’océan Pacifique et la Patagonie font de ce pays un joyau de ressources minérales : cuivre, fer, or, lithium, argent, or, etc. C’est aussi une terre (qui était) très fertile : avocatiers, amandiers, noisetiers, etc. En réalité, il est fort probable que les objets en cuivre ou les batteries en lithium que nous manipulons en Europe ou les avocats, les amandes et les noix que nous mangeons viennent du Chili. Et c’est ce qui a converti le Chili en une terre sèche qui a perdu une grande partie de sa biodiversité.

Particulièrement affecté par les changements climatiques, le Chili est le 17ème pays le plus stressé hydriquement au monde. Autrement dit, des milliers, pour ne pas dire des millions, de Chiliens ont un accès très réduit à l’eau potable. Beaucoup se font livrer l’eau par camion-citerne alors qu’ils vivent à deux pas des monocultures d’avocats, d’amandes ou de noix, très consommateurs d’eau.

Comment l’expliquer ? Le Chili est le seul pays au monde qui a privatisé ses eaux et les entreprises de l’agro-industrie sont les propriétaires de l’eau et ne laissent pas une goutte aux habitants des territoires où ils ont installé cette agriculture intensive.

L’eau est un exemple emblématique du tournant historique que vit actuellement le Chili. Une des victoires de la lutte sociale qui se joue depuis plus d’un an est le vote écrasant par référendum de l’écriture d’une nouvelle Constitution. L’actuelle datant de 1980 et ayant été adoptée sous Pinochet. C’est cette Constitution qui, entre autres, marque dans le marbre la privatisation de l’eau.

Les Chiliens veulent partir d’une page blanche pour reprendre le pouvoir sur leur vie et sur leurs terres. Ils veulent que cette Constitution garantisse le droit à l’éducation, le droit au travail, le droit à la santé et qu’elle soit à la hauteur de l’enjeu climatique et qu’elle permette enfin la protection de sa biodiversité majestueuse mise à mal depuis tant d’années. Est-ce qu’ils y parviendront ? Ce sont les deux prochaines années qui le diront. Et j’essaierai de continuer à en témoigner.

David Hicks, directeur de recherche en neurosciences

La seiche ne paye pas de mine, et pourtant…
La seiche ne paye pas de mine, et pourtant… manseok_Kim

David Hicks est directeur de recherches de l’INSERM à l’Institut des neurosciences cellulaires et intégratives (INCI) à Strasbourg. Il s’est formé à la zoologie à l’université de Bristol, Royaume-Uni, et a obtenu son doctorat en neurobiologie à l’université de Londres en 1981.

Il a débuté sa carrière de recherche en Amérique du Nord, d’abord dans le Département de biochimie de l’université de la Colombie-Britannique à Vancouver (Canada), puis dans le Laboratoire de neurobiologie dirigé par le Professeur Torsten Wiesel, prix Nobel de physiologie et médecine 1981, à l’université Rockefeller de New York.

Auteur de trois articles sur notre blog il a abordé les problèmes de la pollution lumineuse ou les mécanismes des illusions d’optique dans le règne animal mais aussi et surtout l’évolution de la vision animale.

David Hicks
Et nous pensons que nous humains sommes le sommet de la création…

Depuis que vous avez écrit l’article est-ce que des choses importantes ont été découvertes en matière de vision animale ?

En fait oui, on ne cesse de découvrir à quel point la vision animale est surprenante, et parfois (même souvent) supérieure à la notre. Je peux en cela m’appuyer sur trois publications récentes concernant trois espèces très différentes : la mante religieuse (insecte), la seiche (mollusque) et le colibri (aves).

  • Dans la première, Nityananda et collegues (Nityananda V, Tarawneh G, Henriksen S, Umeton D, Simmons A, Read JCA. (2018) A novel form of stereo vision in the praying mantis. Curr Biol. 28:588-593) ont examiné la capacité des mantes religieuses à utiliser la vision stéréoscopique, dite « stéréopsis », à repérer et capturer leur proie, comme de malheureuses sauterelles par exemple.

    Avec leurs yeux surdimensionnés, les mantes jouissent d’une excellente vue binoculaire et, après une série d’expériences, les chercheurs ont pu démontrer que ces insectes prédateurs sont très forts en stéréopsis et sont, à certains égards, bien supérieurs à nous. En effet, alors que les humains ne sont pas capables de repérer un objet en 3D sur un fond aléatoire, les mantes, elles, le font sans difficulté.

    En gros, ces insectes ont évolué vers la stéréopsis en se basant donc sur un tout autre mécanisme que celui des Hommes. Et tout ça avec un cerveau minuscule…

  • Dans la deuxième publication Feord et collègues (Feord RC, Sumner ME, Pusdekar S, Kalra L, Gonzalez-Bellido PT, Wardill TJ. (2020) Cuttlefish use stereopsis to strike at prey. Sci Adv. 6:6036) ont exploré le même phénomène (stéréopsis) chez une espèce totalement différente : la seiche. Ces céphalopodes (la famille des pieuvres, calamars et autres nautilus) sont des experts en camouflage et des chasseurs invétérés des crevettes.

    Dans des expériences un peu loufoques, les chercheurs ont collé des lunettes colorées (les mêmes que celles utilisées pour regarder des films en 3D) devant les yeux des seiches afin d’étudier les facteurs affectant leur vision en 3D. Là aussi, non seulement ces créatures étaient très performantes, mais surtout nettement meilleures que les hommes quand le champ visuel était déformé.

    Donc là aussi, l’évolution a trouvé une autre façon de voir des objets en 3D et d’estimer leur distance, un pouvoir extrêmement utile pour un chasseur.

  • Et finalement, en ce qui concerne les colibris, c’étaient une autre facette de la vision que Stoddard et ses collègues (Stoddard MC, Eyster HN, Hogan BG, Morris DH, Soucy ER, Inouye DW. (2020) Wild hummingbirds discriminate nonspectral colors. Proc Natl Acad Sci U S A. 117:15112-15122) ont examiné, à savoir leur capacité à discerner des couleurs dites « non-spectrales ». Ce terme est employé pour des couleurs qui ne peuvent être évoquées par une seule longueur d’onde et nécessitent l’activation de deux types de cônes (les photorécepteurs responsables de la vision chromatique).

    L’exemple donné est la perception du pourpre (qui au niveau de la rétine est très différent du violet), qui résulte de l’activation simultanée des cônes « rouges » et « bleus », dont les courbes spectrales ne se chevauchent pas. Chez nous, fiers trichromates (trois types de cônes), cette capacité est relativement limitée. Mais chez les oiseaux tétrachromates (quatre types de cônes), il y a plus de combinaisons possibles. Les chercheurs ont pu mettre en évidence que les colibris détectent des couleurs qui nous totalement indétectables pour nous !

    Ils vivent dans un monde coloré surement beaucoup plus spectaculaire que le nôtre, où les plumes et les fleurs ont des teintes inimaginables. En plus, considérant que la plupart des vertébrés sont (au moins) tétrachromate, il est fort probable que ce pouvoir soit généralisé. Difficile de continuer à se convaincre que nous sommes au sommet de la création…

Hugo Mairelle, plasticien et photographe

Portrait de l'exposition Être(s)
Portrait de l'exposition Être(s) Hugo Mairelle et Vincent Muller

De retour du Mexique, Hugo Mairelle nous présentait la technique de l’agrosylvopastoralisme, pratiquée dans la province du Yucatan. Par la suite, il est allé en Tanzanie pour l’association all4trees, où il a documenté les pratiques d’agroécologie à travers une série de portraits mêlant des maraîchers et des écoliers et des éléments animaux ou végétaux présents dans leur terroir.

Depuis, il a consacré l’essentiel de son temps au projet « Être(s) », auquel il contribue en tant que plasticien en coopération avec le photographe Vincent Muller.

Les masques éphémères d’Hugo Mairelle sont réalisés en matériaux locaux (collectés sur le lieu de la photographie) et les modèles posent nus dans des paysages si variés et si surprenants que l’on a du mal à croire que toutes les photos aient été réalisées dans la région Grand Est. Interrogeant notre rapport à la Nature et notre place en tant qu’espèce biologique, l’exposition pourrait se résumer en une phrase : « nous sommes toutes et tous des autochtones ».

Si vous avez raté l’exposition, vous pouvez toujours admirer les photos et les masques dans leur livre, récemment publié suite à un financement participatif.

Hugo Mairelle
Le médium artistique à ce pouvoir de nous bousculer et de nous remettre en question, de proposer un autre regards sur ce que l’on considère comme acquis.

De votre projet « Regard volontaire » à votre projet « Êtres(s) », vous explorez la thématique du lien entre un individu humain et son environnement. Selon vous, ce lien est-il purement symbolique ou bien considérez-vous que sa mise en avant puisse améliorer notre capacité collective à protéger la faune et la flore ?

Portait illustrant l'agroforesterie en Tanzanie
Portait illustrant l'agroforesterie en Tanzanie Hugo Mairelle

De plus en plus de créations et de projets artistiques à travers le monde matérialisent cette nécessité de reconnexion à cette diversité du vivant dont nous dépendons et dont nous partageons l’origine. Cette thématique tiens une place centrale dans les projets que je développe.

Si le sujet est traité de manière symbolique, la portée du message dépasse la simple représentation et invite le spectateur à un questionnement et une introspection qui peut déboucher sur des actions concrètes. Le médium artistique à ce pouvoir de nous bousculer et de nous remettre en question, de proposer un autre regards sur ce que l’on considère comme acquis, critiquer, tout cela est indispensable pour évoluer d’un état à un autre et faire face aux nombreux enjeux d’aujourd’hui et de demain. Philosophie, littérature, anthropologie, art, écologie… le projet « Être(s) » s’inspire et aborde de nombreuses thématiques qui s’imbriquent et se mêlent entre elles au sein de cette métaphore artistique.

Parmi elles il y a les peuples autochtones et leur relation à leur environnement comme source d’inspiration (sobriété énergétique, zéro-déchet, connaissances et savoir-faire, spiritualité, collectivisme, etc.). Face à ces nombreux défis, une « néo-autochthonie » gagne un peu plus de terrain sur le système productiviste et court-termiste qui n’a fait que s’amplifier et s’accélérer depuis la révolution industrielle. La créativité pour sensibiliser et toucher les coeurs et les consciences, passer par l’introspection puis l’ouverture au monde pour proposer une autre relation à nous-même en tant qu’êtres naturels faisant partie d’un grand tout… l’art comme guide pour à préserver la beauté et diversité du monde, ensemble !

Emmanuel Malaret, paysagiste et géographe

Laisser pousser…
Laisser pousser… ClaudiaWollesen

Jardinier inspiré à bien des égards par les travaux de Gilles Clément, Emmanuel Malaret n’a de cesse de se confronter sur le terrain aux problématiques de biodiversité et d’écologie en règle Générale avec les ambitions d’aménagement du territoire.

Ancient responsable du bureau d’études de la ville d’Apt et désormais gestionnaire du patrimoine espaces naturels et espaces verts de la ville de Saintes il travaille à une gestion différenciée des aménagements paysagés de toutes sortes avec un reel souci de durabilité et loin de tous dogmes.

En 2016, il nous présentait les enjeux et les entraves à la suppression des produits phytosanitaires dans nos villes, liées à la nouvelle législation « Zero Phyto ».

Emmanuel Malaret
Ce fut encore plus évident durant la période de confinement du printemps 2020 : la flore spontanée nous a offert des spectacles floraux que tout concepteur n’aurait pas même imaginé.

Le Zéro Phyto est désormais généralisé dans les espaces publics… Est-ce que cela a fait évoluer les mentalités sur la gestion de ces espaces publics justement ?

Je ne sais pas si les mentalités ont réellement évolué ; probablement dans les villes où le portage politique a été à la hauteur de l’enjeu et par conséquent où la communication pédagogique a été efficiente. Par contre, on constate à mon sens un double paradoxe que j’ai pu appréhender, en raison d’un changement de poste, dans deux territoires très opposés tant culturellement que géographiquement.

En premier lieu, dans des territoires ruraux où l’agriculture est assez intensive aux portes des villes, on constate un retour flagrant de ce que l’on pourrait nommer la biodiversité ordinaire ; dans les parcs et jardins d’une part mais surtout dans les friches urbaines et les délaissés. Pour faire simple et assez schématique, la faune et la flore qui, devant une urbanisation galopante avait migré à la campagne, fuit désormais une extension agricole en revenant coloniser les zones de transition à l’entretien erratique. Ce fut encore plus évident durant la période de confinement du printemps 2020 : la flore spontanée nous a offert des spectacles floraux que tout concepteur n’aurait pas même imaginé.

Par ailleurs, et c’est beaucoup plus dommageable, on constate fréquemment un retour en force des revêtements bitumineux et du béton à outrance ayant pour seul vocation d’obtenir des surfaces exemptes de coûts entretien. À l’heure de la lutte contre les îlots de chaleur, nous sommes en train de recréer d’immenses surfaces imperméables bien foncées, de réels chauffages à rayonnement nocturne, là où la flore spontanée avait si bien exécutée son travail de fracturation des enrobés. Cette strate herbacée, outre son rôle évident dans la résilience urbaine, ne demande aucun entretien hormis, et selon le stade d’évolution, une éventuelle sélection des invasives (c’est alors un autre débat).

Nous savions tous que l’évolution des mentalités prendrait du temps. C’est un fait. Néanmoins, la gestion de « l’herbe » sur l’espace public, puisque c’est de ça qu’il s’agit, interroge par extension notre propre regard sur la ville de demain. Les trottoirs et les pavés enherbés, les tapis de sedum, les paillages, les noues paysagères sont autant de dispositifs qui se généralisent et campent de nouveaux standards. C’est désormais au stade de la conception qu’il conviendra de penser nos espaces avec la profondeur suffisante à l’équilibre des écosystèmes urbains. Le passage au zéro phyto a nécessité une forte approche pédagogique ; il convient désormais de renforcer la communication interdisciplinaire et interservices pour que les notions de biodiversité, de trames et de corridors soient interrogés dès le stade de la réflexion préliminaire.

François Couplan, éthnobotaniste et auteur

La Balsamine de l'Himalaya, une plante dite invasive bien connue
La Balsamine de l'Himalaya, une plante dite invasive bien connue Wassily

François Couplan est spécialiste des utilisations traditionnelles des plantes sauvages et cultivées, qu’il a étudiées sur les cinq continents. Ethnobotaniste (Docteur-ès-Sciences, Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris ; chevalier de l’Ordre du Mérite Agricole) et écrivain, il enseigne depuis 1975 les utilisations des plantes sauvages en Europe et aux États-Unis sous forme de stages pratiques sur le terrain. Il a fondé en 2008 le Collège Pratique d’Ethnobotanique qui propose une formation complète sur trois ans à vocation professionnelle.

Depuis 1983, François Couplan écrit des livres sur les plantes, la cuisine et la nature. Il est l’auteur de plus de quatre-vingts ouvrages, dont deux encyclopédies (Europe et Amérique du Nord). Il contribue régulièrement à divers magazines en France, en Suisse et en Allemagne, et a publié plus de 600 articles sur les plantes (y compris, bien sûr, celui publié sur ce blog où il endosse la lourde responsabilité de donner la voix aux Renouées du Japon : « Des plantes invasives dans nos colonnes : on n’est vraiment plus chez soi ! »).

Il s’attache à mettre en valeur les végétaux comestibles méconnus et à les faire connaître aux restaurateurs et au public par le biais de conférences, de stages, de prestations personnalisées, de publications et des médias. Il a longuement travaillé sur l’alimentation de nos ancêtres au Paléolithique et collabore dans plusieurs pays avec de grands chefs cuisiniers, dont Marc Veyrat (triple étoilé à Annecy), à la réhabilitation des saveurs oubliées.

Depuis plus de quarante ans, François Couplan parcourt la planète à la recherche des utilisations traditionnelles des végétaux dans les différentes cultures qui font la richesse de notre planète. Le résultat de ses explorations a donné lieu à plusieurs ouvrages. Il est également photographe et illustre régulièrement de ses clichés ses articles et ses livres.

François Couplan
Nous sommes en guerre, oui. Nous sommes en guerre idéologique contre nous-mêmes, car la problématique dépasse de loin celle de ces pauvres plantes qui tendent à déborder du cadre où nous souhaiterions qu’elles se contiennent.

Si la vision des « invasives » n’a pas particulièrement évolué depuis votre dernier article, vous explicitiez dans celui-ci l’intérêt de « voir le végétal sous un autre angle pour en apprendre plus ». Les plantes vous ont-elles fait découvrir quelque chose de nouveau ?

Le sujet des « plantes invasives » m’intéresse particulièrement parce qu’il me semble caractéristique d’une vision du monde où tout tourne autour de l’homme. Elle est parfaitement compréhensible, puisque l’individu humain a, par essence, conscience de lui-même et est donc, par définition, le centre de son monde (bien qu’il soit également capable de se projeter en dehors de lui-même). Sa famille, son clan, son village, son pays et l’espèce à laquelle il appartient se trouvent, chacun leur tour, en emboîtement, être le centre du monde. Mais il peut aussi, par un effort de sa pensée, se sortir de ce schéma.

Différentes circonstances culturelles viennent moduler cette impression : si les êtres humains vivent de façon consciente au milieu d’autres espèces dont ils dépendent directement pour leur nourriture, leur habillement et leurs divers autres besoins, ils s’en sentent proches, car leurs liens sont forts. Ils peuvent, certes, avoir peur des processus naturels qui dépassent leur entendement, et de certains animaux ou végétaux qu’ils savent pouvoir les mettre en péril, mais ils se sentent globalement à l’aise dans leurs relations avec ce qui les entoure.

Depuis le néolithique, l’homme s’est engagé sur la voie du développement technologique pour être moins soumis aux agressions de son environnement et tenter de satisfaire plus facilement ses besoins (sans doute aussi, d’ailleurs, afin d’assouvir son désir de pouvoir intrinsèque). Ce faisant, il s’est de plus en plus séparé de son milieu naturel qu’il connaît de moins en moins. Il se trouve donc à vivre au milieu d’un monde qui lui est étranger. Il a gagné, c’est un fait, en connaissance intellectuelle grâce aux avancées de la science et il comprend mieux ce qui se passe sur terre et dans l’univers. Mais il a, en même temps, perdu la relation avec la plupart des organismes existants, sauf ceux qui lui sont soumis et qu’il dirige. Il ne serait toutefois pas juste de penser qu’il y ait dans ce processus une volonté consciente : il s’agit plutôt d’un déroulement logique d’évènements qui suivent une direction indiquée par les traits de la « nature humaine ».

En ce qui concerne les plantes, la position de l’être humain a radicalement changé depuis les débuts de l’agriculture. Avant, les végétaux spontanés lui fournissaient directement sa nourriture ou lui étaient indifférents. Depuis qu’il cultive, c’est lui qui choisit les plantes qu’il accepte et celles qu’il rejette. Ses choix se sont tout d’abord portés sur des fournisseurs d’amidon, de protéines et de lipides : donc d’énergie. Puis il a développé des espèces légumières et fruitières plus grosses et plus douces que leurs parents sauvages. Tout ce qui vient spontanément dans ses cultures le dérange, objectivement, et il met en place diverses stratégies pour les éliminer.

Comme elle n’a cessé de parcourir le monde, l’espèce humaine a transporté avec elle divers végétaux de et dans tous les coins de la planète. Certains se plaisent parfaitement dans le nouvel environnement qui leur a été proposé et s’y installent sans vergogne. Si ce dernier est cultivé, ce sont des « mauvaises herbes », contre lesquelles des méthodes culturales appropriées et une panoplie toujours croissante d’herbicides permettent de lutter sans répit (souvent efficacement, mais à un grand coût énergétique). Dans le milieu non cultivé (qui, il faut le noter, n’est plus naturel, car largement modifié par l’homme), on aura affaire à des « plantes invasives » que l’on accusera de déranger la végétation indigène. Il est d’ailleurs bien difficile de définir précisément ce qu’est cette dernière, en tout cas en Europe, dont pratiquement tous les recoins ont été modifiés par la main de l’homme ou ses prolongements mécaniques depuis plusieurs millénaires.

Il faut distinguer deux composantes dans la réaction face à ces espèces (il peut également s’agir d’animaux). La première est rationnelle, objective : certains de ces organismes prennent effectivement beaucoup de place, et dans des milieux fragiles (on en a souvent le cas dans des îles, par exemples, où les espèces locales avaient été préservées de la concurrence), elles peuvent provoquer de graves pertes de biodiversité. Mais dans nos régions, c’est rarement le cas. Il convient en tout cas de répertorier les situations alarmantes et d’agir : la renouée du Japon, par exemple, tend, dans certains estuaires, à mettre en péril des populations d’Angelica heterocarpa. Il y en a en fait très peu.

Sans doute des raisons culturelles, liées à une certaine conception de l’esthétisme, nous font-elles globalement préférer les grosses tulipes rouges à une ortie aux ridicules fleurs verdâtres et l’ordonnancement d’un jardin à la française (voire à l’anglaise, a priori moins strict) aux friches urbaines. Mais lorsqu’il n’y a pas véritablement péril en la demeure et que l’on constate un tel déploiement de moyens pour lutter contre les « invasives » dans nos pays, il faut aller chercher la raison dans le symbolique et l’inconscient. L’être humain ne connaît plus les plantes qui l’entourent et quand l’une semble prendre trop d’ampleur, il se sent profondément menacé dans son pouvoir. Il va donc chercher, et trouver facilement, toutes sortes de justifications pour développer une réponse démesurée à l’agression dont il se sent victime. La cause d’une telle attitude est la peur. La peur de l’inconnu est habituelle lorsqu’on a perdu la relation avec diverses manifestations de la réalité : la porte est ouverte aux fantasmes. La peur devient alors rapidement incohérente et son objet perd sa consistance pour devenir un concept culturel repris par un grand nombre, dont les décideurs, sans que le problème qui génère cette crainte soit bien défini. C’est le plus souvent le cas de la problématique des plantes invasives dans nos régions, que j’ai traité dans mon livre « Aimez vos plantes invasives, Mangez-les ». On pourrait également évoquer l’exemple du retour du loup en France, de l’immigration ou du Covid : où s’arrête le réel et où commence l’émotionnel, dans un camp comme dans l’autre ?

Il me semble donc essentiel de pouvoir relativiser les choses, de dédramatiser la situation, de réfléchir à cette question de façon rationnelle en laissant de côté l’émotion. Certes, l’affect est une des composantes fondamentales de l’être humain et nos émotions sont trop souvent refoulées. Elles sont, par exemple, à la base de la notion de « nature », qui est un ressenti, par opposition au concept de « biodiversité » par lequel on choisit aujourd’hui de la remplacer, car il est quantifiable. Mais il me semble que les deux attitudes (rationnelle et émotionnelle) doivent s’harmoniser pour vivre en accord avec la réalité.

En l’occurrence, il me semblerait bon de prendre du recul et d’observer de façon objective l’effet des invasives au cas par cas, sans se laisser aller à faire de généralités faciles. La tâche est complexe, j’en conviens, tellement la pression intellectuelle, émotionnelle, sociétale, médiatique, politicienne et même, c’est étonnant, scientifique est forte. « Se battre contre les invasives » s’avère aujourd’hui un devoir citoyen au même titre que la lutte contre le méchant virus qui nous oblige à nous confiner pour ne pas mourir horriblement. Et il s’agit en fait du même décalage entre la bien-pensance prédominante et la réalité. Nous sommes en guerre, oui. Nous sommes en guerre idéologique contre nous-mêmes, car la problématique dépasse de loin celle de ces pauvres plantes qui tendent à déborder du cadre où nous souhaiterions qu’elles se contiennent. C’est de notre honnêteté qu’il s’agit, et de la santé de notre état mental. Vous pouvez choisir votre camp !

Jérémie Cornuau, docteur en écologie comportementale à TerrOïko

État du réseau écologique des chauves-souris avec et sans prise en compte de la pollution lumineuse
État du réseau écologique des chauves-souris avec et sans prise en compte de la pollution lumineuse TerrOïko

Avec l’équipe de TerrOïko, bureau d’études fondé par Catherine de Roincé et Sylvain Moulherat, Jérémie Cornuau utilise la simulation numérique pour quantifier l’impact environnemental des aménagements humains de manière fiable et objective.

Depuis la présentation de l’outil SimOïko en 2018, les choses ont évolué de manière positive pour TerrOïko. Plusieurs collectivités ont fait appel à leurs services, ce qui leur a permis de protéger la faune et la flore à travers leur outil, mais aussi dans le cadre de la planification territoriale (TVB) et des études d’impact. Le tout en adoptant la séquence « Eviter — Réduire — Compenser ».

TerrOïko en a profité pour améliorer leur outil de simulation de différentes manières. Tout d’abord, l’éventail d’impacts potentiels pris en compte a été renforcé, notamment par l’ajout de simulation de l’impact des pollutions lumineuses sur la biodiversité.

De plus, l’entreprise a accompagné l’outil SimOïko d’un véritable programme de recherche (le projet CIRFE) pour valider le réalisme de leurs simulations.

Ces projets scientifiques et opérationnels forment le terreau sur lequel Jérémie Cornuau s’appuie pour former les futurs ingénieurs écologues de plusieurs universités comme Toulouse, Montpellier et Paris à la gestion de la biodiversité.

A l’instar de ce que nous avons remarqué chez DEFI-Ecologique, Jérémie Cornuau a pu observer que la crise sanitaire actuelle a eu pour effet d’ouvrir de nouvelles portes pour des initiatives en faveur de la biodiversité, en remettant en question plusieurs obstacles auxquels les acteurs de l’écologie étaient confrontés jusque-là. Le délai des décisions publiques et le report des élections municipales ont été problématiques pour le déploiement de certains programmes, mais l’évolution est plutôt positive, de plus en plus de financements étant accessibles pour l’étude et la restauration des milieux naturels tels que les mares ou les haies.

Jérémie Cornuau
Aujourd'hui, avec la même énergie, nous réalisons 300 fois plus d'opérations.

Votre outil est très intéressant et semble apporter des résultats viables et exploitables. Il utilise cependant des technologies gourmandes en énergie, alors que le sujet de la sobriété numérique prend de plus en plus de place dans le débat public. Comment avez-vous procédé pour réduire l’impact environnemental de SimOïko ? Avez-vous valorisé la séquence ERC ?

Exemple d'une simulation sur TerrOïko
Exemple d'une simulation sur TerrOïko TerrOïko

Ce sujet tient particulièrement à Catherine, co-fondatrice de TerrOïko. Plusieurs composantes de l’empreinte écologique de notre activité ont été travaillée.

Il y a l’usage numérique « classique » d’une entreprise : mails, stations de travail, etc. Par exemple, Catherine a mis en place un réseau interne local pour les échanges d’informations pour limiter le nombre de mails. Concernant, les énergies, nous utilisons un fournisseur d’électicité 100% renouvelable utilisant une production locale. En hiver nous utilisons nos serveurs de calcul pour nous chauffer via l’installation d’une circulation d’air à travers nos locaux.

Concernant la consommation énergétique liée à nos technologies, cela fait 5 ans que nous optimisons notre outil SimOïko pour diminuer le nombre d’opérations par simulation. Aujourd’hui, avec la même énergie, nous réalisons 300 fois plus d’opérations. Enfin, pour les déplacements la priorité c’est le train !

Camille Monchicourt, géomaticien au Parc National des Ecrins

Modélisation du flux des données du Parc National des Écrins
Modélisation du flux des données du Parc National des Écrins Parc National des Écrins

En février 2017, le Parc National des Ecrins nous présentait sa nouvelle application, Biodiv’Ecrins, grâce à laquelle les agents du parc collectent et diffusent leurs observations de terrain.

Ce projet présente de nombreux intérêts au-delà du suivi de population, en premier lieu la sensibilisation du grand public, mais aussi des méthodologies et une réflexion à propos du travail collaboratif et de la gestion de données publiques.

Désormais, la base de données du parc contient 680 000 observations, que le pôle SI vient de rendre téléchargeables et réutilisables librement.

Camille Monchicourt
Valoriser, diffuser et réutiliser plus largement les données et connaissances, créant ainsi de nouveaux services et de nouvelles connaissances.

Vous avez tenu à publier les données de votre application sous licence libre. Ce choix stratégique et philosophique est central dans votre démarche. Pourriez-vous nous expliquer en quoi le fait de diffuser des données libres améliore l’impact de votre application et, in fine, la protection de la faune et la flore dans le parc ?

L’ouverture des données de notre établissement public est à la fois une obligation et une opportunité.

Une obligation car toute donnée financée par de l’argent public doit être accessible librement au public, notamment dans un objectif de transparence de l’action publique. Mais c’est aussi une opportunité car elle permet d’élargir l’accès, l’utilisation et donc la portée de ces données.

Capture d'écran de BiodivEcrins
Capture d'écran de BiodivEcrins

Cela permet notamment de :

  • Faciliter le travail, les échanges et la collaboration entre services publics.

  • Améliorer la connaissance et la recherche.

  • Valoriser, diffuser et réutiliser plus largement les données et connaissances, créant ainsi de nouveaux services et de nouvelles connaissances.

  • Créer de la valeur économique par la réutilisation des données publiques.

En ce qui concerne plus particulièrement nos observations de faune et de flore, cela permet de mieux les prendre en compte dans les projets d’aménagements notamment, mais aussi d’améliorer et d’élargir les connaissances scientifiques sur ces espèces. Donc de mieux les protéger.

Christelle Scheid, docteure en éthologie et Jean-Claude Génot, ingénieur écologue

Au moins 16 jeunes lynx sont nés depuis 2017 !
Au moins 16 jeunes lynx sont nés depuis 2017 ! Bernard Landgraf

Christelle Scheid est titulaire d’un doctorat en éthologie de l’Université de Strasbourg. Elle dirige depuis 2013 le bureau d’étude Ecofaune et travail avec la Fondation pour la Nature et l’Environnement de Rhénanie-Palatinat. Spécialisée dans l’observation et l’étude du comportement animal, ses travaux visent à préserver l’environnement et les espèces, ainsi qu’à sensibiliser le public à l’importance de la protection de la nature et de la biodiversité.

Jean-Claude Génot est ingénieur écologue chargé de la protection de la nature au Parc naturel régional des Vosges du Nord. Il s’occupe entre autres de la prise en compte de la nature dans la gestion forestière, de la protection des sites et des espèces remarquables et coordonne les actions en faveur de l’acceptation du lynx du côté français dans le cadre du programme Life lynx. Il a également publié l’excellent livre « Nature : le réveil du sauvage » aux éditions l’Harmattan.

En 2018, ils nous présentaient le projet Life Lynx Pfälzerwald, porté par la Fondation Nature et Environnement de Rhénanie-Palatinat et soutenu par l’Union Européenne.

Christelle Scheid
Cette dynamique positive, aussi bien du côté de la population de lynx que des acteurs locaux, laisse espérer que ce projet sera aussi une réussite sur le long terme.

Le programme de réintroduction et désormais bien installé et plusieurs animaux dispersent même jusqu’en Alsace. Quelles sont, à votre sens, les plus grandes réussites actuelles de ce programme ?

Le programme LIFE de réintroduction de lynx dans la forêt du Palatinat est actuellement un succès. La première réussite est que les 20 lynx initialement prévus, 12 femelles et 8 mâles, ont à présent tous été lâchés. Plusieurs naissances ont d’ores et déjà été recensées et ce sont au minimum 16 jeunes lynx qui sont nés dans la forêt du Palatinat depuis 2017. La nouvelle population de lynx se développe et s’étend progressivement sur le territoire de la Réserve de Biosphère Transfrontalière. Plusieurs individus ont établi leur territoire ou sont passés dans les Vosges du Nord, et au moins 9 lynx ont traversé la frontière franco-allemande.

Une autre réussite est que le travail d’information et de concertation mené avec les acteurs locaux (chasseurs, éleveurs, élus, etc.) porte ses fruits puisqu’à ce jour, on ne déplore aucun cas de destruction illégale de lynx dans la Réserve de Biosphère Vosges du Nord/Pfälzerwald. La participation active de chasseurs au suivi du lynx, par l’envoi d’informations ou de photos de lynx prises sur le terrain, permet d’améliorer les connaissances sur la démographie des lynx du territoire.

Cette dynamique positive, aussi bien du côté de la population de lynx que des acteurs locaux, laisse espérer que ce projet sera aussi une réussite sur le long terme. Un Plan Régional d’Actions en faveur du Lynx boréal dans le Massif des Vosges, visant à rétablir le Lynx dans un état de conservation favorable dans le massif, le plus rapidement possible et de manière durable, sera mis en œuvre sur la période 2020-2029 et viendra soutenir le retour du lynx sur ce territoire.

Jean-Baptiste de Panafieu, biologiste et naturaliste

Inutile de tomber dans le cliché du grillon qui croque sous la dent, les insectes se mangent de bien des façons !
Inutile de tomber dans le cliché du grillon qui croque sous la dent, les insectes se mangent de bien des façons ! Takoradee

Auteur et scénariste, Jean-Baptiste de Panafieu se tient à la croisée de la science, de l’écriture et de l’image. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, documentaires ou romans, sur la nature et les sciences, à destination des jeunes ou du grand public.

Il écrit également des scénarios de dessins animés, conçoit des expositions, crée des jeux de société, réalise des films documentaires et donne des conférences, toujours sur ses sujets de prédilection que sont l’évolution, la préhistoire, le monde marin, l’écologie, l’alimentation et les animaux, sauvages ou domestiques. Son excellent livre « Les insectes nourriront-ils la planète ? » aux éditions Rouergue a été un beau travail de bilan et perspectives sur une filière de production d’insectes alors en devenir.

En 2017, il nous présentait l’entomophagie (le fait de manger des insectes) à travers la remise en question de notre mode de consommation actuel.

Jean-Baptiste de Panafieu
Si le développement de cette industrie aboutit à réduire significativement la consommation de farine de poisson ou de soja, ce sera déjà un grand progrès !

Le monde continue à changer et, avec des centaines de millions d’euros levés par des entreprises de production d’insectes, on peut imaginer que vous étiez déjà dans le vrai alors… Quelle est, d’après vous, la prochaine étape en matière de consommation d’insectes pour nos sociétés occidentales ?

En France comme dans d’autres pays européens, les fermes d’insectes en construction passent au niveau industriel et commencent à proposer des farines d’insectes pour les élevages (poissons, volailles, etc.) et les animaux de compagnie.

Les consommateurs peuvent d’ores et déjà trouver sur le marché des truites nourries aux mouches-soldats noires, des insectes qui se sont révélés particulièrement intéressants pour les élevages à grande échelle.

Parallèlement, il est important aussi de promouvoir l’insecte pour notre propre alimentation. Même si les préparations à base d’insectes restent anecdotiques, elles font passer l’idée que c’est un aliment comme un autre, qui convient parfaitement aux truites ou aux volaille, mais aussi aux chats ou aux chiens. Pas question de donner à nos compagnons une nourriture que nous ne consommerions pas nous-mêmes !

Si le développement de cette industrie aboutit à réduire significativement la consommation de farine de poisson ou de soja, ce sera déjà un grand progrès ! Avant l’étape suivante, une réorganisation des élevages traditionnels et une baisse de notre consommation de viande, sans chercher à la remplacer par des insectes !

Pour conclure

Si les projets et campagnes à mener pour une société réellement écologique sont encore nombreux, compliqués et variés, des signes encourageants et des résultats concrètement positifs existent !

Nous souhaitons beaucoup de réussite et toute la ténacité nécessaire à toutes les personnes qui œuvrent pour la protection de l'environnement, qu‘elles aient déjà rédigé un article sur ce blog… ou pas encore !

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Grégoire Llorca

Chef de projet web — DEFI-Écologique

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Chaque jour, je travaille avec DEFI-Écologique en tentant de répondre à ces questions.

Aider les écologistes à transmettre leur connaissances et savoir-faire, c'est ça mon métier !

Je suis aussi militant pour Alternatiba et ANV-Cop21.

 Grégoire est membre de DEFI-Écologique.
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Julien Hoffmann

Rédacteur en chef — DEFI-Écologique

Fasciné depuis 20 ans par la faune sauvage d'ici ou d'ailleurs et ayant fait son métier de la sauvegarde de celle-ci jusqu'à créer DEFI-Écologique, il a également travaillé à des programmes de réintroduction et à la valorisation de la biodiversité en milieu agricole.

Il a fondé DEFI-Écologique avec la conviction qu'il faut faire de la protection de l'environnement un secteur économique pour pouvoir réellement peser sur les politiques publiques.

 Julien est membre de DEFI-Écologique.

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